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Zimbabwe: défi d'assurer des élections libres et démocratiques

Les Zimbabwéens sont appelés mercredi aux urnes pour les législatives et la présidentielle, mais malgré le calme relatif contrastant avec les violences électorales de 2008, nombre d'observateurs indépendants doutent que les conditions soient réunies pour un scrutin libre et démocratique.

Plus vieux chef d'Etat d'Afrique, le président Robert Mugabe brigue malgré ses 89 ans un nouveau mandat à la tête du pays qu'il a conduit à l'indépendance en 1980 puis au bord de la guerre civile en 2008.

Au pouvoir depuis 33 ans, il reste encore considéré comme un héros parmi l'électorat rural et âgé et part favori face à son rival Morgan Tsvangirai, déjà candidat en 2002 et 2008. 

Ce dernier, soutenu surtout dans les villes, est victime de la désunion de son camp et d'une lassitude des électeurs après ses quatre ans de cohabitation avec M. Mugabe au sein d'un gouvernement d'union nationale, imposé par une médiation étrangère et dont il a été le Premier ministre quelque peu impuissant.

Plusieurs associations de défense des droits de l'homme ont fait état ces derniers jours de leurs craintes sur le déroulement du vote, dénonçant la triche organisée, le climat d'intimidation et de la hâte du camp présidentiel à organiser le scrutin, alors même que M. Tsvangirai estimait que d'indispensables réformes auraient dues être mise en oeuvre au préalable. 

"Le peu de temps imparti à un processus approprié de sensibilisation et d'enregistrement des électeurs, l'absence de réformes significatives dans les secteurs des médias, de la justice et de la sécurité, l'inefficacité des mécanismes de contrôle récemment établis, font partie des défis à relever pour garantir la tenue d'un scrutin régulier", a noté dès début juillet la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).

Pour Amnesty International, le risque de violences n'est pas à écarter non plus.

L'organisation a donné maints exemples de la répression contre les défenseurs des droits de l'homme ou les membres de la société civile. De nouveaux incidents se sont produits ces dernières semaines.

Des colleurs d'affiches de M. Tsvangirai ont été envoyés à l'hôpital par des sympathisants du chef de l'Etat. Arnold Tsunga, un candidat MDC à la députation dans l'est de Mutare, a été interpellé pour défaut d'autorisation avant une réunion électorale.

Les 600 observateurs africains accrédités, issus de l'Union africaine, de la communauté d'Afrique australe (SADC) et d'Afrique centrale (COMAC), auront fort à faire pour prouver le caractère démocratique du vote. Le président zimbabwéen n'a pas autorisé de mission européenne ou américaine.

 

Des inscrits morts ou à l'étranger

 

Sans signer un chèque en blanc, l'Union européenne estime cependant qu'il n'est pas possible de préjuger du déroulement de l'élection, laissant la porte ouverte à une levée totale de ses sanctions si les observateurs africains valident le scrutin.

Quelque 6,4 millions d'électeurs doivent voter pour les législatives, la présidentielle et les municipales. 

Mais à une semaine du scrutin, l'impression des listes électorales n'était toujours pas achevée, de l'aveu même de la commission électorale (ZEC) alors que l'ONG Research and Advocacy Unit a indiqué dans un rapport en juin qu'un million d'inscrits étaient morts ou à l'étranger. 

Cette même ONG a trouvé environ 63 circonscriptions avec plus d'inscrits que d'habitants et estimé que deux millions d'électeurs potentiels, âgés de moins de 30 ans, n'avaient pas été enregistrés alors que la jeunesse est une des clés du scrutin.

Le "chaos" ayant marqué les deux jours de vote anticipé réservé aux diplomates et agents en tenue, policiers, militaires, les 14 et 15 juillet augure mal de la bonne tenue des élections, a aussi estimé l'organisation Zimbabwe Election Support Network (ZESN).

Manque de bulletins, d'encre, ouverture tardive des bureaux, etc, la commission électorale a été forcée de reconnaître qu'elle avait eu des problèmes de budget.

"Les élections seront crédibles, libres et justes. Nous sommes prêts", a cependant assuré la vice-présidente de la commission électorale, Joyce Kazembe, aux observateurs étrangers.

En 2008, M. Tsvangirai avait pris l'avantage avec 47% des voix, sans franchir la barre des 50% nécessaires pour être élu dès le premier tour. Les partisans de M. Mugabe avaient alors déchaîné la violence dans le pays où on avait dénombré quelque 200 morts parmi les partisans de M. Tsvangirai.

Celui-ci avait retiré sa candidature pour éviter la guerre civile. Seul en lice, M. Mugabe avait été réélu.

 

AFP

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