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Autant le dire… : Agitation politique : une preuve de vitalité de notre démocratie ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la vie politique au Burkina Faso est en ce moment très animée. L'activité politique est empreinte d'une ferveur très manifeste. On pourrait dire plus en ce sens que "le mercure du thermomètre politique" est très monté.

Au-delà des leaders politiques, la population semble être en alerte et manifeste désormais un regain d'intérêt pour la chose publique ou politique. En effet, depuis 1991, le Burkina Faso a opté pour la voie de la démocratie. Avec l'adoption de la Constitution le 11 juin de la même année. Le pays essaie tant bien que mal, depuis cette date, de mettre en application et/ou de suivre les exigences de la démocratie.

Etat démocratique, unitaire et laïc, la Constitution a consacré le retour au multipartisme. Aujourd'hui, on dénombre plus d'une centaine de partis et de formations politiques au Burkina. Depuis donc 23 ans maintenant, le Burkina vit « la plus longue période de stabilité institutionnelle de son histoire » selon le site officiel de la Présidence du Faso. Cependant, en 2011, les choses ont bien failli véritablement tourner au chaos. Une vague de mécontentements partie des casernes a porté un coup à cette stabilité. Des militaires insatisfaits de leurs conditions de vie et de travail ont dans une succession de mutineries, terrorisé les civils en orchestrant viols, pillages, meurtres, ... Pour sortir de cette crise qui avait pris une dimension sociale militaire et politique assez sérieuse, des reformes politiques ont été engagées, histoire de mieux réorienter la vie politique du Faso. Du Cadre de concertation sur les réformes politiques (CCRP) boycotté par une partie de l'opposition et de la société civile, est né le consensus des parties y prenant part, sur la création d'une deuxième chambre parlementaire, d'où le Sénat. Un Sénat qui, selon le pouvoir en place, va renforcer le niveau de la démocratie au Burkina Faso. Selon les résultats d'une étude menée par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), « les Burkinabè préfèrent plus que jamais la démocratie mais ils en sont moins satisfaits de son niveau et de la manière dont elle fonctionne ». La mise en place du Sénat permettra-t-elle de renforcer cette démocratie ? Une question qui divise l'opinion burkinabé. C'est ce débat qui agite aujourd'hui la classe politique et tout le pays. Le 29 juin, une marche a eu lieu contre le sénat dont la mise en place cacherait selon une partie de l'opposition politique et de la société civile, le projet de révision de l'article 37 qui permettrait à Blaise Compaoré de se représenter à l'élection présidentielle en 2015.

En réplique à cette marche de contestation organisée par le Chef de file de l'opposition politique (CFOP), le parti au pouvoir, le CDP, a organisé une marche « pour la paix et le développement », le 6 juillet dernier à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Le 16 juillet dernier, ce sont les journalistes des média publics qui sont entrés dans la danse des marches et sit-in. Pour ces hommes et femmes des médias, il s'agissait de protester contre « l'immixtion des autorités du ministère dans le traitement de l'information ». Le 18 juillet dernier, un mouvement dénommé « Le Balai Citoyen » a vu le jour à l'initiative de deux artistes engagés, Smokey et Sam's Le Jah. Le samedi 20 juillet, c'était le tour de la Coalition contre la vie chère, d'occuper les rues pour un meeting contre la vie chère. Le dernier fait est la publication, de la lettre pastorale où les premiers responsables de l'Eglise catholique interpellent le peuple sur le malaise social perceptible dans l'agitation que suscite la mise en place du Sénat.

N'est-ce pas là une preuve de vitalité de la démocratie burkinabè, qui cherche ses marques et s'enracine progressivement ? Toujours est-il que chaque pays a « sa démocratie » car elle ne saurait être partout la même. L'essentiel est de ne pas croire que la nôtre est la plus mauvaise. Au contraire !

Bassératou KINDO

L'Express du Faso

Le Faso

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