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Cameroun: renvoi du cas de trois hommes accusés d'homosexualité

Un tribunal de Yaoundé a reporté vendredi l'annonce de son verdict sur la culpabilité de deux hommes et d'un mineur accusés d'homosexualité, passible de cinq ans de prison au Cameroun, dans un climat de peur au sein de la communauté homosexuelle après le meurtre d'un militant des droits des gays.

La tribunal devait annoncer si les accusés étaient déclarés ou non coupables. "Le délibéré a été prorogé au mardi 23 juillet", a déclaré à l'AFP un des avocats de la défense, Michel Ntogué. "Cela veut sans doute dire que le tribunal n'était pas encore prêt", a-t-il ajouté, sans autre commentaire.

Les deux adultes poursuivis, Séraphin Ntsama et Joseph Omgba, sont en détention préventive à la prison centrale de Yaoundé depuis août 2011. Le mineur, un temps détenu, a ensuite été remis en liberté.

Le 10 août 2011, Joseph Omgba avait été arrêté à son domicile à Yaoundé alors qu'il était en compagnie d'une autre personne à qui il devait vendre une vidéo à caractère pornographique, selon ses avocats. Séraphin Ntsama et le mineur avaient été interpellés peu après dans les locaux de la police, lors d'une visite à Joseph.

Mercredi, lors d'une audience devant le tribunal, leurs avocats ont demandé la relaxe de leurs clients.

"Je vous prie d'ordonner la relaxe immédiate de nos clients pour qu'ils puissent retrouver la liberté et leur honneur", a plaidé Me Alice Nkom, célèbre pour son engagement en faveur de la défense des homosexuels au Cameroun où les pratiques homosexuelles sont sévèrement réprimées par les tribunaux.

"Il n'y a rien dans le dossier. Ils sont détenus arbitrairement", a estimé Me Nkom. Me Ntogué, lui aussi engagé dans le combat pour les droits des homosexuels, a demandé qu'ils soient "déclarés non coupables pour infraction non caractérisée".

Le procureur de la République Maurice Soh a lui requis la condamnation de Joseph Omgba et du mineur. Il a laissé entendre que Joseph avait avoué avoir eu "une activité homosexuelle" par le passé, l'accusant également d'avoir tenté d'entretenir des rapports avec le mineur. Concernant le troisème accusé, il a estimé que les débats n'ont pas permis de "dire avec conviction qu'il avait une activité homosexuelle".

 

"Nous avons tous peur"

"Nous avons tous peur"

 

Ce nouveau procès se déroule dans un climat délétère, quelques jours après le meurtre d'un militant des droits des gays, Eric Lembembe.

Il a été retrouvé mort à son domicile à Yaoundé après avoir subi de nombreuses tortures, avait annoncé mardi l'organisation Human Right Watch (HRW), dont il était "un proche collaborateur".

Le ou les auteurs du meurtre n'ont pas été arrêtés pour le moment. Mais les avocates du militant, dont Me Nkom, ont accusé jeudi la police d'avoir bâclé l'enquête et de n'avoir "rien fait" pour collecter d'éventuels indices sur le corps supplicié.

"Personne (les policiers) n'a relevé le moindre indice. Personne n'a fait la moindre photo. Personne n'a relevé tout ce qui devait rester pour permettre une investigation sérieuse et crédible", s'est indignée Me Nkom.

"(Cela) est totalement ahurissant et tue tout espoir de pouvoir retrouver les auteurs de ce crime odieux", a-t-elle ajouté.

"Je suis également surprise qu'il n'y ait pas eu d'autopsie (...) On est dans l'indifférence totale", a dénoncé l'autre avocate, Me Saskia Ditisheim, présidente de l'ONG Avocat sans frontières-Suisse (ASF-Suisse), qui séjourne actuellement au Cameroun.

De nombreuses ONG dénoncent régulièrement les arrestations et emprisonnements de personnes homosexuelles au Cameroun, de même que les nombreuses pressions et menaces à l'égard des défenseurs de leurs droits.

Résumant les sentiments qui animent la communauté gay, un militant, s'exprimant sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité, témoigne: "nous avons tous peur pour nos vies parce que la menace est partout. Si des gens en arrivent à supprimer la vie à un individu (comme Eric), nous ne sommes pas à l'abri".

 

AFP

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