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Présidentielle au Mali : Tiébilé Dramé jette l'éponge

L'un des 28 candidats - Tiébilé Dramé - à l'élection présidentielle du 28 juillet 2013 au Mali, a annoncé son retrait de la conquête du palais de Koulouba. Annonce faite le 17 juillet 2013, soit moins de deux semaines du jour du scrutin.

Le 8 juillet dernier, lendemain de l'ouverture de la campagne électorale, le candidat du Parti pour la renaissance nationale (Parena) saisissait la Cour constitutionnelle du Mali d'un recours en report de la date du scrutin. Pour lui en effet, l'administration électorale commet une violation de la Constitution malienne de février 1992, notamment en son article 27. Cette disposition prévoit que l'élection du président de la République doit avoir un caractère à la fois universel, égal et secret. Or dans la région de Kidal sous contrôle des rebelles Touaregs jusqu'à une date récente, il est fort probable que le scrutin n'ait pas lieu. Ce qui, selon Tiébilé Dramé, rompt avec les principes d'universalité et d'égalité sensés encadrer ledit scrutin.

Dans cette région qui compte 11 communes, il n'y a aucune administration publique de l'Etat véritablement opérationnelle. Néanmoins, un recensement qui a enregistré environ 35 000 électeurs sur un potentiel de 6 900 000, a pu y être bouclé. Toutefois, les listes électorales la concernant n'ont pu être établies, encore moins les cartes d'électeur distribués.

En plus de l'exclusion de la région de Kidal, le candidat du Parena accuse le France de forcer son pays à tenir l'élection présidentielle dans le délai fixé. A y voir de près, on convient que c'est la France qui, après avoir repoussé l'avancée guerrière des rebelles Touaregs, reconquit le Nord Mali et initié une conférence internationale des donateurs pour soutenir financièrement l'Etat malien, a imposé le mois de juillet au cours duquel une élection présidentielle devra se tenir. Et depuis, la position des autorités françaises sur la question n'a pas évolué d'un cran. L'on se rappelle encore le ton péremptoire sous lequel le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de passage à Ouagadougou le 9 février 2013 après un bref séjour au Mali, a indiqué qu'il y'aura des élections au Mali, avec la précision qu'il faut que ces élections se tiennent en juillet 2013. Le même ton, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, l'a toujours tenu ; et Tiébilé Dramé dit voir en ce dernier, « le directeur des élections au Mali ». Et apparemment, les choses semblent aller dans ce sens ; l'élection se tiendra le 28 juillet 2013 !

Mais ce processus, Tiébilé Dramé ne pense pas qu'il puisse aider le Mali à sortir véritablement de sa crise. En tout cas, il n'y en a pas confiance. « Je ne vais pas m'engager dans un processus auquel je n'ai pas confiance », a-t-il lancé. Pour lui, l'on est en train de faire du « fétichisme autour de la date du 28 juillet » alors même que les conditions pour une élection crédible ne sont pas réunies.

En réalité, M. Dramé pose un problème de légitimité du futur président de la République, s'il venait à être élu dans le présent schéma qui écarte les populations d'une région du pays. Le problème mérite une attention particulière, quand on sait que la région en question - celle de Kidal, épicentre de l'instabilité dont le pays cherche à sortir - est le fief des rebelles Touaregs qui ont remis en cause l'autorité de l'Etat malien sur la partie Nord du territoire malien qu'ils ont dénommé Asawad. Et aujourd'hui, ce n'est pas évident que les forces armées sur le terrain puissent neutraliser ces rebelles qui pourraient être tentés de trouver moyen dans le rejet de la légitimité du président élu. En tout cas la jouissance du pouvoir d'Etat risque de ne pas être l'affaire de ce premier président d'après crise d'une telle envergure.

Mais que sait-on de Tiébilé Dramé ?

Le gendre d'Alpha Oumar Konaré est arrivé en quatrième position en 2002, et en troisième position derrière Amadou Toumani Touré et Ibrahim Boubacar Kéïta avec 3% des voix, à l'issue de la présidentielle de 2007. Et depuis, il est resté sur l'arène politique à la tête de sa formation politique qu'est le Parena.

Le 13 mai 2013, il a été nommé conseiller spécial du président de la transition, et chargé des pourparlers avec les groupes armés dans le Nord Mali. Mais avant d'engager ces pourparlers, il a été reçu en audience le 20 mai 2013 à Ouagadougou, par le président du Faso, médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne.

Et dans le processus d'élaboration suivi de la signature à Ouagadougou sous l'égide du président Blaise Compaoré, de l'accord entre l'Etat malien et les groupes armés Touaregs, Tiébilé Dramé a été l'artisan représentant les autorités de Bamako.

Il est à craindre que sa prise d'une telle position par rapport à l'élection présidentielle apporte de l'eau au moulin des Touaregs de Kidal.

Fulbert Paré

Lefaso.net

Le Faso

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