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Assassinat du député Mohamed Brahmi : les réactions en Tunisie

Suite à l’annonce de l’assassinat du député Mohamed Brahmi, les hommes politiques ont réagit. Du côté de la Troïka et des institutions, on joue la carte de l’unité nationale en péril. L’opposition, elle, saute sur l’occasion pour appeler à la chute du gouvernement.

La Troïka et les institutions serrent les rangs pour garder leur place

- La Présidence de la République a été la première à réagir, deux heures à peine après la survenue de l’assassinat. Sur les coups de 14h, jeudi 25 juillet, un communiqué était publié. Il condamnait l'assassinat du député Mohamed Brahmi,

« un crime réalisé le jour de l'anniversaire de la République [...] au moment où l'ANC est en train de travailler à terminer la phase de transition » explique le communiqué

Le communiqué faisait également mention de la situation en Egypte, où la violence a pris le pas sur le processus démocratique. Il appelait les Tunisiens à ne pas tomber dans le piège de la violence.

Il faudra tout de même attendre la fin de journée pour qu’un communiqué de la Présidence annonce la journée du 26 juillet comme journée de deuil national.

- Dans un discours, le Président de la République Moncef Marzouki a déclaré que pour lui le choix de la date n’est pas anodin, puisque cet assassinat intervient alors qu’un consensus politique était sur le point d’être conclu et que l’identité des assassins de Chokri Belaid allait être annoncée.

- Rached Ghannouchi, le leader du principale parti au pouvoir Ennahdha, s’exprimait en direct sur Radio Mosaïque en milieu d’après-midi, le 25 juillet. « C'est un meurtre contre l'Etat tunisien et la démocratie. On cherche à travers ça à mettre la Tunisie dans l'instabilité et à pousser les Tunisiens à s'accuser les uns et les autres. [...] Ceux qui ont commis ce meurtre sont les opposants de la démocratie. La révolution tunisienne était pacifique, on cherche a la rendre sanguinaire, alors que nous sommes en train de finir la Constitution et de mettre en place les institutions qui vont mener le pays vers des élections libres. [...] Nous demandons la mise en place d'une coalition nationale contre la violence. »

Alors qu’il semblait opter pour l’unification, le jour de l’assassinat, Rached Ghannouchi change de discours et adopte une posture accusatrice lors d’une prise de parole au sein du siège de son parti, le lendemain. Ainsi, vendredi 26 juillet, il déclare que selon lui, les partis politiques contre la loi d'immunisation sont à l’origine de ce crime. Il vise ainsi directement le parti Nidaa Tounes.

- Le CPR a publié un communiqué sur son site internet durant la journée du 25 juillet où il condamne ce crime qui

« vise l’unité nationale, le processus démocratique et la dignité des Tunisiens »

Il demande des efforts sécuritaires et demande à tous les partis et mouvements de s’unir contre la violence en évitant toute tension et toute accusation précipitée. Le CPR est donc dans la droite ligne de la présidence.

- A l’Assemblée Nationale Constitutante, le ton est aussi au consensus. Une séance spéciale devait avoir lieu à l'occasion de l’anniversaire de la République. Elle a été suspendue à l’annonce de l’assassinat du député. Mehrzia Labidi, la vice-présidente de l’ANC, a pris la parole sur Mosaïque FM et a déclaré vendredi, que la mort de Mohamed Brahmi représentait :

« une grande perte pour l’Assemblée »

- Le parti Ettakatol en appelle lui aussi à l’unité, le jeudi 25 juillet. Sur son site internet, le parti a publié plusieurs réactions de membres du parti, comme celle de Wahbi Jomâa, président du Conseil National de Ettakatol, pour qui cet assassinat est une tentative de nuire à la République. L’union nationale est la seule réponse à ces attaques selon lui. Mais il n’hésite pas à déclarer la guerre  « à ceux et celles qui veulent nous amener vers la guerre civile.»

- Au Premier ministère le ton est carrément menaçant. Le Premier ministre Ali Laraayedh a lui aussi condamné l’assassinat du député de l’opposition, le jour même, mais n’a pas joué l’apaisement. Il a expliqué avoir donné l’ordre de poursuivre ceux qui appellent à l’anarchie, menaçant ainsi directement les hommes publics et citoyens qui appellent à la chute du gouvernement.

- Enfin ce soir Mustapha Ben Jaafar, Président de l’Assemblée Constituante vient de s’adresse aux citoyens à la télévision en appelant au consensus et au dialogue. Il a également appelé le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour apaiser les tensions actuelles et a aussi appelé à “se débarrasser de toutes ces organisations et ces ligues violentes.”

En face, les partis d'opposition n’ont pas raté l’occasion de dénoncer les erreurs du gouvernement et d’appeler à sa chute ainsi qu’à la désobéissance civile. Pas question de consensus, mais plutôt une envie claire d’aller à la confrontation.

- C’est au siège du Front Populaire que les partis Front populaire, Nidaa Tounes, Massar, Attayar Achaabi, ainsi que les mouvements Doustourna, Kolna Tounes et d’autres organisations de la société civile se sont réunis jeudi 25 juillet dans l'après-midi. Ils ont signé une charge directe contre le gouvernement. Hamma Hammami, porte parole du Front Populaire, à appeler à :

  • la désobéissance civile,
  • la chute du gouvernement,
  • la dissolution de l'ANC,
  • la création d'un gouvernement de salut public,
  • la grève générale le jour de l'enterrement du martyr.

- De son côté Béji Caid Essebsi, leader du parti Nidaa Tounes, a déclaré, le jeudi 25 juillet, que le gouvernement actuel a perdu toute crédibilité et affirme qu’il y a échec de la période de transition. Selon lui, le manque de sérieux dans les poursuites judiciaires à l’encontre des auteurs des assassinats politiques de Lotfi Nagdh et Chokri Belaïd ont « encouragé les criminels à poursuivre leur crime. » Un ton accusateur et des déclarations qui visent à affaiblir la crédibilité de la Troïka.

- En réaction à l’assassinat, les députés Iyed Dahmani, Mourad Amdouni et Hattab Barakati ont annoncé leurs démissions jeudi. Vendredi 26 juillet, lors d’une conférence de presse, une quarantaine de députés ont annoncé suspendre leur activité.

 

-Jeudi, c’était une centaine de militants du parti Joumhouri ont annoncé leurs démissions du parti. Yacine Brahim, secrétaire exécutif du parti, a lui aussi démissionné et a pointé du doigt le discours violent des membres du gouvernement et des députés de la Troïka. Il est signataire d’un appel avec trois autres députés et des militants indépendants. Ils considèrent que « l’ANC et toutes les institutions qui en découlent (gouvernement et présidence ) ont échoué dans la réussite de la transition démocratique.» Plus de légitimité selon lui, ils proposent la composition d’un gouvernement de salut national dont les tâches principales seraient : l’organisation des élections, la gestion des affaires courantes et le rétablissement de la sécurité. Il appelle également à la désignation d’une personnalité qui fasse le consensus pour prendre la présidence de la République et lui donner le pouvoir d’émettre des décrets ainsi qu’à la mise en place d’une commission d’experts pour finir la constitution et le rétablissement de l’ancienne ISIE.

-Aujourd’hui suite aux funérailles et aux violences policières Maya Jribi, secrétaire générale du parti Joumhouri a déclaré sur les ondes de Shems FM que la seule solution a la crise est la dissolution du gouvernement et de l’ANC et a lancé un ultimatum de 48h au gouvernement pour qu’il trouve une solution.

 

Nawaat

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