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L’avenir de la région se joue encore en Egypte

Par Mansour Mhenni
En cette période de grande incertitude et de flou certain, l'Egypte reste un vrai baromètre des jeux et des enjeux qui font mouvoir la région, en rapport certain avec une stratégie internationale de gestion mondialiste des destinées des peuples, des pays et des coalitions géostratégiques régionales.

En effet, il est maintenant de plus en plus attesté que la première grande puissance, en l'occurrence les USA, tire à sa manière les ficelles qui animent ses marionnettes partout installées pour la distribution et la redistribution des rapports de force de la manière la plus favorable à ses intérêts stricts, même quand ceux-ci prennent l'aspect des intérêts de ses partenaires les plus inconditionnels.

Voilà donc très peu de temps que les USA ont fini par prendre le choix de s'allier avec les islamistes pour mettre à exécution leur nouveau plan pour le monde de 2020, déjà annoncé, avec les précautions et les scénarios possibles, dans le rapport de la CIA « Le Monde en 2020 », introduit par Alexandre Adler, il y a une petite décennie (2004). Ce rapport non-classifié est rédigé par le Conseil national du renseignement américain, vingt-cinq experts internationaux y ayant présenté les « transformations majeures que devrait connaître le monde entre 2005 et 2020 » (Pour les lecteurs francophones, Cf. Le Rapport de la CIA : Comment sera le monde en 2020 ? présenté par Alexandre Adler, collectif, Johan-Frédérik Hel Guedj (traduction), éd. Robert Laffont 2005 – 268 pages ).

Des quatre scénarios envisagés, le deuxième et le troisième semblent se combiner presque paradoxalement : la « pax americana » et « A new califate ». Sans doute le plan a-t-il dû être réadapté aux aléas des conjonctures, mais ses objectifs n'ont pas changé.

Ainsi, de l'avis des experts (avec une certaine relativisation de la désignation), en Egypte comme ailleurs, le choix de l'islamisme politique a été conclu à Washington et adopté comme un nouvel agent d'exécution de la politique américaine de gestion du monde. Souvenez-vous, pour la Tunisie, des va-et-vient entre Tunis et Washington.

Cependant, cet islamisme politique, une fois au pouvoir, a laissé paraître des insuffisances aussi nombreuses que préjudiciables à la crédibilité des USA, une crédibilité de plus en plus remise en cause au niveau populaire et de certaines oppositions de la gauche la plus à gauche. C'est là que l'Europe, surtout la France, a pu marquer un retour souligné sur l'échiquier du monde et que la Russie se remet à rêver de nouveau son rôle essentiel comme facteur d'équilibre, tel que cela fut le cas en période de guerre froide, jusqu'à la chute du mur de Berlin.

D'autres petites puissances « montantes », à dominantes militaire (comme l'Iran) ou économique (comme la Turquie), se sont mises à rêver aussi d'un certain leadership des forces islamistes contre tous ceux qui pourraient remettre en question leur légitimité au pouvoir, maintenant que celle-ci est obtenue par le biais des moyens de la démocratie à l'occidentale (le vote), malgré qu'il en ait !

C'est pourtant la Turquie qui reste plus en vue en raison d'un activisme spectaculaire de son chef du gouvernement qui prépare un autre rebondissement politique lors des prochaines élections. Il joue donc la carte du succès économique à outrance, ce qui est assez intelligent, même si cette intelligence n'est pas partagée avec ses partenaires dudit « printemps arabe ». Il joue aussi la carte du prestige international de la Turquie, contre une Europe qui le rejette comme un avorton du continent, et implicitement contre une Amérique qui peut l'utiliser pour mieux le mater : car d'aucuns le mettent à la tête de la liste des prochaines victimes du dictat américain. Reste à savoir si cela se fera avant ou après la Chine !

Or, c'est justement l'échiquier égyptien qui permettrait de pressentir ou de laisser entrevoir cette évolution du jeu de cache-cache que les parrains des petits pays en instabilité jouent entre eux.

On l'a vu, après le renversement de Mohamed Morsi en Egypte (Seconde révolution ou coup d'Etat, chacun y va de sa mélodie), c'est la Turquie qui a accueilli le concert des « Frères » pour étudier avec eux les stratégies futures, en bonne coalition pour le retour de l'Empire ottoman comme dernier avatar du khalifat islamique. En même temps, la position américaine est restée plus nuancée, avec un malin souci de précaution par navigation à vue, même si les dernières déclarations d'Obama sont on ne peut plus éloquentes et explicites.

Curieusement, après les « assises des Frères » en Turquie, et après une résistance qui s'est heurtée à une fermeté inflexible du nouveau régime en Egypte, des démarches de négociation, voire de réconciliation pour un repositionnement des islamistes dans la machine du pouvoir, sont apparues, contredisant leur position de force initiale. C'est dans ce cadre que s'inscrit la démarche du roi de Jordanie, intervenant pour un marché suspect puisque négociant une libération de Morsi et son équipe contre un revirement total de la Turquie.

Sans doute est-ce pour cela que le pouvoir d'Egypte a refusé cette médiation, malgré le dépit qu'elle a causé chez le roi de Jordanie. Façon de dire peut-être que l'armée a agi de bon droit et pour le droit et qu'elle n'est pas prête à négocier le pouvoir contre l'intérêt du peuple ?

Devant cette fin de non-recevoir, les « Frères » brandissent « le drapeau blanc » (d'après Al-Ahram Nouveau), renoncerait même à Morsi qui, de son côté, aurait présenté des excuses, etc.

En tout cas la situation en Egypte est loin d'être à son ultime conclusion. La situation de la région en dépendra aussi, d'une manière ou d'une autre ; c'est pourquoi les cartes paraissent brouillées. L'avenir est ouvert à toutes les éventualités, mais probablement pas dans l'intérêt des peuples et des pays de la région. Ces peuples sauront-ils en prendre conscience pour infléchir un tant soit peu le cours des choses. Le futur proche nous le dira.

Par Mansour Mhenni le 23 juillet 2013

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