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Libye: remaniement gouvernemental imminent pour sortir de la crise

Les autorités libyennes de transition tentent de sortir le pays d'une crise politique sans précédent, sur fond d'une spirale de violences qui a suscité la colère de la population, près de deux ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

Le Premier ministre Ali Zeidan a annoncé lundi qu'il allait proposer mardi ou mercredi un nouveau cabinet au Congrès général national (CGN), la plus haute autorité politique et législative du pays.

M. Zeidan n'a pas précisé de noms ni les porte-feuilles concernés par le remaniement. Il a toutefois affirmé qu'une "personnalité" a été choisie pour le ministère de la Défense, un poste vacant depuis la démission fin juin de Mohamed al-Barghathi.

Il a annoncé par ailleurs des mesures en vue de créer un organe de renseignement intérieur pour empêcher les attaques, au lendemain de deux explosions ayant fait 43 blessés dans le périmètre du tribunal de Benghazi (est), selon un dernier bilan du ministère de la Santé.

Au cours d'une conférence de presse, le Premier ministre s'est par ailleurs adressé aux Libyens à qui il a demandé un "mandat" en vue de prendre les "mesures nécessaires" pour mettre fin aux violences, accusant le CGN d'entraver son travail.

"Je suis indépendant. Je ne suis soutenu par aucun parti", a-t-il souligné, au lendemain de manifestations dans plusieurs villes du pays, émaillées par des actes de vandalisme contre les locaux des partis politiques, en particulier le Parti pour la justice et la construction (PJC), bras politique des Frères musulmans libyens.

Lundi, un local du parti Al-Watan de l'ancien jihadiste et ex-chef militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhaj, a été saccagé par des inconnus et une partie du bâtiment, situé dans un quartier résidentiel à Tripoli, a été incendiée, selon un responsable du parti.

Des milliers de manifestants ce week-end

Pour beaucoup de Libyens, les rivalités politiques empêchent la stabilisation du pays, où pullulent les armes. Les partis politiques sont accusées de manipuler des milices armées, empêchant la formation d'une armée et d'une police professionnelles.

"C'était une erreur de permettre aux partis politiques d'exercer avant même la rédaction d'une Constitution et l'adoption d'une loi sur les partis", admet M. Zeidan.

De son côté, le président du CGN, Nouri Abousahmein, a appelé dimanche soir les Libyens à appuyer le processus démocratique: "Perturber ce processus ou le suspendre n'est dans l'intérêt de personne. Parce que l'unique alternative sera la violence et le chaos".

Des milliers de manifestants étaient descendus dans la rue ce week-end pour crier leur colère contre les autorités de transition, au lendemain d'une série d'assassinats, ayant visé notamment un militant anti-islamiste, Abdessalem al-Mesmari.

L'insécurité à Benghazi risque de s'aggraver après l'évasion samedi de plus de 1.200 détenus d'une prison de cette ville qui était le bastion de la révolte de 2011 contre le régime du dictateur Mouammar Kadhafi.

Lundi, une voiture a explosé dans le centre de la ville, ont indiqué à l'AFP des témoins et un responsable des services de sécurité, qui n'étaient pas en mesure de donner plus de précisions.

Les autorités accusent notamment les partisans de l'ancien régime d'être derrière les attaques.

M. Zeidan a annoncé qu'une équipe d'enquêteurs britanniques et d'Interpol était attendue en Libye pour aider à faire toute la lumière sur les violences à Benghazi.

Depuis la chute du régime de Kadhafi, les violences se sont multipliées dans l'Est libyen, avec des attaques ciblant des juges, des militaires et des policiers ayant servi sous le régime déchu. Des intérêts et diplomates occidentaux ont été également visés, sans que les coupables ne soient arrêtés.

"La partie qui a plus grand intérêt à voir le pays sombrer dans la violence et l'instabilité est sans doute (..) l'ancien régime", estime le commentateur Mohamed Belkheir, affirmant que "les collaborateurs de l'ancien régime ont l'argent et sont très incrustés dans les rouages de l'administration et de l'État".

M. Beklkheir a critiqué la transition en Libye qui a conduit, selon lui, à faire du CGN un "Parlement miné par les tiraillements entre islamistes et libéraux, au lieu de se consacrer à sa mission essentielle qui est l'élaboration d'une Constitution".

AFP

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