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Algérie - Le feuilleton des tombes profanées continue

Le quotidien El Watan l’appelle le «feuilleton du ramadan» car le phénomène, bien que morbide, excite la curiosité populaire en ce mois d'août 2011. Des profanateurs de tombes sévissent en effet dans la wilaya (préfecture) de Béjaïa, en Algérie, où près de 295 tombes ont été saccagées au cours des derniers mois.

A la manière d’une intrigue policière, chacun mène son enquête. Entre les rumeurs qui accusent les extrémistes islamistes et les coupables qui signent leurs crimes en brisant chaque épitaphe sur laquelle ils passent, les événements sèment aussi la pagaille au sein des villages algériens. Chacun devient soupçonneux face à ces actes gratuits de délinquance, comme en témoigne dans l’article d'El Watan un villageois d’Izghad:

«Je suis persuadé qu’un groupe d’individus tend, à travers ces actes de vandalisme, à créer l’animosité et à briser l’union traditionnelle des Kabyles. Ces pratiques poussent les gens à s’accuser mutuellement».

Plus qu’un saccage, le côté méthodique et répétitif du vandalisme laisse à croire aux agissements d’un groupe ou même d’une «secte religieuse», selon certains. La chronologie de leurs actes montre aussi un bilan inquiétant: 70 tombes profanées dans la ville de Sidi Aïch en décembre 2010, puis 53 sépultures détruites à Remila et 175 dans la nuit de mercredi à jeudi 11 août au cimetière du village de Tilioucadi. La police peine à trouver les auteurs de ces actes, faute de témoignages. La population s’est donc mobilisée en formant des «comités de vigilance» pour «surveiller les cimetières» et prendre sur le fait ces mystérieux criminels qui agissent la nuit.

Ces événements font en outre écho à un mois de ramadan très agité pour l’Algérie, notamment en Kabylie. Le pays connaît en effet un regain d’incidents et d’attentats depuis le début du jeûne, perpétrés pour beaucoup par des groupes islamistes. Le gouvernement algérien a décidé de mobiliser près de 20.000 agents supplémentaires pour la fête de l’Aïd, qui célèbre la fin du jeûne. Les mausolées et cimetières ne seront pas en reste, tout comme les routes et les mosquées, afin de prévenir tout risque de récidive des violences.

Lu sur El Watan