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GUEST EDITO- Macky, à la reconquête de son pouvoir (Par Amadou DIOUF)

Comparé à son tonitruant prédécesseur, Me Abdoulaye Wade, le Président Macky Sall était perçu comme un « président normal », pour reprendre la fameuse formule du chef de l'Etat français, François Hollande, dont la démarche et la personnalité jurent d'avec celles du remuant Nicolas Sarkozy qu'il a succédé à l'Elysée. Un président peu disert qui a fait le pari de mettre en avant « la patrie avant le parti » et qui traite avec déférence ses alliés. Contrairement à Me Wade qui avait fini de faire du Pds un parti-Etat et qui, à cette étape de son magistère, s'était débarrassé de presque tous ses alliés et avait débarqué son premier Premier ministre, Moustapha Niasse, qui avait pourtant largement contribué à son élection en 2 000 en lui reversant ses 17 % récoltés au premier tour. Le Président Macky Sall a même poussé la fidélité et la reconnaissance envers ses alliés jusqu'à leur octroyer à chacun un quota dans le gouvernement et des strapontins dans d'autres démembrements de l'Etat.

Cette page est désormais tournée. Au contact de la réalité du pouvoir, le chef de l'Etat sénégalais semble avoir pris la pleine mesure des limites de sa démarche consistant à « gouverner ensemble » après avoir « gagné ensemble ». Il étouffe sous le poids de ses alliés, par trop encombrants et exigeants, de « Bennoo Bokk Yaakaar » qui lui imposent une gestion quasi collégiale du pouvoir. Le Président Macky Sall est aujourd'hui conscient qu'il n'a pas totalement les coudées franches dans l'exercice de ses fonctions. En apparence, il garde toujours son flegme britannique, mais s'agite beaucoup en coulisse. Il man½uvre ferme pour avoir la haute main sur son pouvoir afin de s'affranchir du joug de ses alliés. Ainsi, a-t-il su éviter avec intelligence le piège d'une plateforme de concertation avec ses alliés qui, in fine, aurait consacré cette gestion collégiale du pouvoir. Il a plutôt choisi de rencontrer séparément, à intervalles irréguliers, les membres de « Bennoo Bokk Yaakaar » et a même fermé la porte à certains d'entre eux. On a entendu plusieurs fois Idrissa Seck se plaindre de l'inaccessibilité du chef de l'Etat pour justifier ses sorties fracassantes dans la presse dénonçant la lenteur du gouvernement dans la prise en charge des urgences des Sénégalais. C'est sous ce prisme qu'il faut d'ailleurs lire la volonté du Président Macky Sall de créer une nouvelle alliance autour de sa personne, annoncée par Aminata Touré, Garde des Sceaux et non moins membre du parti présidentiel, l'Alliance pour la République (APR). Une façon de se débarrasser d'alliés peu fidèles et de s'entourer de gens qui lui obéiront au doigt et à l'½il à l'instar de la Cap 21, un mouvement de soutien au Président Wade qui regroupait une ribambelle de partis rémoras. Ce désir profond de Macky Sall de s'asseoir confortablement sur le fauteuil présidentiel n'épargne pas, non plus, les membres de son parti. Il n'a pas hésité à sortir du gouvernement le numéro 2 de l'PAR, Me Alioune Badara Cissé dit ABC, dont les actes et la liberté de ton allaient inévitablement déboucher sur une dualité au somment de l'Etat.

Le remaniement du gouvernement, annoncé par la presse, devrait aussi s'inscrire dans cette logique de reprise en main du pouvoir par le Président Macky Sall. En remplacement d'Abdoul Mbaye, on parle d'un nouveau Premier ministre qui sera politiquement engagé auprès du chef de l'Etat et président de l'APR. Et le prochain attelage gouvernemental devrait sonner le glas du système des quotas qui a prévalu jusqu'ici dans la formation du gouvernement.

S'il réussit à mettre l'Exécutif sous sa coupe réglée, le Président Macky Sall s'attaquera à un autre gros récif : l'Assemblée nationale dont la composition l'empêche de gouverner... en rond. Son parti, l'APR, et ses alliés qui l'ont accompagné au premier tour de la dernière présidentielle dans le cadre de la coalition « Macky 2012 » n'y comptent que 65 députés sur les 119 qui composent la majorité parlementaire, loin de la majorité absolue (76 députés) nécessaire pour faire passer une loi dans une assemblée qui compte 150 députés. On comprend mieux pourquoi le chef de l'Etat n'adhère pas à la proposition du parti « Rewmi » d'Idrissa Seck d'accorder cinq ans à Moustapha Niasse au perchoir. En tout cas, selon les confidences de certains de ses proches, le Président Macky Sall n'exclut pas de dissoudre l'Assemblée nationale au bout de deux ans de législature s'il devait être confronté à une crise institutionnelle suite à un désaccord avec ses alliés de Bennoo Bokk Yaakaar. Le chef de l'Etat organiserait alors des élections législatives anticipées dans l'espoir de voir son parti, avec des alliés sûrs, rafler la majorité des sièges à l'hémicycle. Un pari pour le moins risqué.

Les collectivités locales constituent également un enjeu de taille pour le Président Macky Sall. Derrière l'idée agitée d'un report des élections locales se cache une volonté manifeste du chef de l'Etat de mieux organiser son parti en vue de cette importante échéance. En effet, le chef de l'Etat a bien l'intention de mettre en place un parti fort. Et il n'a point l'intention d'abandonner la direction de l'APR, ainsi que l'appelle de ses v½ux Me Alioune Badara Cissé. Surtout pas au milieu du gué. Le Président Macky Sall travaille, a contrario, à élargir les bases de son parti à travers des fusions-absorptions de partis et de mouvements de soutiens à sa politique. Le palais est devenu, comme sous Me Wade, le siège du parti présidentiel. Certaines réunions de l'APR s'y tiennent et des militants y sont reçus par plusieurs. Le parti serait-il en train de prendre le pas sur la patrie ?

L'APR est donc à la croisée des chemins. Le parti présidentiel ne s'est jamais pesé ni compté pour n'avoir jamais brigué les suffrages des Sénégalais sous sa propre bannière. Et aller aux locales dans le cadre de « Bennoo Bokk Yaakaar » participerait à davantage enfermer l'APR dans ce large regroupement hétéroclite en l'obligeant à se soumettre au système des quotas pour le partage des collectivités locales remportées. Alors que l'ambition de l'APR de contrôler les grandes villes comme Dakar et des localités stratégiques du pays demeure non négociable. Car le Président Macky Sall, dont la volonté de briguer un second mandat n'est un secret pour personne, aura besoin de s'appuyer sur des collectivités locales fortes. C'est pourquoi son parti ira aux locales avec le moins d'alliés possibles ou, en tout cas, ceux sur lesquels il peut avoir de l'ascendant.

En définitive, le Président Macky Sall, après avoir remporté le pouvoir face à Me Wade, doit le reconquérir face à ses alliés qui l'ont porté au palais de la République au niveau du gouvernement, de l'Assemblée nationale et des collectivités locales. Comment sortir de cet écheveau ?



Rewmi

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