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Election au Mali: campagne en sourdine à Gao, ramadan oblige

Des électeurs motivés, mais une campagne terne: à Gao, la grande ville du nord du Mali occupée en 2012 par des islamistes, la présidentielle de dimanche est dans les têtes mais ne s'accompagne pas du "boucan" des grands jours, ramadan oblige.

"J'attends ce jour de pied ferme!", confie à l'AFP Salamatou, une étudiante de 19 ans qui votera pour la première fois. 

La jeune fille est venue retirer sa carte d'électeur parmi des dizaines de paquets rangés sur une petite table en métal au centre de distribution du quartier "Château", dans le sud de la ville, qui abrite le plus gros contingent d'inscrits.

"Nous avons déjà distribué plus de 60% des 9.450 cartes à notre disposition", se réjouit Mohamed Attaher Diallo, le président du centre. Au total, selon la préfecture, plus de 40.000 personnes sont appelées à voter à Gao.

Près du marché aux légumes, au bord du fleuve Niger, Moussa Dicko, éleveur, est catégorique: "quelles que soient les conditions, j'irai voter".

"Il faut remettre de l'ordre dans ce pays, il faut que nous choisissions un président à la hauteur pour régler les difficultés auxquelles le pays fait face", juge-t-il, citant "la résolution de la question de la rébellion touareg, les problèmes de chômage et le développement des zones nord longtemps marginalisées".

Comme le reste du nord du Mali, Gao (à 1.200 km au nord-est de Bamako) est tombée l'an dernier aux mains de rebelles touareg, ensuite évincés par des groupes islamistes armés liés à Al-Qaïda, qui y ont multiplié les exactions au nom de la "charia" (loi islamique). Les jihadistes ont été chassés de la plus grande partie du Nord depuis janvier par une opération militaire franco-africaine.

Si de nombreux électeurs sont prêts pour le jour "J", la campagne est poussive: à travers les ruelles de la ville ocre écrasée de soleil, l'heure n'est ni aux parades avec la sono poussée à fond, ni aux réunions publiques enflammées.

 

"trop traumatisés"

 

"Mois de ramadan oblige, pas d'ambiance ni de +boucan+ pour la campagne électorale: la religion interdit tout cela", explique Aliou Hamadou. "La campagne est terne", soupire ce membre de l'équipe locale de campagne de la seule candidate en lice, Haidara Aichata Cissé, députée de Bourem, une localité proche de Gao.

Il n'est pas le seul à regretter que la bataille se joue en plein ramadan. "Nous aurions vraiment voulu marquer d'une empreinte indélébile cette campagne pour des élections historiques, après le dramatique épisode des islamistes radicaux. Mais hélas ce n'est pas le cas, c'est moche", lâche un supporter de Dramane Dembélé, candidat de l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), principal parti politique du pays.

Certes, plusieurs candidats sont passés à Gao ces dernières semaines pour séduire les électeurs et promettre sécurité, développement et réconciliation. Certes, la ville est pavoisée d'affiches, des murs des maisons jusqu'aux portes des boutiques et aux vitres des voitures.

Mais la campagne se fait en sourdine, au rythme des prières et du jeûne musulman. Toutefois, quand la relative fraîcheur matinale encourage les habitants à sortir faire leurs courses, des militants sillonnent la ville à bord de voitures surmontées de haut-parleurs pour vanter leur champion.

Faute de grands rassemblements, les représentants des candidats optent surtout pour le porte-à-porte. "En allant vers l'électeur, on le dispense de tout effort mais il vous prend plus au sérieux", soutient Alassane Touré, un partisan de Soumaïla Cissé, l'un des favoris.

Autre solution: les radios locales. "En l'absence des meetings et réunions publiques, nous avons fait de la radio notre canal privilégié pour atteindre les électeurs, et a priori ça marche!", raconte, confiant, un partisan de l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, un autre poids lourd du scrutin.

Dans cette quasi-torpeur, certains à Gao redoutent cependant des attaques jihadistes, comme la cité en a subi ces derniers mois.

"Nous avons été trop traumatisés, les gens ont toujours peur, malgré la présence des forces onusiennes" dont des convois circulent en ville, souligne un gérant d'hôtel, Moussa Gabéro. "Il va falloir dès maintenant prendre des mesures sécuritaires très fermes pour parer à toute éventuelle surprise".

 

AFP

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