mis à jour le

«La désécularisation a commencé après l’indépendance»

Laïcité, sécularisation et polémique autour de la séparation de la religion du politique. Comment éviter l'amalgame entretenu par les islamistes et les fondamentalistes autour de ce concept considéré comme l'un des fondements de l'Etat civil moderne ? C'est à cette problématique qu'a tenté de répondre Ahmed Bennegouech, secrétaire national du RCD chargé des relations avec les institutions, en animant, vendredi soir à Alger, une conférence-débat sur le thème «La sécularité dans les fondements de l'Etat». Un thème qui suscite toujours des débats riches, d'autant que le mot laïcité provoque, dès qu'il est prononcé, une levée de boucliers au sein de la société algérienne. Ce malentendu et cette incompréhension sont nés après l'indépendance. «L'orientation de l'Etat a été tranchée par le Congrès de la Soummam, mais le pouvoir qui s'est approprié l'indépendance n'a pas cessé de faire des concessions aux fondamentalistes. Ce sont les institutions de l'Etat qui ont favorisé l'islamisme», explique Ahmed Bennegouech. Selon lui, le processus de désécularisation a commencé après l'indépendance. «Les libéraux algériens, à leur tête Ferhat Abbas, étaient des sécularistes. Les responsables de l'Association des oulémas étaient aussi des réformistes», soutient-il. Pour Ahmed Bennegouech, il est nécessaire de sortir définitivement de la polarisation sécularistes-fondamentalistes. «Il faut sortir de ce genre d'affrontements, car le seul gagnant est le pouvoir hybride qui tire profit de toutes les situations et qui n'hésite pas à utiliser les uns contre les autres», précise-t-il, affirmant que «l'Etat ne doit pas avoir d'idéologie et n'a pas d'idéologie». «Les faux arguments des islamistes»  Dans le monde musulman, explique le conférencier, il y a de nombreux exemples de pays ayant adopté la laïcité et qui ont réussi à se développer, à commencer par l'Egypte de Mohamed Ali pour arriver à la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk. Mais le premier à avoir associé l'islam et l'Etat est, explique-t-il, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans en Egypte, Hassan Al Benna, en affirmant que «l'islam est une religion et un Etat (el islam din oua daoula)». Depuis, les islamistes ont tenté d'entretenir l'amalgame sur la sécularité. Leur première confusion était entre «sécularisation et irréligieux». Pour eux, dit-il, «irréligieux est synonyme d'anti-religion». «C'est faux ! Même si on reprend leurs termes, irréligieux ne signifie pas anti-religion. Le terme signifie ce qui est en dehors de la religion», indique-t-il. Le deuxième argument des fondamentalistes contre la laïcité consiste à «affirmer qu'elle est un complot et une conspiration des chrétiens et des juifs contre l'islam». «Là aussi, l'argument ne tient pas la route. La laïcité est intervenue en Europe contre les pouvoirs exorbitants de l'Eglise», rappelle-t-il. Et de conclure : «Les islamistes ne cherchent pas à débattre sur ce sujet, ils veulent disqualifier l'idée de la sécularisation auprès de la jeunesse.»  

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien