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Amina ou le Corps de la Femme et les Stratégies du Pouvoir Islamiste Post-Révolution

Par Ahlem Hannachi

« Que les punitions en général et que la prison relèvent d'une technologie politique du corps, c'est peut-être moins l'histoire qui me l'a enseigné que le présent. (...) Il s'agissait bien d'une révolte, au niveau des corps, contre le corps même de la prison. Ce qui était en jeu, ce n'était pas le cadre trop fruste ou trop aseptique, trop rudimentaire ou trop perfectionné de la prison, c'était sa matérialité dans la mesure où elle est instrument et vecteur de pouvoir. (...) C'est de cette prison, avec tous les investissements politiques du corps qu'elle rassemble dans son architecture fermée, que je voudrais faire l'histoire.[1] »

Introduction

Depuis son accès au pouvoir, Ennahda pratique des méthodes de fascistissimes qui ont abolit l'espoir de fonder une démocratie pierre par pierre et le pouvoir appartient depuis, désormais au seul Rached Ghannouchi le nouveau Dictateur. Un lien étroit existe alors entre le Parti islamo-fasciste d'Ennahda et les deux autres partis qui s'associent à l'entreprise d'instauration de la dictature, une Troika qui devient le triparti unique et dont les responsables décideurs sont rassemblés dans un Majless Echoura couplé à l'ANC (dominé par ce triparti) : pour que l’administration soit épurée et une police politique instaurée , des LPR (organisation de vigilance et de répression de l’anti-nahdaouisme) créé et les opposants depuis sont pourchassés et agressés et les femmes stigmatisées.

Leur idéologie repose sur  » l'exclusion de l'autre». Et le principe « laïc (ilmani) » et « musulman », fut le leitmotiv de cette nouvelle scission de la Nation tunisienne pour que ce Parti s’y appuie depuis avec une prétendue supériorité de croyance musulmane, et un anti-islamisme virulent qu'il tend de combattre. Tous les laïques ainsi que les femmes furent pris pour cibles et sont persécutés. Rached Ghannouchi veut instaurer en Tunisie et appliquer sur toute la population tunisienne sa doctrine. Il veut aussi étendre le territoire sur tous le nord-Afrique et l'Orient: un rêve de renaître la« Khilafa Islamia ». La Tunisie depuis est centralisée et son administration est envahie et épurée par les nahdaoui. La terreur est organisée et maintenue par les Salafistes et les LPR. Rached Ghannouchi, devient le seul chef qui dispose de tous les pouvoirs. Tous les fonctionnaires ainsi que les militaires doivent prêter allégeance de fidélité à ce nouveau « Führer » de la cruauté et tout le peuple lui devait obéissance.

Et bien que ce régime se soit imposé par voie légale, il devient très vite totalitaire, en s'acharnant à supprimer tous les droits garantistes et à persécuter toute opposition et à encadrer toute la population. Il dirige l’économie vers la catastrophe et ne donne la priorité qu'à l'instauration de la « Charia ». Le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul parti (ennahda) et même entre les mains d'un seul homme Rached Ghannouchi qui devient le Président occulte du pays, qui s'applique ainsi à rassembler ces bourreaux de tous bords pour entraîner la Tunisie vers une guerre civile ensanglantée sans merci.

De là est née la résistance du corps des femmes tunisiennes et celui d'Amina plus particulièrement à ce nouveau ordre politico-islamiste qui s'est imposé par la dictature, qui de son opposition têtue et muette est née cette forme d'oppression qui nous a fait entrer dans le doublet empirico-transcendantal du corps de la femme tunisienne: l'ère de l'épistémè obscurantiste post-révolution du 14 janvier 2013.

I. Le Corps d'Amina et les Stratégies du pouvoir d'Ennahda

Sa cause ne semble pas être entendue : dans le champ des droits halal de l'Islam Politique des frères musulmans, comme du côté des discours des pseudo-démocrates qui n'accompagnent les mobilisations politiques post-révolution que si elles sont porteuses d'au moins un avantage électoral.

Amina semble être essentiellement l'irruption du corps féminin post-révolution dans le champ le plus dérangeant de l'islamisme destiné à Surveiller et punir pour prolonger le programme d'une « histoire répressive du corps de la femme » attentif à le reverser dans la constitution de ces derniers dont la nature est traversée par diverses formes de domination et non d'histoire.

Un véritable trouble dans le genre en amont marquée par une rétrogradation de quatorze siècles et en aval, par un trouble, qu'il jette sur le corps de la femme tunisienne, sur ses émotions et ses frayages. Un corps qu'on veut mutiner par différents sortes de prison (Voile, Niqab, Nikah (prostitution) ou Prison tout court, etc..). Femmes prisonnières des aiguillons du nouveau Surveiller et punir politico-islamiste.

De ce corps-message d'Amina en position déconcertante, non point pornographique, ne se révèle pas simplement l'incise association « Femen » mais surtout l'héritage foucaldien, dans sa manière d'adosser la démarche intellectuelle d'une expérience immédiatement physique, expérience dont la théorie procède et qu'elle vise à rejoindre. Toute la cohérence est dans un tel couplage. Ce n'est point une circularité d'une banale « histoire de justice » et d'une jeune fille coupable d'un délit de bagatelle dont elle-même s'est rendue fautive, mais c'est celui de la femme tunisienne face à l'islamico-bio-politique des corps et des nouvelles stratégies de discipline.

II. La femme tunisienne versus Rached Ghannouchi

Amina est une de ces révoltes des prisonnières tunisienne de l'histoire arabo-musulmane qui interpelle la modernité par l'immédiateté de son refus (révoltes : elle en fait plusieurs) de l'étouffement à l'entassement, à l'intérieur des murs vétustes de cet islamisme contraire à l'homme et à l'humanité. Toutes les analyses s'engrènent et sur elles tendent à se multiplier les médiations inutiles qui montrent comment l'individu tunisien est devenu une réalité fabriquée par cette machine spécifique de pouvoir qu'on appelle l'Islam politique dont le corps est fonctionnalisé comme condition illisible de ces fictions.

Presque personne ne se hâtera pour la soutenir (beaucoup sont trop gênés), pour autant, de crier le pernicieux jeu de pouvoir-savoir idéologique islamiste. D'abord, parce que tout l'intérêt de la démarche tient, et on le pressent, à cette tension même, de cette complémentarité paradoxale en dehors de laquelle chaque versant s'appauvrit : c'est l'aspect de référence au corps (ici de la femme) qui nous éloigne en produisant une série d'affirmations improductives et des invocations monotones et une litanie de monographies qui établissent, sans aucun bénéfice, une dimension culturelle de déterminations physiques qui perdurent. Mais aussi, il y a le problème de cette double position du corps d'Amina (comme soubassement et résultat de l'histoire tunisienne, et comme condition et horizon de la théorie islamiste qui s'en empare) pour éviter la réflexion sur comment piétiner indéfiniment sur le corps de la femme.

Amina « la femme et ses doubles », n'est que la première des formes positives de cette Révolution où la femme tunisienne a appris qu'elle est finie, et c'est bel et bien son corps dans l'expérience d'être une femme — un corps qui est donné et qui est son propre corps– qui est devenue un fragment décomposé d'un espace ambigu, dont la spatialité propre et irréductible s'articule cependant autour d'un espace de choses indistinctes[2].

Tout semble justement reconduire cette stratégie intellectuelle qui à son tour, prend appui ici sur les transformations catégoriques qui ont entraîné l'irruption du corps d'Amina dans le nouveau champ social post-révolution et surtout le nouvel espace public islamiste, afin de retracer les étapes et les formes d'une nouvelle constitution historique du corps de la femme tunisienne.

Amina a pu dès lors, reproduire un geste très fort qui, sans décalquer les conditions de possibilité de la connaissance sur les faits qui lui sont offerts, un geste épistémologique, acte émancipateur qui consiste à clôturer le débat : transcrire « Femen (Femme)» sur le muret d'un cimetière ! Ce geste porte un haut degré de radicalité, d'une part l'idée d'une nouvelle constitution historico-politique du corps, d'autre part l'affirmation de ce que les appels à la libération contribuent efficacement à maintenir le dispositif moderne de pouvoir.

Amina refuse ainsi l'horizon de l'« l'hypothèse répressive » que Rached Ghannouchi a instauré à travers « le sexe » et (« l'instance du sexe »), comme une construction opératoire, en ce qu'elle participe à distinguer les différents « fabrique du sexe » ainsi que les principes de sa déstabilisation éventuelle par « la multiplicité des stratégies de disciplines» ici spécifiquement islamistes.

Conclusion

En conclusion, Amina est punie pour un délit qui l'a conduit à penser une capacité effective de résistance à la pathologie spécifique de l'islamisme politique. Elle voulait échapper au nouveau mal politique – et plus particulièrement à la pathologie de cet ancien-nouveau système totalitaire qui a produit depuis son avènement une « superfluité"[3] des tunisiens.

Et le nouveau pouvoir-savoir islamiste à travers l'intervention de ses disciplines veut s'assurer que les corps des individus n'appellent qu'une seule référence, et c'est ainsi que sont construits le bien-fondé des traitements inhumains qui sont infligés à Amina, et qui sont à l'image des petits pensionnaires de la colonie pénitentiaire de Mettray sur la voix desquels se clôt Surveiller et punir de Michel Foucault : ...les colons disaient couramment, pour chanter les louanges de la nouvelle politique punitive des corps : « Nous préférerions les coups, mais la cellule nous vaut mieux ».

Amina criait : Mon corps, c'est ma propre archéologie. Cette interprétation était reçue comme utopique et pourtant le corps de la femme est au c½ur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel nous rêvons, nous parlons, nous avançons, nous imaginons, nous percevons les choses en leur place[4].

[1] Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », Paris, 1972. p.35.

[2] Michel Foucault, Les mots et les choses, réed. Paris, Gallimard (coll.« Tel »). p.325.

[3] Caractère de ce qui est superflu, inutile ; futilité Caractère de ce qui est superflu, inutile ; futilité.

[4] Michel Foucault, « Le corps utopique », conférence radiophonique du 21 décembre 1966, disponible en CD France-Culture, coll. « INA / Mémoire vive ».

Par Ahlem Hannachi publié le 23 juillet 2013

Enseignante-chercheur de Droit Privé

A l'Université Panthéon-Sorbonne Paris1

Doctorante en Droit pénal International & Politique Criminelle

Amina

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