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L’ancien directeur de l’Ocrtis parle : Cheikhna Keïta sans détour - J’ai traité de ce dossier avec (Pathé Seck) pendant 6 mois - Dans cette affaire, seul le procureur a fait son travail Il faut se demander comment on a pu instaurer un tel trafic dan

L'existence de la drogue dans la police est un «mal, une réalité» qui ronge ce corps. Le commissaire Cheikh Keïta recentre le débat et re-pose les vraies questions.

En cette nuit de belle étoile, il brille au firmament de l'actualité médiatico-policière. Seul. Zen. Stoïque. Cheikhna Cheikh Saadbou Keïta, ex-directeur de l'Office central de répression du trafic des stupéfiants (Ocrtis), est un «héraut» d'une police propre. Sans drogue. La République est éclaboussée. La police est souillée. Mais Keïta reste impassible. C'est une profession qu'il défend. Son honneur. Sa réputation. Depuis l'éclatement de cette affaire, les enjeux du rapport semblent se déplacer dans des considérations accessoires. «Il faut recentrer le débat là où il doit être. Il s'agit de la drogue dans la police», rappelle l'expérimenté commissaire. Les questions s'accumulent : La drogue est-elle présente dans la Police ? A quel niveau la hiérarchie policière est-elle mouillée ? Comment le mal a-t-il été instauré ? Puis a persisté ? Mais, les réponses sont enfermées dans un écrin. «Voilà les bonnes questions. Pourquoi, les responsables n'essaient pas de comprendre comment le trafic de drogue s'est installé dans la police depuis toutes ces années ?», suggère M. Keïta.

Autorité saisie

A l'Ocrtis, l'odeur des stupéfiants s'est répandue comme une trainée de poudre. Engagés dans la traque des stupéfiants, certains policiers s'engoncent dans leur uniforme et leur bureau pour recycler la drogue dans le marché national. Désabusé dès son installation à la tête de ce département par la vue de certaines pratiques mafieuses, Cheikh Keïta active son flair de policier expérimenté pour faire éclater la mafia.... policière. Ouverture d'une enquête. Traque de preuves. Rédaction de rapport. Autorité saisie.

La trame de l'histoire est un banal recoupement d'accusations portées sur l'ex-Directeur général de la Police nationale (Dgpn), Codé Mbengue. Cheikh Keïta a appris que l'ex-Dgpn recevrait des parts de l'argent de la drogue organisée au sein de l'Ocrtis. Dès qu'on lui a rapporté ces allégations, il a «ouvert une enquête» pour percer le mystère. La découverte est de celles qui font froid dans le dos. De fil en aiguille, Abdoulaye Niang, qui vient de quitter l'Ocrtis, se retrouve au c½ur de l'enquête qui le lie aux narcotrafiquants nigérians. Sans tabou, l'autorité est saisie. Placide, le commissaire rédige son rapport. Le ministre de l'Intérieur est contacté. Pendant «six mois, j'ai traité de ce dossier avec Pathé Seck. Il connaît toute cette histoire. Mais, il n'a pas pris ses responsabilités», soi-disant pour éviter tout ce déballage public qui souille la hiérarchie policière.

Pris de court par l'exposition de l'affaire sur la place publique, le ministre de l'Intérieur a tenté de désamorcer la bombe en «dégageant toutes ses responsabilités». Ministre de l'Intérieur, il doit réguler le fonctionnement normal de ce département. Et éviter que les ego altèrent l'ambiance du travail. Ec½uré, Cheikh Keïta ne ravale pas sa colère. Son indignation. «Même s'il s'agissait d'un duel fratricide, il a l'obligation d'intervenir. Parce qu'il s'agit de son ministère. Mais, il n'a pas pris ses responsabilités pour tirer cette affaire de drogue au clair.» Aujourd'hui, la place Washington est en lambeaux. «Pathé Seck a fui ses responsabilités», dit Keïta. Autrement, on aurait pu éviter ce psychodrame qui écorne l'image de la police.

Pathé Seck et la boîte de Pandore

Cité dans une affaire de trafic de drogue, comment Abdoulaye Niang s'est retrouvé à la tête de la Dgpn ? Malgré tous les soupçons qui pèsent sur lui, le ministre n'a pas varié dans sa position et sa proposition de le nommer à la «tête de la police». Incompréhension. «Il (Pathé Seck) savait tout. Mais, le président de la République ne devait pas être informé, sinon il n'aurait pas validé sa nomination. Aujourd'hui, on continue de le ridiculiser en l'enfermant dans des rapports au lieu de se dire : Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on le nomme» à la tête de la Police, regrette-t-il. «Des décisions devaient être prises. Mais, elles ne l'ont pas été», dit-il. En nommant Abdoulaye Niang à la Dgpn, Pathé Seck a ouvert la boîte de Pandore. Le mal s'est répandu dans le pays. Dans le monde. «Quelqu'un qui a fricoté avec les narcotrafiquants ne peut être nommé à ce poste. La drogue détruit la police. Elle doit regarder cette affaire en face» au lieu de fuir le débat.

En se posant de bonnes «questions». Comme : «Comment un tel trafic de drogue s'est installé dans la Police ? La drogue détruit la Police. C'est une réalité. C'est un mal qu'il faut combattre.» Autrement, les saisies de drogue dans le corridor Dakar-Bamako ne se retrouveraient pas dans le marché national entre les mains des indicateurs.

Aujourd'hui, il serait un paria de la police. Lui a touché une «plaie» qui gangrène ce grands corps malade. Ils sont tous des «commissaires, mais nous ne sommes pas les mêmes». Après 40 ans de carrière, la police lui a offert un foyer, un travail et une «réputation» à sauvegarder. Très jeune, il est entré dans ce corps pour «servir» sa Patrie. Mais, il n'a jamais voulu cracher sur la main qui l'a nourri jusqu'ici : Il a touché le mal pour séparer la bonne graine de l'ivraie. Dans l'exercice de ses fonctions, il a été rattrapé par son destin de policier. De citoyen. Sinon «je ne peux me taire parce que je serai devenu le complice» des narcotrafiquants et des policiers voyous. «Les intérêts de la République dépassent nos personnes. Je suis Sénégalais avant d'être commissaire de police. Je pouvais me complaire dans cette situation, prendre des avantages et des centaines de millions comme les autres et me taire. Je serai devenu un complice. C'est le destin d'un policier de toucher» là où ça fait mal. Dans ses missions de maintien de l'ordre et de répression, il est toujours appelé à «coffrer les enfants d'autrui. Même s'ils sont des délinquants, on les met aux arrêts. On les défère avant qu'ils ne soient mis en prison. Ils ont des familles. Pour un joint» grillé ils sont soumis aux rigueurs de la loi. Eux qui sont censés faire appliquer la loi ne peuvent pas se retrouver à la violer.

«Si je suis un trafiquant de drogue»

Depuis quelques jours, la polémique enfle. Les zones d'ombre s'élargissent au-dessus d'un dossier explosif, qui le citerait aussi comme un trafiquant de drogue. Il ramène l'affaire à un simple fait : «Si je suis un trafiquant de drogue, qu'on sorte un dossier sur moi. Et qu'on tire toutes ces affaires au clair» pour ramener la «quiétude et le calme» dans la police. «J'ai travaillé sur la base d'un rapport. J'ai saisi l'autorité pour l'informer de ce qui se passe dans la police au niveau de ses cadres», éructe-t-il. Bien sûr, il aurait été logique «de lui coller un rapport» si les accusations de trafic de drogue qui «pèsent sur moi» sont «fondées». «Pourquoi, ils ne l'ont pas fait ? C'est une enquête administrative que j'ai effectuée quand je suis arrivé dans mon service. Je n'ai pas fait dans la délation. Je n'ai rien contre Abdoulaye Niang. Je n'ai rien contre Codé Mbengue. Mais le débat, c'est l'existence de la drogue dans la police» qui prend les apparences de l'évidence.

Aujourd'hui, la Direction de l'inspection des services de sécurité (Diss) est saisie pour éclairer cette affaire. «Je n'attends rien de ce rapport», tonne-t-il. Il a été auditionné une seule fois dans cette affaire. «Je suis prêt à être auditionné» dix mille fois. Néanmoins, «je ne changerai rien de ce que j'ai dit. Dans cette affaire, seul le procureur a fait correctement son travail». En inculpant d'abord Austin dont les PV se retrouvent à longueur de colonnes dans la presse et en s'auto-saisissant. Le juge d'instruction, itou. Car, il poursuit ses enquêtes pour démêler l'écheveau. Dans les rapports envoyés au ministre de l'Intérieur, d'autres acteurs sont cités. Mais sur ce point, motus et bouche cousue.
A en croire plusieurs opinions, il se risque de se retrouver sur le chemin de l'abattoir pour avoir touché le mal du doigt. Au nom des intérêts «obscurs» qui «manipulent ce dossier» à d'autres fins. «On dit que je risque d'être assassiné ou que je serai sacrifié», dit-il. Pourquoi et pour quelles raisons, s'interroge-t-il. «Le débat est l'existence de la drogue dans la police.» Pour lui, le reste est périphérique. Accessoire. «Je me mets dans une position axiale. Je n'entends que des observations périphériques. Ce n'est pas ça le fond du problème. Les Sénégalais sont zen et nous observent», observe-t-il froidement. Car, ils ont «besoin de savoir et non d'être divertis. Je ne dérive pas» sur d'autres considérations. L'Etat narcotrafiquant (Guinée-Bissau. Ndlr) est transfrontalier du Sénégal. En Egypte, les Forces de l'ordre se querellent sur fond de «positions idéologiques» qui sont en train de mettre en péril «l'appareil d'Etat». «La police et le Sénégal ne méritent pas» une situation de ce genre, se convainc-t-il.

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Rewmi

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