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Un électeur malien, Tombouctou, 28 juillet 2013 / Reuters
Un électeur malien, Tombouctou, 28 juillet 2013 / Reuters

La présidentielle malienne ne va pas guérir tous les maux du pays

L'euphorie du scrutin du 28 juillet ne doit pas masquer la réalité de la situation sécuritaire.

A l’intérieur comme à l’extérieur, rares sont ceux qui considèrent les élections d’hier comme une imposture politique, tellement la tenue de ces élections le 28 juillet paraissait impensable et irréelle.

Mais hier, pour le Mali, on peut dire que le jour de gloire, cette fois-ci, est vraiment arrivé. Le peuple malien ne doit pas oublier, avec l’avènement de ce jour de gloire démocratique, de témoigner sa dette morale à l’égard du rôle joué par la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), la France et l’ONU. S’agissant du déroulement des élections, la question de Kidal a été trop surdéterminée.

Certes, durant la campagne présidentielle, seuls trois candidats sur les 27 autres, ont effectué le voyage de Kidal. Evidemment, on peut dire que la démarche de ces trois candidats était purement symbolique.

Ne pas aller à Kidal constituait, pour eux, un problème plus moral que politique. Cela dit, il ne faut pas sous-estimer leur attachement au rétablissement des symboles principaux de légitimité du pays, notamment à Kidal.

Et, cela dit, même si un seul électeur malien avait voté à Kidal, quoi qu’on en pense, c’est le Mali qui aurait gagné. En vérité, la tenue de ces élections dans les régions du Nord du pays, montre qu’elle a réussi à créer inévitablement les conditions morales et politiques favorables à l’établissement de la paix, à la relance des activités économiques, à la cohésion sociale de l’Etat malien.

Mais, l’euphorie électorale actuelle ne doit pas masquer la réalité sur la situation sécuritaire du pays, toujours fragile. Tel est, en substance, le message pervers que les djihadistes du Mujao ont voulu nous faire entendre, en menaçant de s’attaquer, hier, aux bureaux de vote.

Le Mujao continue de mener, contre les citoyens maliens, une véritable guerre de harcèlement psychologique. Pour ce groupe djihadiste, il s’agit, avant tout, de faire paniquer les électeurs en érodant leur sérénité, mais aussi de remonter le moral de ses troupes mises totalement en déroute par l’opération Serval.

Face aux menaces du Mujao, la raison impose au peuple malien d’aimer la démocratie et de haïr, de rejeter le djihadisme, cette école criminelle de la violence aveugle et généralisée.

La fin d'un volcan politique?

Certes, de sérieuses précautions sécuritaires ont été prises par la Minusma et l'armée malienne, en vue de faire face, promptement, à la contre-insurrection terroriste, dont le mépris brutal pour les vies innocentes est et reste sans mesure.

Mais, pour que la démocratie soit effective demain, au Mali, il est absolument nécessaire que tous les candidats en compétition jouent le jeu démocratique jusqu’à son terme.

Car l’enjeu, c’est la restauration d’un régime pluraliste et constitutionnel dans le pays. C’est dire qu’aucun candidat ne doit annoncer des résultats, avant ceux des instances électorales nationales compétentes.

Sinon, ce genre d’initiative est sûr de faire perdre aux acteurs politiques maliens le soutien dont ils jouissent auprès des opinions malienne, africaine, voire internationale.

Le Mali ne doit plus perdre l’estime du monde, en redevenant un volcan politique. Et qu’importe, le vainqueur final de cette élection présidentielle doit avoir la certitude sacrée qu’il agira en simple représentant du peuple malien qu’il va diriger. Ce qui signifie qu’il devra tenir ses engagements, en respectant les intérêts fondamentaux du peuple malien. Sans quoi, le futur gouvernement, bien que légitime, perdra le soutien du peuple, et risque fort de devenir illégitime.

Un gouvernement légitime, c’est avant tout un gouvernement qui réussit à élever réellement le niveau de vie du peuple. A l’heure actuelle, personne n’imagine le futur président malien élu au milieu d’accusations de fraudes électorales massives. Politiquement, ce serait une situation inexplicable.

Et même si le futur président était doté d’une très forte légitimité démocratique, il devrait se soumettre à certaines obligations envers l’opposition démocratique, car il n’est pas un chef d’Etat «divinement» choisi, encore moins élu pour propager dans le Mali de demain, une présidence de droit divin.

Forte dose de suspense

Il faut souligner que, contrairement aux élections présidentielles antérieures, notamment sous l’ère Amadou Toumani Touré, les élections d’hier recèlent une forte dose de suspense et d’incertitudes politiques.

Le Mali a voté. Les résultats devront donc correspondre aux faits. Sinon, il faut craindre que le jour de gloire du 28 juillet ne se transforme en jour de déshonneur national. La vigilance populaire doit rester vive et constante, surtout que la tenue hier de ces élections, ne signifie, en aucun cas, la fin des maux qui minent toujours le Mali.

Mais soyons juste avec le peuple malien, en reconnaissant avec Wolé Soyinka que «se préparer au pire est une chose, affronter sa réalité en est une autre».

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