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Soumana Sako du CNAS-Faso Hèrè: «Nous avons besoin d’hommes forts»

Soumana Sacko

Rencontre ce jeudi 25 juillet avec Soumana Sako, qui a été le Premier ministre d’Amadou Toumani Touré (ATT). C’était juste après la révolution de 1991, pendant la transition démocratique. Ce brillant économiste de 63 ans dirige aujourd’hui la Convention nationale pour une Afrique solidaire (CNAS-Faso Hèrè). A Bamako, il répond aux questions de RFI.

RFI: Quand on vous surnomme « Zorro le justicier », est-ce que cela vous convient ?

Soumana Sako: C'est le peuple malien qui m'a gratifié de ce sobriquet. L'un de mes combats a toujours été celui de la lutte contre la corruption, défendre les plus petits, les faibles face aux puissants.

Vous avez un sacré parcours : ministre des Finances sous Moussa Traoré (de 1968 à 1991), Premier ministre après la révolution de 1991. Certains disent comme Choguel Kokala Maïga que du temps de Moussa Traoré, il y avait une armée et que ce qui s'est passé l'année dernière, l’occupation d’une partie du territoire par des groupes islamistes, n’aurait pas pu se dérouler en ce temps-là ?

On peut toujours vouloir réécrire l'histoire. Aujourd'hui, l'essentiel est de se mettre d'accord sur la nécessité d'équiper cette armée, une armée républicaine acquise aux valeurs de la démocratie.

Vous voulez remettre de l'ordre dans la maison Mali. Quelle est votre priorité ?

La priorité, à mon avis, c'est d'abord de ramener la concorde nationale et rendre le pouvoir au peuple, faire en sorte que les institutions travaillent pour la justice sociale et non pour quelques clans. Il faut libérer le monde paysan, moderniser cette agriculture. Il faut naturellement reprendre le contrôle de nos ressources minières pour être en mesure d'affronter victorieusement la concurrence de la sous-région et même du reste du monde.

Barack Obama dit qu'il vaut mieux des institutions fortes que des hommes forts…

Pour moi, il n'y a pas cette dichotomie. Il faut des institutions fortes mais aussi des hommes forts. Pas de dictateurs : par hommes forts, j'entends des hommes ou des femmes qui ont les qualités de leadership. Si vous avez des institutions fortes, mais que les hommes et les femmes censés animer ces institutions sont faibles, vous aurez un peu ce que nous avons connu au Mali. Il nous faut les deux.

Vous êtes un expert en économie et vous promettez de lutter contre la grande délinquance financière, mais qu'est-ce que peut faire l'Etat du Mali face aux hommes d'affaires qui brassent des milliards ?

 

Il nous faut avoir une administration publique forte, professionnelle, qui ne soit pas trop politisée. C'est l'un des problèmes de cette administration. C'est un problème qui date déjà de la période d'avant 1991 où il fallait exhiber la carte du parti unique. Cela s'est aggravé avec le multipartisme. Il nous faut mettre l'accent sur la compétence, sur le mérite et le respect des textes.

En cas de deuxième tour, avec qui feriez-vous alliance ?

S'il y a un deuxième tour, comme on dit dans ce pays, on sait « qui est qui ». On sait qui est vraiment démocrate non seulement en parole mais dans la pratique, on sait qui est prêt à s'associer au diable.

Donc vous ne vous sentez pas très proche des gens qui sont prêts à s'allier au diable, c'est-à-dire qui ont peut-être une position ambiguë par rapport aux putschistes du capitaine Sanogo l'année dernière ?

Bien sûr, je ne peux pas comprendre comment un républicain, un démocrate peut appuyer un coup d'Etat.

Vous pensez à qui ?

 

Je ne pense à personne en particulier. Je vous le dis, nous allons combattre de toutes nos forces tout ce qui peut, à un moment ou un autre, présenter un danger pour la démocratie et la République.

Christophe Boisbouvier

Source: RFI

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