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Egypte: au moins 65 morts au Caire, le pouvoir affiche sa fermeté

Au moins 65 personnes ont péri samedi au Caire dans des heurts entre forces de l'ordre et partisans du président déchu Mohamed Morsi, les plus meurtriers depuis sa chute, le nouveau pouvoir annonçant sa volonté d'en finir avec  la contestation des islamistes.

Les deux camps se sont rejeté la responsabilité des violences, qui ont aussi fait neuf morts vendredi à Alexandrie (nord), portant à 74 le nombre de morts en deux jours.

Les Etats-Unis, par la voix de leur secrétaire d'Etat John Kerry, se sont dits "très inquiets" après "l'explosion de violence" en Egypte où plus de 250 personnes au total ont perdu la vie en un mois de graves troubles politiques qui ont aggravé la division du pays.

En Egypte même,  des personnalités de premier plan, qui ont soutenu le renversement de M. Morsi, ont laissé pointer leur inquiétude face au risque d'escalade dans la confrontation entre l'armée et les islamistes, qui s'accusent mutuellement de mener le pays à la guerre civile.

La plus haute autorité musulmane d'Egypte, l'imam d'Al-Azhar cheikh Ahmed Al-Tayeb, a demandé une "enquête urgente" sur ces violences, et le vice-président du pouvoir de transition, le Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei, a "condamné le recours excessif à la force".

Selon le ministère de la Santé,  65 personnes au moins ont été tuées et 269 blessées dans les affrontements le matin. Un journaliste de l'AFP a compté le 37 morts dans un hôpital de campagne des islamistes.

Selon des médecins de cet hôpital, tous les morts ont été touchés par balles. La police a fait état d'une cinquantaine de blessés dans ses rangs. 

Les affrontements ont eu lieu, quelques heures après des manifestations massives rivales vendredi des partisans de l'armée et des Frères musulmans, la formation de M. Morsi.

"Incitation à la violence"

Des pro-Morsi partis de leur campement à la mosquée Rabaa al-Adawiya (nord-est du Caire) ont tenté de bloquer la circulation à un pont routier et se sont heurtés à des habitants, selon le  ministère de l'Intérieur. La police est intervenue pour s'interposer et n'a "utilisé que du gaz lacrymogène", a-t-il dit laissant entendre que les morts avaient été tués par des habitants.

Les pro-Morsi en revanche ont mis en cause des "policiers en uniforme agissant au côté d'hommes de main", tirant à balles réelles et de la chevrotine.

"Le moins de pertes possible"

Faisant redouter de nouveaux heurts sanglants, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a annoncé la dispersion "très prochaine" des deux campements au Caire où se sont installés des milliers de partisans de M. Morsi depuis son renversement.

Il a promis une intervention "dans le cadre de la loi" et "le moins de pertes possible", mais a appelé les protestaires à quitter les lieux d'eux-mêmes "pour éviter que le sang ne coule".

Samedi soir, les milliers de pro-Morsi qui campent à Rabaa al-Adawiya ont rompu le jeûne du ramadan dans le calme en s'apprêtant à passer une nouvelle nuit sur place. Ils ont déployé des banderoles avec le mot "Pacifique".

Pour le porte-parole de l'Intérieur,  la réponse massive de la population à l'appel du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, à manifester vendredi pour lui donner "mandat d'en finir avec le terrorisme" démontre que le peuple "souhaite une stabilisation sous la protection de l'armée".

Condamnations internationales

Mais les partisans de M. Morsi voient dans les violences le résultat direct du discours du général Sissi, maître d'½uvre du renversement du premier président d'Egypte élu démocratiquement.

"De telles déclarations de Sissi incitent à la violence et à la haine et servent à couvrir les crimes haineux de l'armée et de la police", ont-ils accusé. A Rabaa al-Adawiya, des jeunes islamistes portant casque et gourdins ont scandé "Sissi assassin".

"Le général Sissi est l'homme fort du nouveau régime" et "jouit du soutien d'une grande partie de la population en raison de son action contre les Frères musulmans", souligne Moustafa Kamel el-Sayyed, professeur de science politique à l'Université du Caire. 

Condamnations internationales

Le Front du salut national (FSN), principale coalition politique de gauche et libérale laïque, a exprimé sa "tristesse" après les violences meurtrières, mais a dénoncé "l'attitude provocatrice" des Frères musulmans.

Ankara a condamné les violences, appelant à un transfert du pouvoir à une "direction démocratique", tout comme l'Union européenne.

Londres a "condamné" l'usage de la force contre les manifestants et Paris a appelé "à la plus grande retenue".

Pour M. Kerry, les autorités "ont l'obligation morale et légale de respecter le droit de manifester de manière pacifique et de respecter la liberté d'expression".

Arguant que M. Morsi ne pouvait régler la grave crise politique secouant le pays depuis son élection en juin 2012, l'armée l'a déposé le 3 juillet et a nommé un président civil intérimaire pour conduire la transition avant la tenue de législatives, en principe début 2014, puis d'une présidentielle.  

Les Frères musulmans dénoncent un "coup d'Etat" et assurent vouloir défendre la "légitimité" du président élu. 

 

AFP

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