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La Tunisie s’enlise dans le conflit après la mort de Mohamed Brahmi

De notre envoyée spéciale en Tunisie

Un assassinat politique, une bavure policière et un attentat en moins de 48 heures. Mais quel est donc ce chemin qu'emprunte la Tunisie ?

Sonnés par l'assassinat de Mohamed Brahmi, le deuxième responsable politique tué en moins de six mois, les Tunisiens se sont réveillés ce samedi en apprenant qu'une voiture officielle avait explosé ce matin près du poste de la garde maritime de la Goulette. Fort heureusement, il n'y a pas eu de victime. Les premiers éléments de l'enquête montrent que l'explosion a été provoquée par une bombe artisanale actionnée à distance par téléphone portable. Autre détail : le véhicule appartenait à l'unité de renseignement de la Garde nationale.

La date n'est pas anodine : l'explosion survient le jour de l'enterrement de Mohamed Brahmi. Au cours des funérailles, un responsable du Front Populaire, le parti du député défunt, a pris la parole pour exhorter la foule à réclamer la démission d'Ennahda. Le tribun a invité les nombreux Tunisiens présents malgré la chaleur accablante de l'été à aller manifester devant l'Assemblée Constituante.

Message entendu. La foule s'est repliée l'après-midi vers le quartier du Bardo, quadrillé par les forces de l'ordre. Lesquelles ont tenté dans un premier temps d'empêcher le rassemblement en utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Peine perdue, les manifestants ont continué d'affluer, équipés de masques chirurgicaux pour ne pas respirer l'air vicié. Bien déterminés à ne pas laisser l'opposition gagner la bataille de l'image, les partisans d'Ennahda se sont aussi déplacés en nombre pour crier des slogans pro-gouvernement. La police s'est interposée entre les deux groupes pour éviter les affrontements.

Comme à l'accoutumée, c'est en fin d'après-midi que les débordements se sont faits les plus nombreux. L'élu Mongi Raouhi a été touché au Taser, d'autres députés ont été pris pour cible par les grenades lacrymogènes. Parmi eux : Karima Souid, qui refuse d'incriminer l'ensemble de la police. « Il y a en fait 2 ministères de l'intérieur, a-t-elle écrit sur Twitter. Certains se sont réfugiés avec nous, d'autres tiraient même sur leurs collègues. Qui donne les ordres ? »

La thèse privilégiée par les opposants d'Ennahda est celle d'une police parallèle chargée de semer la peur. C'est ce fantôme que l'on soupçonne de prévenir les salafistes des descentes prévues dans leurs caches d'armes. De couvrir aussi les suspects d'affaires en cours. C'est cette même milice qui est accusée de tirer sur les militants politiques, à Gafsa par exemple où un membre du Front Populaire - décidément - a été mortellement atteint à la tête vendredi par une bombe lacrymogène.

A ce climat de défiance à l'égard des institutions s'ajoute un blocage politique qui ne devrait pas tarder à se faire jour. Car il suffirait qu'une petite vingtaine de députés démissionne dans les prochains jours pour que la nouvelle Constitution ne puisse être adoptée. Le texte doit en effet être voté par une majorité qualifiée des 2/3. Si un tel scénario se produit, la Tunisie se trouverait alors dans une impasse. Contrainte de faire demi-tour. Ou de foncer droit dans le mur.

Neila Latrous

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