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Oser le tour du monde en famille en camping-car

C'est une première, une famille marocaine se lance dans un périple autour du monde. A partir du 07 août, le couple Elatmani et ses trois enfants vont s'embarquer dans une très grande aventure. Pendant cinq années, ils vont sillonner le monde en camping-car, baptisé «Misk ellil». Laissant derrière eux leur confort habituel, leur famille, leurs amis… les membres de la famille se disent prêt à J-26 pour le grand départ. Dans cet entretien, le couple nous livre quelques détails sur ce challenge.

 

La Nlle Tribune : Ce n'est pas une décision que l'on prend à la hâte, l'idée a dû trotter pendant longtemps dans votre tête. A quand remonte le début ? 

M.Atamni : C'est un rêve que je nourrissais depuis mon jeune âge. Je voyageais énormément avec mes parents depuis tout petit. Chaque weekend, nous faisions du camping. Donc, cet amour du voyage, de la découverte, le rêve de voir toujours plus de régions, de villes… voire de faire le tour du monde, a commencé de cette manière. Et puis, lorsque je me suis mariée, j'en ai fait part à ma femme, qui au début n'y a pas trop cru. Ensuite, j'ai insisté, elle a alors résisté, mais avec le temps, plus je lui en parlais, plus je lui donnais des arguments. Elle a fini par accepter l'idée. Et puis un jour, il y a quatre ou cinq ans elle m'a dit, on peut partir. Donc, c'est comme ça l'idée du projet est née.

 

Mme Atmani : Les femmes sont plus sensibles. On pense à la stabilité, aux enfants (même si on n'en avait pas encore à l'époque). Donc, j'ai mis beaucoup de temps, avant de prendre une telle décision. Et à partir de là, j'ai commencé à y réfléchir de manière différente.

 

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C'est une grosse aventure au vrai sens du terme et sur tous les plans. Quel est l'élément déclencheur, pour dire « on le fait maintenant »? 

 

M.Atamni: Je suis l'initiateur de l'idée, mais c'est ma femme qui est l'organisatrice. Il fallait tout orchestrer au millimètre près. Mais dès que l'on s'est mis d'accord sur le principe, on s'est dit on commence d'abord par faire le tour du Maroc, pour s'exercer. Tous les week-ends on partait à la découverte d'une région, en maison d'hôtes, en camping, chez l'habitant… de manière assez kamikaze des fois, mais toujours avec beaucoup d'organisation et de responsabilité, surtout par rapport à la sécurité des enfants. Et à partir de là, on s'attachait plus à l'idée du départ. Et l'on a commencé les démarches. D'abord, en s'informant, en consultant d'autres familles qui ont vécu la même aventure, et ensuite on a enchaîné avec la constitution des dossiers.

 

Cela ne doit pas être une chose aisée ? 

Mme Atmani : Absolument pas. On ne pensait pas que c'était aussi lourd (office des changes, services consulaires, visas, …). Lorsque l'on voit tous ces reportages sur les familles qui ont fait le tour du monde, on ne se rend pas compte des difficultés qui peuvent être derrière. Sachant que nous n'avons pas les mêmes difficultés. En Europe, ils prennent une année sabbatique, après quoi, ils retrouvent leur boulot. Et franchement, dès que l'on s'est lancé, cela paraissait plus compliqué. On ne savait pas par où commençait. Et un jour, après beaucoup de recherche et de réflexion, j'ai fini par trouver une idée.  J'ai proposé alors dit à mon mari, on va faire comme on a fait pour le Maroc, continent par continent.

 

  1. Atmani : Et là c'était l'élément déclencheur. On a commencé effectivement à se projeter vers le départ. Le fait de faire continent par continent rendait l'organisation plus simple. On voulait commencer par l'Afrique, mais on a renoncé car l'Est est fermé et à l'Ouest, il y a un problème de sécurité. Alors on a décidé de commencer par l'Amérique Latine, et terminer par l'Afrique. Et il faut dire que la communauté des voyageurs de par le monde est très généreuse. C'est une aide précieuse, à travers des informations, des conseils, des tuyaux, des bons plans… Internet est magique, il nous facilite énormément les choses.

Lorsque nous disions que c'est une aventure, ça l'est aussi parce que vous partez avec vos trois enfants de 9, 8, et 7 ans. Comment allez-vous gérer leur scolarité ? 

 

M& Mme Atmani : On a opté pour l'école à distance.  Nos enfants sont scolarisés à l'école espagnole. Donc, nous assurerons nous-mêmes la scolarisation de nos enfants avec l'aide du ministère de l'enseignement, lequel a un système similaire au CNED français (Centre national d’enseignement à distance). Nous prenons les cours sur internet. Les enseignants sont disponibles à tout moment, on peut leur poser toutes les questions, ils nous répondent. Les enfants sont suivis, et peuvent passer les examens dans les consulats espagnols. Ensuite, ils peuvent réintégrer l'école. Mais l'intérêt de l'école à distance, c'est que ça ne coûte rien. Aujourd'hui, Internet peut nous aider à éduquer et à former nos enfants, sans être dans des déboires importants.

 

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Sur le plan financier, c'est un financement propre ou avez-vous un sponsoring ? 

 

M.Atmani: Ce sont des fonds propres, le budget le plus lourd c'est le véhicule, avec plus d'1 million de Dhs. Je suis dans le monde du business depuis 20 ans. Donc, j'ai fait un business plan où j'ai tout ficelé pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Donc, c'est un projet qui est abordé à la fois avec le c½ur et la raison et encore une fois de manière très responsable. Nous avons loué la maison, on a vendu quelques affaires, et nous sommes en train de vendre la voiture. Nous avons tenu à équiper notre camping de manière à ce que les enfants puissent poursuivre leurs cours et qu'ils aient un minimum de confort.

On ne veut pas dire que nous avons créé un concept (Planet Khmissa) pour être sponsorisé, mais nous n'avons pas honte de demander de l'aide. Toutes les personnes ou les entreprises qui veulent nous aider sont les bienvenues. A titre d'exemple, nous avons reçu gracieusement les pneus du véhicule. Cela peut sembler peu, mais c'est très important car les budgets sont très serrés. Ce que nous recherchons c'est un partenariat maroco-marocain, des entreprises socialement responsables. Et Hamdoulilah, nous recevons des aides parfois de personnes qui ne veulent pas être citées. Nous avons également été reçu par M. André Azoulay, conseiller de Sa Majesté, qui nous a témoigné son adhésion au projet et qui nous a encouragé à continuer. Et ça aussi c'est un soutien moral. De la même manière, nous avons été agréablement surpris par l'efficacité et le sérieux du département des Affaires étrangères.

 

Quelle est l'aide qui vous parait la plus importante à avoir ?

Un sponsor pour Internet. Nous sommes amenés à sillonner des régions où la connexion n'est pas toujours au top, donc si l'on peut avoir une aide dans ce sens ce serait d'un grand réconfort, surtout pour l'éducation des enfants qui est assurée par le web. Cela permettrait également de partager notre expérience à travers le monde, en relayant l'image du Maroc. L'autre aide qui serait vraiment d'un grand soutien pour nous, c'est au niveau des assurances. Nous n'avons pas pu trouver une assurance au-delà de 3 mois. Il y a des assurances internationales, mais elles sont hors de prix. Encore une fois, on veut pas de financement mais aimerait avoir des aides.

 

Enfin, maintenant à quelques jours seulement du départ, quel est l'objectif ce grand périple ?  

Il faut savoir que c'est loin d'être un voyage de tourisme. C'est avant tout un mode de vie, un concept, Planet Khmissa, en l'occurrence, qui émane de convictions et de valeurs profondes. Aujourd'hui, nous prônons une nouvelle relation à la terre. Elle nous appartient comme elle appartient à tout un chacun, nous voulons à la fois nous en «accaparer» et la protéger. Nous voulons à notre modeste niveau, contribuer à l'instar des communautés des voyageurs, à changer les choses, en mettant en avant des valeurs universelles. « Connecting dots » est un concept qui nous nourrit. C'est parti d'une volonté de famille, une des motivations primaires de ce projet ce sont les valeurs de la famille, la tolérance, l'ouverture. On veut inculquer à nos enfants des valeurs de libre arbitrage, l'ouverture, l'esprit critique, faire la part des choses entre le superficiel et l'essentiel… Mais également donner envie et espoir à d'autres, pour qu'ils disent que les rêves deviennent réalité si on est déterminé.

Leila Ouazry

 

 

La Nouvelle Tribune

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