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Soudan du Sud: appel au calme après la suspension de l'exécutif

Les forces de l'ordre étaient déployées en masse mercredi dans la capitale sud-soudanaise Juba où la radio appelait au calme, au lendemain du limogeage de l'ensemble de l'exécutif par le président Salva Kiir sur fond de rivalité politique avec son vice-président Riek Machar.

Deux semaines tout juste après le deuxième anniversaire de l'indépendance du pays, le président Kiir a limogé l'ensemble des ministres du gouvernement, leurs adjoints, ainsi que le vice-président Machar, son grand rival politique.

Il a aussi suspendu le secrétaire général du parti au pouvoir (Mouvement populaire de libération du Soudan-SPLM), Pagan Amum, visé par une enquête interne du parti: M. Amum est suspecté de "mauvaise gestion, administrative et politique", d'"insubordination ouverte" et de comportement de nature à saper "l'unité du parti", selon le décret de sa suspension.

M. Machar et M. Amum, qui mène pour le Soudan du Sud d'épineuses négociations avec Khartoum, l'ancien ennemi contre lequel les dirigeants en place à Juba ont mené une longue et sanglante guerre civile, sont deux poids lourds de la politique sud-soudanaise.

Originaire de l'Etat sud-soudanais d'Unité, riche en pétrole, M. Machar est, en particulier, une personnalité controversée: il avait fait temporairement défection de la rébellion sudiste durant la guerre civile.

Salva Kiir avait demandé en avril à ce que ses pouvoirs soient réduits, mais, fin juin encore, Riek Machar avait été envoyé à Khartoum pour des discussions avec le président soudanais Omar el-Béchir en personne.

Le limogeage du gouvernement et la suspension de M. Amum s'inscrivent "dans la lutte en cours au plus haut niveau de la classe dirigeante sud-soudanaise," a estimé l'ONG américaine Enough Project, qui milite pour la paix aux Soudans. "Le vice-président Machar et le secrétaire-général Amum ont tous les deux ouvertement fait part de leur intention de concourir à l'élection (présidentielle) de 2015" face à Salva Kiir.

La décision abrupte du président fait craindre une période d'instabilité dans la jeune nation, indépendante du Soudan depuis le 9 juillet 2011 et qui porte encore les stigmates de la guerre civile Nord-Sud de 1983-2005. Le pays est encore infesté d'armes et ravagé par de sanglants affrontements ethniques.

Deux ans après son accès à l'indépendance, le Soudan du Sud reste l'un des pays les plus pauvres du monde. Tout est à construire: les infrastructures de base sont inexistantes, l'administration ne fonctionne pas, la corruption est endémique.

L'économie du jeune pays a par ailleurs été durement touchée par plus d'un an de suspension de la production pétrolière, qui l'a privée de 98% de ses ressources, sur fond de conflit avec Khartoum dont les oléoducs restent indispensables à l'exportation du brut sud-soudanais.

Des technocrates en place

"Nous demandons à nos citoyens de remplir leur devoir et d'aller travailler," a déclaré mercredi Barnaba Marial Benjamin, porte-parole du gouvernement et ministre de l'Information, jusqu'à son limogeage la veille.

"Donnez au président une chance de former son gouvernement (...). Il a déjà habilité les technocrates à gérer les affaires courantes", a-t-il poursuivi sur une radio soutenue par l'ONU, Radio Miraya.

Les forces de l'ordre sud-soudanaises bloquaient mercredi plusieurs rues de Juba et étaient déployées massivement devant le complexe gouvernemental, mais la ville était calme, a assuré le porte-parole de l'armée, Philip Aguer.

"C'est un travail de routine, ils sont déployés pour protéger les ministères," a-t-il indiqué à l'AFP.

Nombre des personnes suspendues ont joué un rôle clé au sein du SPLM ou de sa branche armée quand le mouvement luttait contre le régime de Khartoum.

Malgré la paix conclue en 2005 et ayant débouché sur l'indépendance de 2011, de fortes tensions demeurent entre Khartoum et Juba. Elles portent notamment sur le partage de la manne pétrolière -- le Soudan du Sud a hérité des trois quarts des réserves de brut du Soudan d'avant la partition --, la démarcation de la frontière commune ou le statut de régions contestées comme Abyei.

Les négociations menées jusqu'ici par Pagan Amum pour le Sud portent sur tous ces sujets. Et si quelques accords ont été signés, les discussions, supervisées par l'Union africaine (UA), piétinent encore largement.

Mercredi, le Soudan a cependant estimé que le limogeage de l'exécutif de son voisin relevait d'une "affaire intérieure". Selon le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Aboubaker (bien Aboubaker) Al-Siddiq, les progrès que les deux pays ont enregistrés ces derniers mois ne seront pas mis en question.

Salva Kiir n'a pour l'instant fait aucune annonce sur les remplacements à la tête de l'exécutif et il était impossible de dire si certains ministres reviendraient.

L'un des décrets présidentiels émis mardi annonce cependant une réduction drastique du nombre de ministères dans le futur gouvernement, avec la suppression de dix portefeuilles sur 28 actuellement.

Les rumeurs de remaniement et de tensions entre MM. Kiir et Marchar circulaient depuis plusieurs mois à Juba. Mais la décision du président a pris tout le monde par surprise.

AFP

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