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Le Mali à une semaine d'une présidentielle déjà contestée

Eprouvés par 18 mois de crise politique et une guerre contre les jihadistes menée aux côtés d'armées étrangères, près de sept millions de Maliens sont appelés à élire dans une semaine leur nouveau président, un scrutin censé ramener paix et stabilité, mais déjà contesté.

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, et même le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ont prévenu d'avance que cette élection présidentielle dont le premier tour a lieu dimanche prochain, serait "imparfaite", mais qu'il faudrait néanmoins en "accepter" les résultats.

Les violences de jeudi et vendredi qui ont fait quatre morts à Kidal (1.500 km de Bamako) et les enlèvements samedi d'agents électoraux et d'un élu plus au nord, à Tessalit, font planer de très sérieux doutes sur la tenue du scrutin dans cette région du nord-est du Mali, berceau des Touareg et de leur rébellion.

Déjà mauvaises avant le début du conflit au Mali dont tout le Nord a été occupé en 2012 par des jihadistes un temps alliés à la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), les relations entre communautés noires, majoritaires, et les "peaux claires", essentiellement Arabes et Touareg, se sont depuis considérablement dégradées.

Les "peaux claires" sont assimilés aux groupes jihadistes et au MNLA, considérés comme les responsables des malheurs du pays. Et l'arrivée de soldats maliens à Kidal début juillet a attisé les haines.

Si le vote n'avait pas lieu à Kidal, l'impact serait presque insignifiant sur les résultats, vu le peu d'électeurs dans la zone. "Mais cela exposera l'incohérence de l'approche qui consistait à faire de la participation de toutes les régions du Mali une condition sine qua non de la tenue du scrutin présidentiel" sans se donner le temps d'une "organisation sereine dans la région de Kidal", a déclaré à l'AFP Gilles Yabi, d'International Crisis Group (ICG).

La tenue de cette élection - six mois après le début d'une intervention armée internationale initiée par la France pour chasser les jihadistes qui occupaient le Nord et menaçaient d'avancer vers le Sud - est prévue pour mettre fin à la plus grave crise de l'histoire récente du pays.

Mais des analystes, dont Gilles Yabi, et un des 28 présidentiables, Tiébilé Dramé, qui a décidé de retirer sa candidature, ont vainement demandé le report d'un scrutin "bâclé" et dont les résultats risquent d'être "contestés".

ICG a listé fin juin les obstacles au bon déroulement du scrutin: la distribution à temps de nouvelles cartes à 6,9 millions d'électeurs, le redéploiement inachevé de l'administration centrale dans le Nord, l'absence de retour chez eux de 500.000 réfugiés et déplacés ayant fui le conflit et dont la plupart risquent de ne pas pouvoir voter.

 

Un scrutin préparé "à la hâte"

 

Quant à Tiébilé Dramé, artisan d'un accord de paix signé en juin à Ouagadougou avec la rébellion touareg, il s'est retiré parce que, selon lui, "les conditions d'une élection régulière ne sont pas réunies". Il a mis en avant le cas de Kidal où le scrutin est préparé "à la hâte" par le gouverneur rentré dans sa région il y a moins d'une semaine.

Il s'est aussi montré très critique à l'égard de la France qui a exercé une forte pression pour que la présidentielle ait lieu en juillet. Dès avril, le président français François Hollande avait dit qu'il serait "intraitable" sur le respect d'un calendrier qu'il a lui-même fixé.

"Nous sommes reconnaissants à la France pour ce qu'elle a fait pour nous, mais on peut aider un pays à se libérer sans toucher à sa dignité", a affirmé Tiébilé Dramé.

La présidentielle doit sceller la "réconciliation" d'un Mali divisé et rétablir l'ordre constitutionnel interrompu par le coup d'Etat militaire du 22 mars 2012 qui avait renversé le président élu Amadou Toumani Touré.

Le putsch avait précipité la chute du nord du Mali aux mains du MNLA et de jihadistes qui y ont commis pendant neuf mois d'innombrables exactions, qui ont pris fin grâce à l'intervention de l'armée française à partir du 11 janvier, aux côtés d'une armée malienne humiliée par sa débâcle de 2012 et d'autres armées africaines.

Ces troupes africaines ont été intégrées depuis le 1er juillet à une mission de stabilisation de l'ONU au Mali, la Minusma, actuellement composée de 6.300 hommes qui assureront la sécurité du scrutin, avec l'éventuel soutien des 3.200 soldats français toujours présents au Mali.
Des éléments jihadistes dits "résiduels" restent actifs et pourraient saisir l'occasion pour commettre un coup d'éclat, en particulier dans le Nord.

Vingt-sept candidats, dont une seule femme, demeurent en lice pour le premier tour après le retrait de Tiébilé Dramé. Ibrahim Boubacar Keïta, 69 ans, cacique de la vie politique, et Soumaïla Cissé, ingénieur de 63 ans, ancien responsable de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), sont considérés comme favoris.

Un second tour aura lieu le 11 août si aucun candidat n'obtient la majorité absolue le 28 juillet. Le scrutin sera surveillé par de nombreux observateurs internationaux, dont 90 de l'Union européenne (UE).

 

 

AFP

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