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LE MALI VOTE DEMAIN Les enjeux d’un scrutin présidentiel

Partagés entre espoir et doutes, les Maliens attendent avec fébrilité l'issue du premier tour de l'élection présidentielle prévu ce 28 juillet. Un scrutin dont ils mesurent toute l'importance pour leur avenir. Et, sans doute avec eux, les 27 prétendants à la couse pour occuper, après la parenthèse Dioncounda Traoré, le palais de Koulouba.

Naguère réputé pour sa stabilité et l'exemplarité de sa démocratie arrachée, en mars 1991, au prix du sang, face au régime de Moussa Traoré, le Mali a connu, en 2012, une véritable descente aux enfers. Tout commence à se gâter lorsqu'en janvier de cette année, le pays subit les attaques de groupes lourdement armés qui, vite rejoints par des mouvements jihadistes, massacrent des soldats et occupent quelques villes. Pour ne rien arranger, le coup d'Etat militaire perpétré par le capitaine Amadou Haya Sanogo, le 22 mars 2012, provoque une crise politique et institutionnelle sans précédent dans ce pays de plus d'un million de kilomètres carrés. Résultat des courses : la décomposition du pays s'accélère, avec comme effet domino la déconfiture d'une armée qui ne l'était, depuis longtemps déjà, que de nom. D'aucuns diront, et à juste titre, que la rupture de la chaîne de commandement est passée par là. Et c'est pour dire le moins. En seulement quelques semaines, le Mali plonge littéralement sous les bottes d'une junte militaire vindicative qui, après avoir suspendu la constitution et dissout le gouvernement, instaure une véritable terreur sur «ceux qui pensent du mal» de ses méthodes cavalières et aux antipodes des bonnes intentions déclamées, urbi et orbi, par les «héros» de Kati. Le pays de Soundjata Keïta ne dut véritablement son salut qu'à un groupe de patriotes qui, prenant leur courage à deux mains, s'opposent, pour certains, au prix de leur vie, au coup d'Etat. Il s'y ajoute la vigilance de la communauté internationale qui, sous la houlette de la Cedeao, impose aux putschistes un processus de retour à l'ordre constitutionnel.

3,25 milliards d'euros

Si l'élection présidentielle du 28 juillet apparaît comme l'aboutissement heureux de cet engagement résolu de la communauté internationale et du combat mené à l'intérieur du pays, elle ne saurait occulter les conséquences dramatiques de la crise multidimensionnelle dans laquelle se débat le Mali. Les enjeux du scrutin de demain sont nombreux. Mais, ils découlent, pour l'essentiel, de l'espoir que les Maliens et les «Amis de la démocratie» placent sur cette élection : réconcilier les citoyens avec la politique, re-légitimer les institutions, restaurer l'autorité de l'Etat et consacrer le retour de la démocratie. Vingt ans de pratiques démocratiques n'ont pas, en effet, permis d'instaurer les règles de bonne gouvernance souhaitées par le plus grand nombre, encore moins, favorisé l'émergence de nouvelles pratiques permettant aux populations de participer plus activement à la gestion des affaires, en leur permettant d'exercer un contrôle plus efficient sur les responsables politiques. Plus profondément, ce scrutin s'annonce comme une opportunité à saisir pour promouvoir dans l'action publique des valeurs, jusque-là, peu prises en compte, telles qu'une plus grande proximité des décideurs avec les administrés, l'obligation de rendre compte et le respect de l'intérêt général dans le processus de prise des décisions majeures qui engagent l'avenir des Maliens. Surtout que la conférence des pays donateurs a mobilisé, le 15 mai dernier à Bruxelles, environ 3,25 milliards d'euros pour aider le Mali à relancer son économie et ses institutions, après la guerre contre les jihadistes qui a été conduite, face aux atermoiements de la Cedeao et de l'Union Africaine (Ua), par la France.

Diabel NDIAYE


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