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L'opposition retrouve des couleurs

Jusqu'à l'épisode du sénat, l'opposition burkinabè était vue comme faible et sans stratégie réelle de conquête du pouvoir. Il nous semble que la donne est en train de changer. La grande mobilisation observée lors de la marche du 29 juin lui redonne des couleurs qu'elle avait perdues il y a plus de vingt ans.

La marche programmée il y a plus d'un mois s'annonçait comme un test pour l'opposition. C'était un pari risqué parce que si la mobilisation n'était pas au rendez-vous, elle allait replonger dans sa léthargie légendaire. Heureusement pour elle, les Burkinabè ont répondu à son appel, au-delà de ses espérances. Pour une opposition habituée à être la risée de tous, c'est un bol d'air requinquant qu'elle vient de respirer. C'est une victoire d'étape qui peut s'expliquer par trois facteurs.

D'abord elle a été servie par un extraordinaire concours de circonstances. On peut les décliner en trois étapes. La première étape se situe en juin 2012. Après la tenue des « Assises nationales » en décembre 2011, il fallait mettre en ½uvre les réformes dites consensuelles dont la proposition de la création du sénat. Cette dernière ne pouvait se faire sans une retouche de la constitution. Ce qui fut fait en juin 2012. Mais le pouvoir CDP a oublié de prévoir des dispositions transitoires pour s'aménager une soupape de sécurité en cas de contestation. Ce qui fait qu'après les élections couplées de décembre 2012, logiquement, il fallait instaurer la deuxième Chambre pour se conformer à la disposition constitutionnelle qui prévoit un parlement bicaméral. Si des dispositions transitoires avaient été prévues, l'Assemblée nationale allait continuer à fonctionner sans illégalité en attendant le moment propice pour instituer le sénat. Des exemples, il en existe dans la vie constitutionnelle de la IVème République. La mise en place de certaines institutions prévues par la constitution de juin 1991 a pris du temps avant de se concrétiser. C'est le cas du Conseil économique et social (CES) instauré par une loi organique en 1993, de la Chambre des représentants installée en 1995 et de la Haute Cour de justice en 1997. La deuxième étape de la cristallisation de l'opinion contre le sénat, c'est l'augmentation du prix des produits de grande consommation dont le gaz dans le mois de mars. Le gouvernement a tablé son argumentaire sur le manque de ressources qui ne lui permettait plus de subventionner la Sonabhy, donc il fallait revoir à la hausse le prix des bouteilles de gaz. Il en est de même des autres produits comme l'huile, le sucre, le lait, etc. Le gouvernement est également revenu sur la suspension des droits de douane sur ces produits et d'autres comme le riz. Le ministre Arthur Kafando s'était longuement épanché sur les « bonnes raisons » du gouvernement. Ce qui avait eu le don d'irriter les syndicalistes et les consommateurs. On se rappelle que c'est dans la même période que le syndicat de la santé avait durci ses mots d'ordre de grève.

La troisième et dernière étape se joue dans le mois de mai. L'opposition débusque le budget faramineux du sénat et le met sur la place publique. L'argument fait mousse dans l'opinion, parce que mis en rapport avec les éléments précédemment cités où le gouvernement avançait l'indigence des ressources du pays pour soulager les consommateurs, il ne pouvait en être autrement. Il ne pouvait plus jamais gagner la bataille de l'opinion. C'est d'ailleurs pourquoi, tous ses représentants ont comme maître mot « la démocratie n'a pas de prix » pour justifier la mise en place du sénat. Une phrase qui traduit tout simplement l'incapacité de se faire comprendre.

Le deuxième facteur qui a joué en faveur de l'opposition, c'est son unité d'action. Après les élections de décembre 2012, les partis politiques se réclamant de l'opposition se sont très vite retrouvés pour définir ensemble un plan de travail. La rencontre de Kombissiri tenue le 2 mai est venue couronner un long processus d'échanges. La rencontre s'est soldée par une déclaration rejetant vigoureusement la création d'un sénat. Pour la première fois depuis longtemps, on a l'image d'une opposition unie face à un sujet qui préoccupe une grande partie de l'opinion nationale. Cette embellie n'est pas étrangère aux méthodes de travail du chef de file de l'opposition, Zéphirin Diabré. Il a d'emblée eu l'adhésion des ténors de l'opposition, à commencer par le chef de file sortant, Bénéwendé Sankara de l'UNIR/PS. Ce qui manquait à ce dernier quand il occupait le poste. Ses actions étaient torpillées en sourdine par des opposants qui avaient du mal à reconnaître sa légitimité. Aujourd'hui, le poids de l'UPC sur la scène politique ne permet à aucun opposant sérieux de lui contester sa place. De par ses performances lors des dernières élections, le parti de Diabré dispose d'un groupe parlementaire homogène à l'Assemblée nationale, il contrôle une dizaine de communes, une première pour un parti d'opposition. Il dispose donc d'une assise électorale pour asseoir une autorité légitime au sein de l'opposition. Mais cela ne saurait suffire pour se faire accepter dans le landernau politique de notre opposition. Les susceptibilités sont très fortes. Comprenant la psychologie des acteurs, le nouveau chef de file a mis en place une méthode de travail qui implique chaque parti et ses responsables dans la représentation de l'opposition. C'est ainsi qu'il se fait représenter par des responsables de partis à tour de rôle dans des cérémonies officielles ou pour des missions. Parfois, ce sont des dirigeants de partis dont on ignore les sigles. Mais cela a l'avantage de contenter tout le monde.

Enfin, le troisième facteur, c'est la très bonne communication sur la question qui divise. Très tôt, l'opposition a compris qu'il fallait faire du tapage sur le caractère budgétivore du sénat pour mettre le pouvoir devant ses contradictions. Pour la circonstance, elle a su utiliser les médias et communiquer dans les principales langues du pays pour faire passer son message. Diabré, Ablassé et Bénéwendé n'ont raté aucune occasion pour enfoncer le pouvoir dans la langue mooré sur les antennes des radios FM de Ouagadougou. Cela a son importance car généralement les partis politiques sous nos tropiques croient que le travail est fait après une conférence de presse tenue dans la langue de Molière. Pour le moment, aucun n'a inauguré un point de presse dans une langue nationale comme le font en wolof tous les partis politiques sénégalais. Mais qu'à cela ne tienne, certains partis d'opposition comme l'UPC, l'UNIR/PS, le Faso Autrement et le PDC de Saran Sérémé n'ont pas lésiné sur les moyens pour faire leur propagande. A la Place de la Nation, on croirait qu'il n'y avait qu'eux alors qu'ils sont une quarantaine affiliés au chef de file de l'opposition. Les ressources financières semblent avoir fait la différence.

Maintenant que l'opposition a réussi l'essai, pourra-t-elle conserver l'avantage dans la durée ? C'est la question qui revient dans la plupart des conversations dans certains milieux qui rêvent d'un véritable contre-pouvoir politique. Pour le moment, il peut paraître prématuré d'avoir un avis tranché sur la question. L'opposition elle-même n'a pas fini de faire le bilan de sa journée de protestation. Mais d'ores et déjà, il est impossible, sinon suicidaire pour elle de lâcher le morceau. Certes, cette période de la saison des pluies pourrait être un handicap dans la réalisation des marches. Elle n'est pas du tout propice pour de grands rassemblements sur les places publics. Comment alors occuper cette période en attendant la rentrée de septembre ? C'est l'équation à laquelle sont confrontés les leaders de l'opposition. Ils doivent pouvoir développer d'autres moyens d'actions pour entretenir la flamme.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 32 du 1er juillet 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact:mutations.bf@gmail.com site web :www.mutationsbf.net)

L'opposition réveille la Coalition contre la vie chère

Enfin elle refait surface, la Coalition des organisations de la société civile et des syndicats qui lutte pour amener le gouvernement à prendre des mesures pour réduire la cherté de la vie. Elle était en hibernation depuis plus d'un an, sinon plus. Même l'augmentation en mars-avril des prix des produits de grande consommation ne l'avait pas sorti de son long sommeil. L'adoption du sénat ne l'a pas non plus beaucoup ému. C'est la dynamique enclenchée par l'opposition qui a eu le mérite de la sortir de la torpeur. Certains avaient fini par la ranger dans les mêmes placards que le Collectif contre l'impunité. Ses militants et sympathisants peuvent enfin faire un ouf de soulagement. Le 20 juillet, la Coalition sera dans la rue. Elle dit vouloir protester contre la vie chère. Mais on ne connait pas assez sur la revendication principale de cette sortie. Que vise-t-elle exactement ? La réduction du prix du gaz ? La baisse du prix des hydrocarbures comme l'essence ? Ou encore la subvention des produits alimentaires comme le riz et l'huile ? C'est peut-être tout cela à la fois. Mais pour le moment, les organisateurs ne sont pas très lisibles sur le message essentiel à faire passer. Autre question, c'est son positionnement sur le débat actuel sur le sénat. On sait que dans la répartition des sièges de sénateurs, il y a un quota pour les organisations syndicales. Vont-elles désigner des représentants au sénat ou opteront-elles pour le boycott ? Logiquement, les syndicats membres de la Coalition ne devraient pas se sentir concernés par le sénat puisque la Coalition n'est pas favorable. Quid de la Coordination des centrales syndicales ? Là, rien n'est sûr.

A L

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Le Faso

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