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Si la présidentielle a lieu à la date prévue, nous nous dirigeons vers une catastrophe

Le leader de Ahd 54 n'attend rien de la prochaine présidentielle. Il milite pour une période de transition qui associerait tous les partis politiques. -La question de la peine de mort est à nouveau au centre d'un débat après la condamnation des meurtriers des deux enfants à Constantine. Etes-vous favorable à la peine de mort ? Je suis un militant des droits de l'homme et donc, par principe, je suis contre la peine de mort. Le débat qu'il y a aujourd'hui en Algérie sur la peine capitale est empreint d'émotivité. La question que nous devons nous poser est de savoir si l'application de la peine capitale aura une incidence sur le taux de criminalité. Dans d'autres pays, on s'est rendu compte que cela n'avait aucun impact. Aussi, il me paraît essentiel de mettre en place un organisme de consultation qui regroupe des oulémas et des hommes de loi, pour instaurer un débat sur la question et éviter toute tentative d'instrumentalisation. -Comment traduisez-vous l'absence de réaction des partis politiques au retour du président Bouteflika ? Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans un pays du tiers-monde où l'engagement politique est une chose et la position politique en est une autre. En ce qui me concerne, je n'ai pas attendu la maladie du Président pour réagir. Je rappelle que je réclame depuis plus d'un an la vérité sur son état de santé. Lors des présidentielles de 2005 et 2009, alors qu'il avait eu un gros problème de santé, j'avais déjà suspecté que les certificats médicaux qu'il avait présentés n'étaient pas aussi valides qu'il le prétendait. En réalité, la question essentielle à se poser ne concerne pas la maladie du Président, mais plutôt le pouvoir en relation avec la maladie de Bouteflika. Je demande la transparence dans ce cas précis. -Vous réclamez la publication d'un bulletin de santé. Absolument. Pourquoi cela devrait être un secret en Algérie, alors que ceci se fait dans tous les pays du monde ? Sauf si le pouvoir a des choses à cacher. Dans les autres pays, les bulletins de santé sont publiés le plus normalement du monde. Le peuple algérien est assez mature pour comprendre qu'un Président peut tomber malade, qu'il peut être soigné et qu'il n'est pas éternel. La maladie du Président n'aurait jamais dû prendre les proportions qu'elle a connues. Elle a été instrumentalisée dans le but de ne pas aborder la vraie question, qui est celle de la capacité du Président à exercer ses fonctions. -Le Président est-il encore en mesure d'assurer ses responsabilités ? Jouit-il encore de toutes ses facultés ? C'est une question que nous nous posons. Il n'est plus ce qu'il était. D'ailleurs, il n'a plus d'activité politique depuis de nombreuses années. Terminés les déplacement dans les wilayas. De même pour les discours-fleuves. Quand je vois Bouteflika à la télévision, je me pose la question de savoir s'il n'est pas atteint de la maladie d'Alzheimer. -La maladie du Président serait-elle un enjeu politique ?   Malheureusement, la maladie du Président sert aujourd'hui à masquer les enjeux politiques qui touchent l'avenir de l'Algérie. Les véritables enjeux ont été occultés, car le pouvoir n'a pas de solutions. On cherche à nous instrumentaliser autour des conflits entre le clan du Président et les différents cercles du pouvoir. Cela n'intéresse qu'une petite frange de la population. La vraie question est de savoir si notre société est en mesure de franchir le cap et permettre aux forces vives de la nation de tenir leur rôle. -Continuez-vous à réclamer l'application de l'article 88 et une élection présidentielle anticipée ? Je n'ai pas demandé cela. Dans la situation que nous vivons, il faut être mesuré dans ses prises de position au regard des enjeux internes et externes qui touchent aujourd'hui l'Algérie. Il faut tenter d'élever le débat et dépasser les petits calculs politiciens. A Ahd 54, nous ne demandons pas le pouvoir pour le pouvoir. Ce qui nous paraît important, c'est de se demander si nous sommes en mesure d'être une force alternative, capable d'assumer des responsabilités. Mais encore faut-il que le pouvoir accepte l'alternance. Qu'il accepte de partager le pouvoir avec les partis de l'opposition. Il faut qu'il comprenne que s'il continue à ignorer l'alternance, il pousse l'opposition à recourir à d'autres formes de pression pour se faire entendre. C'est pourquoi nous demandons une période de transition qui associe les partis de l'opposition, car certaines conditions ne sont pas réunies aujourd'hui pour organiser l'élection présidentielle. Nous sommes persuadés que si cette élection a lieu à la date prévue, nous nous dirigeons vers une catastrophe. En parallèle à la transition politique, il faut également une trêve sociale qui associe tous les partenaires sociaux. Car le front social peut à tout moment s'embraser. -La décentralisation est votre cheval de bataille. Absolument. Nous sommes convaincus que la vraie solution aux problèmes que connaît l'Algérie réside dans la décentralisation économique et sociale. Nous sommes un grand pays, avec des particularités régionales et même locales. Il faut parvenir à penser autrement l'organisation de la société. Mais encore faut-il que le pouvoir central accepte de lâcher du lest et permette aux assemblées élues de gérer leurs administrés. Ce n'est pas à l'administration centrale de gérer la démocratie ou la volonté populaire. -Comment expliquez-vous la difficulté à voir émerger une opposition crédible au système politique ? Il y a en fait très peu de véritables forces d'opposition. Aujourd'hui, elles se comptent sur les doigts d'une main. Il faut bien faire le distinguo entre opposition et opposants. La scène politique algérienne regorge d'opposants qui changent de camp comme de chemises. Jusqu'à présent, le seul à avoir proposé une alternative au pouvoir, c'est le parti islamique du salut (ex-FIS). Mais il n'avait associé aucune autre force politique à son projet.    -Serez-vous candidat à la présidentielle de 2014 ? Il faut d'abord que je consulte les militants du parti. Nous nous réunirons au mois de septembre pour arrêter une décision. Mais la participation à la présidentielle n'a de sens que si nous sommes convaincus de pouvoir conduire une autre politique que celle qui est mise en place par le pouvoir depuis cinquante ans. -Il y a vingt ans, l'armée avait empêché la victoire du FIS. Aujourd'hui, pensez-vous qu'elle accepterait l'arrivée d'un islamiste à la tête de l'Etat ? Dans une démocratie, l'armée n'a aucun rôle à jouer en dehors de ses prérogatives de défense. Si la société sécrète ses extrémistes, c'est à elle qui lui revient la mission de les absorber. Ce n'est pas en instrumentalisant l'institution militaire qu'on fera évoluer la société vers plus de démocratie. Ce n'est ni le système turc ni l'égyptien qui feront évoluer la société algérienne. 

El Watan

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