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L’ENQUETE SUR LE SCANDALE A LA POLICE LIVRE SES SECRETS «C’est la République même qui est éclaboussée»

Quand les langues se délient, de surcroît, dans une corporation où le silence devrait, en principe, être d'or, il faut s'attendre à ce que ça vole au ras des pâquerettes. En tout cas, au rythme où vont les révélations et autres confidences plus ou moins intéressées sous le kaki, on n'est pas loin d'un tel scenario-catastrophe. Et, bonjour les dégâts et la délation !

Menée de main de maître, pardon de flic, par la fameuse Direction de l'Inspection des services de sécurité (Diss), communément appelée «Police des polices», l'enquête sur le trafic présumé de drogue à l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) révèle, petit à petit, ses secrets. C'est ainsi qu'il nous revient, de sources dignes de foi, que «pour des raisons d'Etat, somme toute compréhensibles, le commissaire Cheikhna Cheikh Saad Bouh Keïta, à qui il est reproché de faire diffuser un Cd délesté de l'essentiel de sa substance, sera l'agneau du sacrifice». Une façon d'étouffer dans l'½uf une sulfureuse affaire dont la déflagration toucherait des pans très sensibles du corps social. Surtout que, poursuit notre interlocuteur, la traque aux biens supposés, qui est loin de connaitre son épilogue, n'est pas pour renvoyer une image reluisante des hommes politiques sous nos tropiques. «En vérité, l'enquête prouve à suffisance l'existence de ramifications insoupçonnées qui peuvent éclabousser la République. C'est vous dire à quel point ce dossier gênant va au-delà de la simple guéguerre entre les commissaires Abdoulaye Niang et Cheikhna Keïta», nous souffle un élément des Renseignements généraux.

«Ça va bouger»

Se faisant plus précis, notre interlocuteur renseigne, d'ailleurs, que l'enquête qui a permis d'entendre l'ancien Directeur général de la police nationale, Codé Mbengue, son successeur Abdoulaye Niang, Cheikhna Keïta, ainsi qu'une dizaine de personnes, est bouclée. «Il faut retenir que ça va bouger, dans les prochains jours. Non seulement, l'autorité contraindra le commissaire Niang à rendre le tablier, mais même le ministre de l'Intérieur, Pathé Seck, payera les pots cassés. Il sauvera sa tête, juste le temps que Macky Sall, qui a fini de se rendre compte qu'il n'est pas l'homme de la situation, mette à profit le prochain remaniement pour le changer», souffle-t-on. Si la hiérarchie en veut à ce point au ministre de l'Intérieur, c'est parce que, nous dit-on, «elle lui reproche d'avoir réclamé, à plusieurs reprises, sans trop convaincre le chef de l'Etat, la tête de Codé Mbengue, en proposant Abdoulaye Niang, alors qu'il détenait par devers lui le rapport qui lui a été remis depuis le mois de février 2013». Notre source de marteler : «reconnaissez avec moi que l'autorité ne peut pas laisser prospérer de telles attitudes qui contribuent, qu'on le veuille ou non, à fragiliser l'appareil d'Etat».

Niang nie en bloc, Keïta enfonce le clou

Rompus aux techniques d'interrogatoire et en véritables hommes de l'art, les commissaires Abdoulaye Niang et Cheikhna Cheikh Saad Bouh Keïta auront, sans aucun doute, donné du fil à retordre au très compétent patron de la Direction de l'Inspection des services de sécurité (Diss), en l'occurrence, le commissaire Mamadou Boye. D'ailleurs, en fait de ligne de défense, il nous revient que ces «frères d'armes» ont tout simplement campé sur leurs positions. «Autant l'actuel Directeur général de la police nationale, Abdoulaye Niang, a systématiquement balayé les accusations portées contre lui d'un revers de main, autant Cheikhna Keïta, qui est désormais présenté comme son ennemi juré, a maintenu tout ce qu'il a écrit dans son fameux rapport. L'un dans l'autre, on est en présence d'une affaire de grands bandits qui est loin de connaître son épilogue», renseigne notre source. Il s'y ajoute que, nous indique-t-on, «le Nigérian par qui le scandale est arrivé (Raymond Ike Akpa dit Austin) semble vouloir, coûte-que-coûte, blanchir le commissaire Niang et enfoncer Keïta». Comme quoi, en plus de traquer les hommes politiques, indexés d'enrichissement illicite, le nouveau régime devra envisager sérieusement la chasse aux flics véreux, pour mieux vendre son ancrage dans la gouvernance sobre et vertueuse qui doit être la marque de fabrique de sa volonté affichée de rupture. C'est donc dire à quel point cette affaire de crack -qui continue de tenir le Sénégal en haleine, en plus d'avoir gravement écorné son image dans le concert des nations- est loin d'avoir révélé tous ses contours.

Papa Souleymane KANDJI

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