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Mali 2013. Tiébilé Dramé, l'homme qui voulait gagner du temps, jette une nouvelle fois l'éponge.

Il y a tout juste un mois, le mardi 18 juin, l'accord de Ouagadougou, dit « accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali », ouvrait la porte à l'organisation de la présidentielle du 28 juillet 2013. Avec un délai resserré. Qui ne peut être tenu que sous la pression de la « communauté internationale » et, particulièrement, de la France.

Ils étaient 28 à y croire. 28 sur la ligne de départ. Dont Tiébilé Dramé qui, le 13 mai 2013, après de longues et interminables tractations, avait accepté d'être nommé conseiller spécial du président par intérim Dioncounda Traoré. Son job était alors de faire en sorte que la présidentielle soit faisable, autrement dit que les Touareg jouent le jeu et que leur fief de Kidal ne soit pas en retrait de l'opération électorale. La préoccupation de Tiébilé Dramé était double : avoir suffisamment de liberté d'action et ne pas se voir reprocher d'être juge et partie : en tant que président du Parti pour la renaissance nationale (PAREN), il était aussi candidat à la présidentielle 2013.

Il ne l'est plus. Il l'a annoncé officiellement le 17 juillet 2013. Mais il vrai que sa position était intenable. Depuis qu'il avait été retenu comme un des 28 candidats, il n'avait cessé de battre les estrades et les plateaux télé pour réclamer le report de la date de la présidentielle puis pour dénoncer un diktat politique de « puissances extérieures » sans jamais les nommer. Les journalistes avaient beau souligner l'incohérence de son positionnement politique - être candidat à la présidentielle et la dénoncer comme une élection qui ne serait ni juste ni transparente - il n'en démordait pas : pour lui, ce n'était pas le propos.

Il voulait gagner du temps et reporter la présidentielle à cet instant - mythique ? - où la nation malienne serait enfin réconciliée et où l'armée et l'administration seraient réellement déployées sur l'ensemble du territoire. Autrement dit : jamais ! Paris l'avait dit et redit : la date du 28 juillet 2013 était irréversible. Dioncounda Traoré avait même affirmé, lors de son entretien avec France 24 à l'issue des cérémonies du 14 juillet à Paris : « C'est une date fixée par le gouvernement malien, sous mon impulsion ; c'est une décision du peuple malien ». Personne n'était obligé de croire à « l'impulsion » donnée par Traoré. Mais, du même coup, il coupait l'herbe sous le pied de Dramé.

Pour la deuxième fois ! Dramé avait été, en mai-juin 2013, l'homme des A/R entre Bamako et Ouagadougou dès lors que la médiation burkinabè était relancée. Il avait pris ses habitudes à l'hôtel Laïco, à Ouaga 2000. Et composé sa cour de journalistes maliens dont il devenait le « confident », s'imposant comme l'homme incontournable de la négociation inter-malienne. Mais Dramé se voyait déjà en haut de l'affiche. Et a pensé qu'il pouvait jouer sa propre partition. Le vendredi 7 juin 2013, ce sera d'abord « L'Arlésienne » : Ouaga l'attendra toute la soirée dans l'ultime round de négociation.

Il ne débarquera que le samedi 8 juin 2013 avec cette suffisance qui, au Burkina Faso, ne saurait être... suffisante pour qu'on vous accorde la moindre considération. Il jouera un nouvel acte de « L'Arlésienne » le lundi 10 juin, retournant brusquement à Bamako et annonçant son retour prochain - « inch Allah » - à Ouaga. Il faudra que Djibrill Y. Bassolé, le ministre d'Etat burkinabè, en charge des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, aille le rechercher. Ce sera « Le Retour de l'enfant prodigue ».

Mais ce ne sera qu'un rôle de figuration. La dernière séance s'intitulera : « Les Ouvriers de la onzième heure » ; le mardi 18 juin 2013 « l'accord préliminaire » sera signé non pas par Dramé mais par le colonel Moussa Sinko Coulibaly, ministre de l'Administration territoriale. Dramé paye sa suffisance ; ou son insuffisance. Mais tentera cependant une projection des « Sept mercenaires » : sitôt « l'accord préliminaire » signé par le MNLA et le Haut Conseil de l'Azawad, il amènera à la table de négociation des groupes « indépendantistes » à sa dévotion : les Mouvements et forces patriotiques de résistance et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA). Qui ne semblaient pas avoir compris que Dramé avait dû céder le terrain à Coulibaly. Mais il est vrai que personne n'avait fait passer, officiellement, l'information ; pas même du côté de la presse burkinabè (cf. LDD Burkina Faso 0368/Mercredi 19 juillet 2013).

Dramé est donc retourné à sa campagne présidentielle. Passablement frustré de ne pas pouvoir capitaliser sur l'aboutissement de la médiation burkinabè. Et confronté dès lors au pire scénario pour lui : le MNLA est conforté dans son rôle d'acteur politique. Ce qui ne peut que satisfaire Paris. Au lendemain de « l'accord préliminaire », la première étape s'imposait à tous : le dimanche 28 juillet 2013. C'était une décision de la présidence de la République du Mali, du premier ministre et de l'Assemblée nationale malienne que d'organiser, rapidement, la présidentielle.

Initialement, on avait parlé du dimanche 7 juillet 2013. François Hollande, qui a joué sa crédibilité présidentielle dans la mise en ½uvre de l'opération « Serval », prononcera le jeudi 28 mars 2013, lors de son intervention télévisée sur France 2, trois mots qui vont rudement sonner aux oreilles de Dramé : « Nous serons intraitables » pour ce qui concerne la tenue de la présidentielle. Pour justifier son retrait de la compétition électorale, Dramé va dénoncer « le fétichisme autour de la date du 28 juillet », des « élections coûte que coûte, des élections bâclées ». « Le Mali est-il une république bananière tropicale où toutes les pratiques sont possibles ? » s'est-il interrogé sur RFI.

Il aurait dû se poser la question avant que le pays ne sombre dans le plus total chaos dont il a été extirpé par l'intervention militaire française le 11 janvier 2013 ; aujourd'hui, la réponse s'impose d'elle-même : oui le Mali est une république bananière tropicale et c'est justement pour sortir de ce... régime qu'une présidentielle est organisée. Si le Mali avait été capable de l'organiser dans des conditions de pleine souveraineté, cela se serait fait en 2012. Dramé n'est-il le leader du Parena, une des formations politiques majeures au Mali ? N'avait-il pas dit, le samedi 23 février 2013, à l'occasion d'une journée organisée par les jeunes du Parena sur le thème : « Les crises sécuritaire et institutionnelle au Mali : quelles perspectives ? » : « Pouvons-nous nous permettre de nous comporter comme si rien ne s'était passé dans ce pays en 2012 ? Comme si le 22-mars n'avait pas eu lieu ? Pouvons-nous aller aux élections comme par le passé, alors que les enfants des autres viennent mourir pour notre liberté et notre dignité ? ». A situation exceptionnelle, élection exceptionnelle.

Reste à savoir à quel jeu Dramé entend jouer désormais. Le gendre d'Alpha Oumar Konaré* (cf. LDD Mali 078 à 080/Lundi 20 à Mercredi 22 mai 2013) a été candidat à la présidentielle de juin 2002 ; il a terminé à la quatrième place derrière ATT, Soumaïla Cissé et Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et au second tour a soutenu ATT ; il va remettre le couvert en 2007 et arrivera, cette fois, en troisième position derrière ATT (qui l'a emporté dès le premier tour) et IBK mais avec seulement à peine plus de 3 % des voix.

Cette année, il le dit désormais clairement, c'est le candidat de l'Elysée qui va l'emporter. Ce n'était pas lui ; et c'est pour cela qu'il s'est retiré de la compétition. Mais pour quoi faire ? Pour prendre la tête d'un front « anti-français » ? Nous en saurons plus, peut-être, le dimanche 21 juillet 2013, à l'issue de l'entretien qu'il a accordé à Africa 24 en tant qu'ex-candidat.

* C'est le jeudi 3 mars 2005 que Tiébilé Dramé a épousé Kadiatou Konaré, de vingt ans sa cadette, directrice-fondatrice de Canaris Editions, fille unique (le couple a par ailleurs trois garçons) d'Adame Ba Konaré et d'Alpha Oumar Konaré.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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