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La police et les droits de l’homme : Des améliorations, mais…

Quelle image a le justiciable de la police algérienne ? Est-elle toujours aussi mal vue par les citoyens ou, bien au contraire, a-t-elle gagné des jalons sur le terrain ? Pour Maître Benissad, président de la Ligue algérienne des droits de l'homme, la police a «fait d'énormes progrès. Le comportement des policiers n'est plus ce qu'il était il y a quelques années». Néanmoins, précise l'avocat, «il existe des cas isolés qui relèvent de comportement individuel et non pas institutionnel». Pour lui, «le vrai problème réside dans cette confusion que font les policiers entre l'application de la loi et celle des instructions de la hiérarchie». Il explique que souvent les policiers sont obligés d'exécuter des notes de leurs chefs au détriment qui sont en violation de la législation. «Pour faire respecter la loi, il faut d'abord que le policier la respecte.» Il révèle que le plus grand nombre de plaintes reçues par son organisation concernent les brutalités physiques et morales, les arrestations abusives et les gardes à vue prolongées. «Notre code de procédure civile privilégie le système de l'aveu sur celui de la preuve. Ce qui pousse les policiers à user de tous les moyens pour arracher des déclarations», note l'avocat. Abondant dans le même sens, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de défense et de promotion des droits de l'homme, trouve que le comportement de la police algérienne s'est «considérablement amélioré. Les policiers sont plus efficaces, plus performants et leur niveau plus élevé. Leur expertise en matière de lutte antiterroriste s'est imposée au niveau internationale». Cependant, ajoute-t-il, «persistent encore quelques comportement brutaux individuels qu'il est souvent difficile à prouver.» Tranchant totalement avec les deux précédents avis, Me Boudjemaâ Ghechir, président de la Ligue algérienne des droits de l'homme, déclare que «l'image de la police chez les Algériens n'est pas reluisante». Pour lui, le recours à la «brutalité et la violence est systématique, notamment lors des manifestations publiques, la confiance entre la police et les citoyens manque terriblement et la sûreté n'est plus garantie. Le citoyen ne se sent plus en sécurité ni chez lui ni dans la rue et considère que le policier n'est efficace que pour verbaliser les automobilistes. Pourtant le nombre de morts sur nos routes et les statistiques de la criminalité montrent qu'il y a une défaillance quelque part». Selon Me Ghechir, le recours à la torture n'a toujours pas disparu, puisque le bureau de la Ligue continue de recevoir des plaintes et la dernière remonte à moins d'une semaine. Un jeune homme a eu le bras cassé au commissariat à la suite des violences qu'il a subies. «C'est le système mis en place qui encourage les comportements brutaux, la torture et la violation du code de procédure pénale. Pourtant, des moyens colossaux ont été dégagés pour doter les structures de la Sûreté nationale en équipements modernes favorisant la recherche de la preuve afin d'éviter le recours aux aveux.» Me Ghechir va faire en sorte que les policiers recherchent la preuve et non pas les aveux. «Lorsqu'il y a un fait de torture et que les avocats demandent une expertise, c'est exceptionnel que la justice accepte. C'est pour vous dire que c'est le système mis en place qui encourage et incite aux comportements brutaux des policiers.» Allant dans le même sens, Me Chaïb, avocat, pense aussi que la recherche de l'aveu au détriment de celle de la preuve pousse à arracher des aveux. «Pour éviter cette situation, il faudra tout simplement respecter la loi qui donne au prévenu et à sa famille le droit de choisir un médecin qui l'ausculte avant la présentation devant le procureur. Or, cette disposition n'est jamais respectée. Ce sont les policiers qui emmènent les prévenus aux policliniques ou aux hôpitaux, pour ramener un certificat de bonne santé. Mieux, les citoyens ne savent même pas comment et où se plaindre d'un policier.» En outre, tous nos interlocuteurs plaident pour une révision du code de procédure pénale qui doit permettre aux prévenus d'être accompagnés par leurs avocats lors de l'interrogatoire dans les commissariats. «C'est la meilleure garantie pour le citoyen, mais aussi pour le policier», disent-ils. De son côté, le directeur de la communication de la Sûreté nationale, le divisionnaire Mokhtar Boudalia, s'en défend. Pour lui, le temps «des allégations de torture et de mauvais traitements est révolu. La police a déployé des moyens colossaux pour renforcer la formation et insister sur le respect des droits de l'homme. Les cas de dépassement sont très rares, pour ne pas dire inexistants. Lorsqu'il y a un cas de présemption de torture, tout de suite une unité du service de l'inspection se déplace sur les lieux et se réserve le droit d'engager des poursuites pénales. Il y a aussi les visites inopinées des inspecteurs dans les lieux de garde à vue, ainsi que celles des procureurs.»

El Watan

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