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Journée de protestation de l'opposition : marche, meeting, gaz et arrestations à Bobo-Dioulasso

Des gaz lacrymogènes, des cailloux, des cris, des larmes et des arrestations ... Voila résumé la tournure qu'a pris la marche meeting de l'opposition politique burkinabè à Bobo-Dioulasso. A l'invitation du Rassemblement des partis politiques du Houet (RPOH), des milliers de manifestants hostiles à la mise en place du sénat ont battu le pavé. Accrochés aux échos des autres villes, des manifestants ont voulu marcher sur le Conseil régional des Hauts-Bassins. Sur les lieux, ils ont rencontré des forces de l'ordre et de sécurité qui n'ont pas hésité avec es gaz lacrymogène pour disperser la foule ce dimanche 28 juillet 2013.

A quoi ressemblerait l'acte deux des journées de protestations du Chef de file de l'opposition politique burkinabè ? C'est la question qui taraudait les esprits en ce dimanche 28 juillet 2013. A Sya, il n'y avait rien de particulier entre six heures et sept heures du matin. Tout est normal. Sauf dans les mairies, ou sous haute surveillance des conseillers ont voté les futurs sénateurs régionaux.

Sur la place Tiefo Amoro, lieu de rassemblement des anti-sénats, la mobilisation n'y était pas encore à 07H30. Sur les lieux, les cinq coordonnateurs du RPOH s'attelaient a aider les techniciens. De sept heures 30 à huit heures trente minutes, c'était le bal des citoyens balayeurs : Balais en main, les adeptes du concept des artistes Smockey et Sams'K le jah ont monopolisé l'espace.

Plutôt jeunes à majorité, les balayeurs comptaient parmi eux des vielles femmes, absentes de la marche du 29 juin 2013 qu'avait coordonné le RPOH. A l'appel de Moussa Zerbo, le coordonnateur du RPOH à la formation, des colonnes se sont formées pour le début de la marche autour de 9 heures, mais le doute était de mise.

Car, comparativement à la marche du 29 juin, la mobilisation était pour le moins faible. Qu'à cela ne tienne, le RPOH et ses citoyens balayeurs ont entamé la marche. Direction, le Haut-commissariat du Houet, pour remettre à Nandy Somé, un message à transmettre au président Blaise Compaoré. Il est 9heures 43 minutes

Une foule de plus en plus nombreuse

De la place Tiéfo Amoro au Haut Commissariat, la donne a changé. Aux cris de « Blaise yi Kodjougoukhè » (Blaise a fait du mal en Dioula), le RPOH et ses militants ont drainé avec eux du monde.

Des motocyclistes et des riverains regagnent le rang des marcheurs. L'hymne national, des slogans anti sénat, anti Compaoré et anti CDP se font de plus belle. A l'approche du Haut-commissariat, les manifestants cris d'avantage à la vue d'une brigade de gendarmerie.

Imperturbable, Nandy Somé le Haut-commissaire et des responsables des forces de l'ordre et de sécurité croisent les manifestants. Le temps de calmer des esprits de plus en plus bouillonnant, le RPOH à travers ses responsables va à l'encontre des autorités. Après des échanges d'amabilité, Odette Sanou remet le message à transmettre au Président Blaise Compaoré au Haut-commissaire. Bien reçu, on transmettra le message à qui de droit laisse entendre Nandy Somé.

De la remise du message au retour à la place Tiéfo Amoro, il y a eu un apport massif en nombre de manifestant. Comme rassuré par l'allure pacifique de la marche des milliers de personnes ont regagné l'opposition dans son opposition à la mise en place du sénat.

S'étalant de la Direction régionale de la police à la Place Tiefo Amoro, le cortège des marcheurs était impressionnant. C'est « le record des mobilisations à Bobo-Dioulasso », laisse entendre un responsable de l'opposition.

En prison à Orodara, Nabaloum Souleymane mobilise encore

Noyées par des visages nettement juvéniles, des vielles femmes se sont illustrées tout au long de la marche. Balais en main, elles voulaient elles aussi balayer. A la question pourquoi tenez-vous des balais ? Certaines d'entre elles se sont lancées dans une plaidoirie ou s'entremêlent des problèmes de parcelles et des questions politiques : « Nous, nous sommes des éléments de Nabaloum Souleymane. Nous sommes venues pour Balayer Blaise Compaoré et ses maires. Ils ont donné nos parcelles à des riches et ils se permettent d'enfermer nos leaders » ont-elles affirmé. A majorité du secteur 15, les doléances des femmes étaient essentiellement des problèmes de parcelles. Pris par les échanges avec ces marcheurs si particuliers, on se surprend sur la place Tiéfo Amoro. Il est 10 heures 16 minutes

Moussa Zerbo, Amadou Sanou et Souleymlane Pîga Yaméogo pour le meeting

Musique reggae et slogan anti CDP ont accueilli les manifestants à la place Tiéfo Amoro. Abandonnés par les motocyclistes et des commerçants qui ont regagné leur lieu de travail, les plus déterminés des marcheurs anti sénat se sont retrouvés à la place Tiefo Amoro.

Premier des intervenants, Moussa Zerbo, explique en Dioula (Langue locale) sa vision du sénat et des intentions du clan Compaoré de s'éterniser au pouvoir. Maniant le Dioula à sa guise, il a cédé le micro au député Amadou Sanou. Après le Dioula, la langue de Molière.

Reprenant mot par mot des textes du gouvernement burkinabè, justificatifs de la suppression de la deuxième chambre burkinabè en 2002, le député a invité le pouvoir à entendre la voix du peuple.

Pour lui, le sénat n'est pas un outil de renforcement de la démocratie. En prenant exemple sur le Ghana et le Sénégal, deux pays de la sous région sans sénat mais exemplaire sur le plan de la démocratie, il a invité les dirigeants a renforcé les institutions de la république au lieu de créer un sénat budgétivore.

Pîga veut balayer tout en tenant l'opposition en garde

Représentant des cibales et cibelles (hommes et femmes du mouvement citoyen balayeurs) , Souleymane Pîga Yaméogo a médusé la foule. En faisant référence à des crimes qu'ils imputent au clan Compaoré, l'homme a fait l'historique du Burkina. Ou de rectification en rectification, Blaise Compaoré a éliminé tous les burkinabè (Thomas Sankara, Norbert Zongo, Dabo Boukary...) capables de le contrarier. Tout en promettant de se battre au nom de la jeunesse et pour la jeunesse il a par moment semé la frayeur du côté du RPOH. Insaisissable dans ses propos, il a mis les responsables de l'opposition devant le fait accompli « Nous ne vous suivons pas pour vos beaux yeux » dira-t-il.

Selon lui, l'opposition doit tout faire pour ne pas tomber dans l'oubli et l'arrogance. Victime à travers ses amis Sams'K le Jah et Somckey, taxés d'étranger par le maire de Bobo-Dioulasso, l'homme a mis en garde les politiciens contre les esprits divisionnistes, régionalistes et ethnicistes. Il est 11 heures 27 quand Pîga Souleymane laisse le micro.

Les manifestants décident de marcher sur le Conseil régional

Après l'allocution de Souleymane Pîga Yaméogo, le mercure monte d'un cran. Il faut dire qu'avec son aisance et sa capacité à titiller les consciences, le représentant du balai citoyen à réveiller la fougue des jeunes. Informés des perturbations des élections à Ouahigouya et à Kaya, une invitation surprise appelle les jeunes à marcher sur le Conseil régional des Hauts-Bassins qui abrite également un bureau de vote (l'arrondissement 07 de Bobo-Dioulasso). Le vin est tiré à l'insu, ou du moins à la grande surprise du RPOH et du responsable du balai citoyen. Et pour cause, sans attendre, les plus pressés ont enclenchent la marche sur le Conseil régional. C'est la panique du côté des organisateurs. On essaie d'arrêter les jeunes... Trop tard.

Pas de round d'observation, la guerre entre cailloux et gaz lacrymogène est immédiate

Avertis de la tournure des évènements, des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) et de la Gendarmerie se positionnent devant le Conseil régional. Il est 11 heures 45 quand les premiers manifestants arrivent sur les lieux. Pas de round d'observation, les forces de l'ordre et de sécurité sont déterminées à maitriser la situation. Au premier jet de pierre des manifestants, ils ont répondu avec du gaz lacrymogène. La situation dégénère. La foule se lâche et les riverains s'invitent dans le débat. On assiste aux premières arrestations.

Une famille asthmatique paie le prix des affrontements

Pas de repi, ni de différenciation dans la lutte entre manifestants et forces de l'ordre. Les premiers se camouflent dans des maisons tandis que les seconds bombardent des foyers avec des gaz lacrymogènes.

Gazés, des habitants du secteur 21 supportent difficilement les fumées. C'est ainsi qu'une jeune fille, asthmatique, a attiré toutes les attentions. Siestant chez elle, elle a eu des difficultés respiratoires après avoir été gazée en plein sommeil. Des sapeurs pompiers sont appelés à la rescousse. En attendant, c'est un militaire en tenue civile qui a apporté les premiers soins : « Je l'aide par humanisme, sinon je suis de la grande muette et ce n'est pas mon travail de m'occuper des manifestants blessés » précise -t-il.

Attentives à l'intervention des sapeurs pompiers, la gendarmerie et la compagnie républicaine de sécurité ont repris de plus belle après le départ des secouristes. Erreur peut être. Parce qu'en plus de la jeune fille, quatre enfants de la même famille ont été étalés sur le goudron pour des difficultés respiratoires. Des larmes, des cris et des insultes deviennent l'arme des « gazés » exposés sur le goudron à quelques mètres des CRS.

Barricades et pneus brûlés.

Réprimés, des manifestants ont renoué avec les vieux démons des marches à Bobo-Dioulasso. Ils ont barricadé des voies, brulé des pneus et des feuilles. En une demi-heure, la rue du Dr Kambou s'est transformée en un vaste champ de ruines. A qui la faute ? Nous ne sommes pas là pour chercher des fautifs, il faut te battre lance un jeune.

Dans la confusion générale, des femmes du petit marché du secteur 21 se lancent elles aussi dans la lutte. C'est la course vers les vendeuses de balais. En plus des balais, d'autres femmes partageaient du beurre de Karité. D'affrontements en affrontement, des voies sont finalement libérées.

A 16 heures, seules des goudrons traversant le secteur 21 témoignaient de la violence des évènements. L'acte deux des journées de protestation a donc tourné à l'affrontement. Et pourtant, on annonce un acte trois plus dense, plus violent et plus significatif dans l'opposition contre le futur sénat.

Ousséni BANCE

Lefaso.net

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