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les caricaturistes, ces «fous du roi»

Une robe de chambre et des charentaises : drôle de costume pour le roi des Belges ! C'est pourtant ainsi qu'Albert II a été caricaturé durant les 20 ans de son règne, ce qui a fait le bonheur des «fous du roi».  Avec l'abdication, dimanche, du «monarque rieur», les humoristes belges vont perdre leur meilleur client. C'est notamment le cas de Pierre Kroll, le caricaturiste le plus connu de la presse francophone, qui croque le roi depuis ce jour d'août 1993 où il est monté sur le trône à la mort soudaine de son frère Baudoin. Il a alors 59 ans, l'âge où certains prennent leur retraite. Comme Albert II a appris «au saut du lit» qu'il allait devenir roi, «j'ai eu l'idée de le dessiner en pyjama, robe de chambre et pantoufles» avec, pour tout signe distinctif, une couronne sur la tête «alors que le roi des Belges n'en porte pas», raconte le caricaturiste. Depuis lors, le souverain n'a jamais quitté cette tenue «fort peu royale» dans les centaines de dessins que Kroll a publiés, notamment dans le quotidien Le Soir. Cette apparence «a contribué à rendre le roi sympathique et proche des gens», souligne Bernard Marlière, auteur d'une récente anthologie de l'humour belge. Elle a aussi contribué à «changer l'image d'une monarchie qui avait un visage sévère» sous le règne de l'austère Baudouin. Sur scène, à la radio ou à la télévision, humoristes et imitateurs se sont engouffrés dans la brèche, osant de plus en plus écorner la dimension solennelle de la monarchie. Avec «plus de mordant en Flandre, où on est moins gentil et tolérant avec la famille royale», souligne Bert Kruisman, l'un des humoristes flamands les plus populaires. Au fil des ans, Albert II s'est imposé comme le personnage fétiche de «Votez pour moi», la séquence quotidienne d'humour de la tranche matinale de la radio Bel-RTL. Ses auteurs, une bande d'humoristes reconnus, s'y moquent des tracas qui perturbent la tranquillité du palais royal : crises politiques à répétition, difficultés du prince Philippe à endosser le costume d'héritier et frasques de son frère Laurent, «l'enfant terrible» de la famille. «C'est pour nous une chance que la Belgique soit un pays compliqué et surréaliste. On peut se moquer de tout, la famille royale compris», se félicite André Lamy, imitateur d'Albert II. L'humoriste s'est régalé en jouant «Panique au Palais», une «comédie royale» télévisée dont le dernier épisode met en scène un Albert II angoissé à l'idée de passer le flambeau à Philippe, incapable de répéter sans bafouiller son futur discours d'investiture. Ce qui donne lieu à une série de gags dont le futur roi sort peu grandi. «Nous bénéficions d'une liberté de ton totale. Il n'y a pas eu la moindre pression», se félicite André Lamy qui, à 50 ans, a une longue carrière qui l'a mené en France dans les années 1980-1990. Les humoristes belges ont bénéficié de la bienveillance d'Albert II, un bon vivant qui «cultive un humour très belge, bon enfant et pas cynique», selon Bernard Marlière. «Il s'amuse volontiers de mes caricatures», témoigne Kroll. Depuis l'annonce de son abdication, les hommes politiques citent le sens de l'humour parmi ses principales qualités.

El Watan

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