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Emel Mathoulthi, une étoile montante

Egérie de la révolution tunisienne, avec sa célèbre chanson '' Kelmti horra'' (Ma parole est libre),  Emel Mathoulthi s'est produite lors de la deuxième édition des Nuits du Ramadan le 19 juillet 2013 à El Jadida. ''Kelmti horra'' est à écouter fort et les fenêtres grandes ouvertes. C’est le message clairement revendiqué, celui de la liberté.

Entretien

La Nouvelle Tribune : Il y a deux ans, il y a eu la Révolution de Jasmin en Tunisie. A votre avis, quel rôle ont joué les artistes dans cette révolution? 

Emel Mathlouthi :  Les artistes qui ont écrit des  paroles pour lutter contre la dictature ont joué un rôle considérable dans l’éveil, et la prise de conscience d’une grande partie de la jeunesse qui était avide de liberté, en recherche permanente de modèle afin d’échapper à un quotidien devenu trop morose et déprimant.

 

Quelle était la place des artistes dans la société tunisienne avant cette révolution ?

 Avant la révolution, il y avait des chanteurs de variétés et les officiels. Il n'y avait pas de place pour la jeunesse qui proposait une nouvelle culture alternative. Du coup, cette nouvelle génération d'artistes est restée marginalisé pendant longtemps, mais heureusement qu'il y avait les réseaux sociaux comme Facebook, qui a permis de créer des réseaux de résistance artistique et un public, malgré la censure et le manque de support et de moyens. Avant cette révolution, il n'y avait pas de place pour un art libre créatif, audacieux et véritable ; d'ailleurs la médiocrité était la seule chose ambiante qui prévalait sur toute tentative de renouveau.

A votre avis, que reste-t-il comme idée-clé de cette Révolution de jasmin ?

Après cette révolution je constate que nous avons plus de liberté d’expression, le pouvoir est entre les mains de la jeunesse tunisienne et au peuple.

 Mathoulthi-Emel-

Il s'est passé six ans avant de sortir votre premier album, pourquoi ? 

Mes premières compositions datent de 2005, et mes premières scènes de 2001. Comme je vous le disais, il était très difficile de sortir le bout de son nez en Tunisie, la seule solution inévitable était l'exil. Ensuite, j'ai dû former un réseau pour faire entendre ma voix et me produire sur scène. J'ai fait beaucoup de scènes en Turquie, au Yémen, en Equateur puis je me suis installée en France en 2008. Le bouche-à-oreille a commencé à marcher.  J'ai réussi à réunir un entourage professionnel de confiance. Pour certains artistes, ça peut leur prendre dix ans, mais pour moi au final ça a été assez rapide.

 

Vos sources d'inspirations sont-elles essentiellement liées à l'actualité?  

Mes sources d'inspirations sont liées à ma vie qui englobe le quotidien d'une Maghrébine résidente à Paris, le quotidien d'un artiste qui survit dans un monde qui perd ses valeurs, le quotidien d'une Tunisienne dépassée par ce qui arrive dans son pays, le quotidien d'un Arabe en Occident qui se cherche.

Avec Internet, les talents ont aujourd’hui une grande liberté pour faire découvrir leurs ½uvres au public, quels sont les moyens ou outils que vous conseillez ?

 Je leur conseille de bien utiliser les réseaux sociaux comme Facebook, et Youtube et de surtout de se produire sur scène.

 Que pensez-vous du téléchargement illégal? 

Le monde change il faut adapter des solutions pour que tout le monde y trouve son compte mais ce n'est pas un sujet qui me préoccupe, l’essentiel c’est le partage!

Quels sont vos projets à venir? 

Je viens de composer mon second album. Il est pratiquement terminé mais je veux trouver un univers à travers des arrangements pointus et singuliers qui rendent hommage à mes racines, mon identité, et qui me donneront envie de le défendre avec acharnement.

Entretien réalisé par Fatimazahraa Rabbaj

 Focus

 A propos des Nuits du Ramadan 2013

Dans le cadre de sa saison culturelle 2013, l'Institut Français du Maroc organise la deuxième édition des ''Nuits du Ramadan'', du 19 au 28 juillet, dans 11 villes du Royaumes : Casablanca, El Jadida, Fès, Kenitra, Rabat, Tanger, Tétouan, Safi, Marrakech et Agadir. L'événement est réalisé en partenariat avec les principaux acteurs culturels des villes et des régions concernées. Ainsi, durant la première édition, ce sont plus de 92 000 spectateurs qui ont applaudi 150 artistes dans 8 villes. Cette année, les cultures musicales du pourtour méditerranéen sont à l'honneur: Maroc, Algérie, Tunisie, Espagne, Egypte, France ou encore Palestine.

 Repère

Quelques chiffres

*   52 concerts

*   25 groupes musicaux

*   200 artistes

*   11 villes du Royaume

 

La Nouvelle Tribune

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