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LE DERNIER COMBAT DU TIRAILLEUR ALIOUNE CAMARA

Ancien Tirailleur sénégalais, Ancien Sous-officier de l'Armée sénégalaise, Directeur de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de guerre, Alioune Camara est décédé le 09 Juillet 2013 à l'Hôpital Principal de Dakar.

La levée du corps a eu lieu à la morgue, en présence de Son Excellence Augustin Tine, Ministre des Forces Armées, entouré de quelques membres de son Cabinet, du Général de Corps d'Armée Mamadou Sow, Chef d'Etat Major Général des Armées, de l'Amiral Ousmane Ibrahima SALL, Grand Chancelier, d'Officiers généraux et supérieurs, des représentants de la Gendarmerie et de la Police, des anciens membres de la Commission nationale chargée de célébrer la Journée du Tirailleur, du Secrétaire général de l'Association sénégalaise des Professeurs d'Histoire et de Géographie, de ses camarades anciens combattants, de nombreuses autres personnalités civiles et militaires et de parents et amis.

Alioune Camara était né en Janvier 1927 à Tambacounda. Il y fréquenta l'école française et y obtint le Certificat d'Etudes Primaires en 1942. C'était en pleine deuxième guerre mondiale. Le Sénégal traversait une crise multiforme, qui n'épargna aucun segment de la vie dans la colonie. Orphelin de père depuis 1938, Alioune Camara avait été confronté, très tôt, aux dures réalités de l'existence. Il avait, en effet, abandonné l'école pour aider une mère laborieuse, qui entretenait un petit jardin et un petit commerce pour nourrir sa progéniture dans la dignité. Elle usait de ses dons de guérisseuse pour soigner les nouveau-nés malades, activité dont elle tirait réputation et respect.

En 1947, Alioune Camara fut appelé sous les drapeaux. La guerre était finie dans les théâtres d'opérations européens et africains, mais elle se poursuivait en Asie, avec la montée du nationalisme anticolonial. La mère d'Alioune Camara accepta de se séparer de son enfant pour les besoins de la lutte contre le Communisme, non sans lui rappeler les valeurs ancestrales, dont sa famille est gardienne, ainsi que les conduites et comportements que ces valeurs appellent partout et toujours. « Ne réponds jamais à la provocation », lui dit-elle, en guise de viatique. C'était une invitation à la maîtrise de soi, au calme, à la responsabilité, à la sérénité, à l'adversité et à un enracinement dans la voie de l'honneur.

Cette première expérience militaire, qui dura 3 années, ayant été couronnée de succès, Alioune Camara décida de se rengager pour aider sa famille et satisfaire, en même temps, l'envie qui le tenaillait de tenter d'autres expériences, en allant découvrir d'autres pays. Il reçut une formation à Thiès, puis à Dakar, devint formateur pour les recrues de la classe 1948, au 7ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais. C'est là que le Caporal-chef qu'il était devenu aura son premier contact avec des soldats ressortissants de l'Afrique occidentale française. En leur compagnie, il prit le bateau pour Marseille, suivit une formation à Fréjus, avant d'être acheminé vers l'Asie du Sud-est, où il allait séjourner pendant deux années, avant de bénéficier d'un congé de trois mois.

Revenu en Indochine pour un second séjour, en Janvier 1953, il y séjourna au milieu d'épreuves considérables, au cours de l'année 1954, notamment, quand son unité tomba dans une embuscade. Fait prisonnier pendant 3 mois et blessé, avec 7 autres de ses camarades qui avaient été les seuls survivants d'un groupe de 24 éléments, il fut confronté à des épreuves douloureuses jusqu'à sa libération intervenue à la suite d'un échange de prisonniers. Son retour au Sénégal fut de courte durée, puisqu'il fut, à nouveau, envoyé sur un nouveau théâtre d'opérations, avant de retrouver sa famille à Tambacounda. Ce fut là, qu'il entendit le discours prononcé par le Général de Gaulle en 1958. L'indépendance acquise, Alioune Camara est reversé dans l'Armée sénégalaise, comme sergent, après 12 ans et 8 mois passés sous les drapeaux, avant d'être définitivement libéré.
Son séjour dans l'Armée lui avait permis de découvrir les inégalités de conditions entre soldats africains et soldats français, en ce qui concernait les pensions, leur réversibilité ou pas, la condition de la veuve après le décès du pensionné, selon qu'on était Blanc ou Noir, alors que sur les champs de bataille qu'il avait connus, les balles ennemies ne faisaient aucune différence entre les soldats. Alioune Camara se lança à corps perdu dans le combat pour la décristallisation des pensions et la fin des discriminations entre anciens combattants, avec le soutien de ses camarades d'armes et des anciens combattants français, dont la courageuse solidarité mérite d'être saluée.

Son engagement fut tel, qu'il attira l'attention de tous. Il lui valut sa nomination aux fonctions de Président de l'Office national des Anciens Combattants du Sénégal. Ses démarches obstinées sont couronnées des succès. Auparavant, Mitterrand, saisi des requêtes des anciens combattants africains, autorisa une décristallisation des pensions sur 10 ans (1981-1991). Le Président Chirac, impressionné par le comportement des Anciens Combattants sénégalais, décida que leur soit attribué 8 décorations dans la Légion d'Honneur et un véhicule de liaison pour l'Office national. Si ce dernier fut, ensuite, équipé d'ascenseurs, il le doit aux interventions constantes de son Président. En 2007, le Président Chirac décréta une décristallisation partielle. En France, les tribunaux saisis donnèrent raison aux Anciens Combattants africains. Beaucoup de personnalités s'engagèrent à leurs côtés parmi lesquelles, Eric Orsenna, Académicien, des journalistes, les Présidents Wade, Déby, Touré, Compaoré, Bozizé, des hommes politiques, des enseignants, des syndicalistes, des défenseurs des droits humains, des associations françaises d'Anciens Combattants et bien d'autres qu'il serait trop long de citer.

L'Histoire retiendra que c'est sous la mandature d'Alioune Camara que l'Office national des Anciens Combattants(ONAC) se dota d'une Fondation du Tirailleur, d'un Mémorial du Tirailleur et que le Gouvernement accepta que les noms du Sergent Malamine et des massacres de Thiaroye 44 soient donnés à deux établissements d'enseignement au Sénégal. Ce fut, aussi, sous son magistère que le Président François Hollande, en visite au Sénégal, à l'invitation du Président Macky Sall, a annoncé que la France allait transférer à notre pays, les archives relatives aux événements de Thiaroye 44, sur lesquels des travaux récents viennent de lever un coin du voile. Il ne restait plus, pour clore le chapitre prestigieux d'un combat admirable, qu'à simplifier le dossier intentionnellement compliqué, sous la forme de procédures paperassières et tatillonnes difficiles à satisfaire, qu'on a mise en place, pour permettre aux derniers ayants-droit à la décristallisation, de recevoir leur dû. Alioune Camara avait ouvert sur cette question, un autre front de lutte qu'il n'aura, malheureusement, pas le temps de poursuivre jusqu'à son terme.

En ce mois béni de Ramadan, il incarne un combat pour la justice, l'égalité des droits, la considération partagée, l'égale dignité des hommes, quelle que soit leur couleur et la reconnaissance du rôle que les Anciens Combattants africains ont joué dans l'avènement du Monde Libre.

Au nom de la piété que ses compagnons les plus proches lui reconnaissent, puisse Dieu lui pardonner tous ses péchés et l'accueillir dans Son Paradis, grâce à Sa Clémence, Sa Générosité, Sa Grandeur et Sa Munificence, Lui Seul, qui détient le pouvoir exclusif de pardonner.
Nous appartenons à Dieu et c'est à lui que nous retournerons.

Des membres de l'ancienne Commission nationale
chargée de célébrer la Journée du Tirailleur sénégalais








Rewmi

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