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Avortement : entre tolérance et condamnations, un bilan en demi-teinte

On ne le sait que trop : l’interruption volontaire de grossesse est interdite au Maroc. Une réalité pourtant hypocrite puisque dans les faits, l’avortement est toléré et la plupart des gynécologues le  pratique. Face à ce constat, certaines voix s’élèvent pour tenter d’obtenir une réaction gouvernementale.
“En cinq mois, cinq médecins ainsi que leur équipe ont été condamnés à des peines lourdes d’emprisonnement”, s’alarme Chafik Chraibi, chef du service de gynécologie et d'obstétrique au CGU de Rabat. “Le dernier cas remonte à un mois, lorsqu’un médecin de Meknès a été condamné à 10 ans de prison ferme, un million de dirhams d’amende et une interdiction totale d’exercer la médecine. [...] L'anesthésiste, la secrétaire et l'infirmière ont été condamnés à trois ans”, précise cette grande figure de la lutte contre les avortements clandestins au Maroc sur sa page Facebook.

 

750 à 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc d’après l’AMLAC, l'Association de lutte contre les avortements clandestins. Depuis 2008, cette association, reconnue par les autorités du Royaume, milite pour une réforme du code pénal marocain qui condamne depuis 1960 les interruptions volontaires de grossesse. Le gynécologue Chafik Chraibi, également président de l’association, demande que l’hypocrisie cesse. Il donne, parmi d’autres, l’exemple de la Tunisie, où l’avortement est légal et où l’on observe vingt fois moins d’avortements.

 

Des complications parfois dramatiques

 

Au Maroc, pour se faire avorter, les femmes les plus aisées payent sous le manteau des professionnels de santé entre 150 à 200 euros. Si ces avortements sont dits médicalisés, les conditions d’hygiène sont loin d’être maximales. Mais le pire sont les avortements non-médicalisés pratiqués par des accoucheuses traditionnelles, voire des herboristes. Ces interventions entraînent parfois des complications dramatiques qui mènent ensuite à l’hôpital : infections graves, perforations de l’utérus, brûlures du vagin, intoxications aiguës, etc. 13% de la mortalité maternelle au Maroc est ainsi due aux avortements clandestins, selon l'Organisation Mondiale de la Santé.

Certes, l'avortement pour des besoins thérapeutiques existe dans la loi, notamment dès lors que la grossesse présente un danger pour la santé de la mère, via l’article 453 du Code pénal marocain. Pourtant, les conditions de l'IVG sont tellement restrictives et draconiennes qu'elles ne répondent pas aux besoins du terrain. L’association AMLAC milite pour un droit à l’avortement encadré et gratuit lorsqu’une grossesse menace la santé physique ou psychique de la femme. Pour cela, il suffirait d’adopter une interprétation plus large de l’article 453, selon le gynécologue Chraibi.

 

Marlène Alibert

La Nouvelle Tribune

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