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L’encours des crédits bancaires à l’économie en baisse

Les crédits à l'habitat continuent de progresser à un rythme beaucoup moins soutenu qu'auparavant. Les crédits d'équipements sont en repli du fait du manque de visibilité des opérateurs. Les dépôts bancaires à caractère monétaire aussi poursuivent leur recul. 

 

L'économie marocaine tourne en ralenti. Si le secteur agricole devrait sauver la mise cette année grâce à une bonne récolte céréalière, il n'en demeure pas moins que les signes d'un ralentissement économique sont perceptibles. Cette situation est particulièrement notable au niveau du secteur bancaire qui assure l'essentiel du financement de l'économie nationale, et draine une partie importante de l'épargne des agents économiques. Ainsi, selon les données du bulletin «Statistiques Monétaires» de Bank Al-Maghrib à fin mai 2013, comparativement à fin décembre 2013, on note un recul aussi bien des dépôts que des crédits à l'économie.

Du côté des ressources du secteur, les dépôts bancaires à caractère monétaire ont reculé de 1 % (-6,86 milliards de dirhams) à 682,08 milliards de dirhams et ce malgré le nombre accru de personnes bancarisées. Ce léger recul de l'épargne drainée par les banques est expliqué par plusieurs facteurs dont la baisse de la propension à épargner de la population, du fait de la baisse de son pouvoir d'achat consécutif au renchérissement du coût de la vie et des charges liées aux remboursements des crédits contractés (immobilier, automobile, etc.), les arbitrages en faveur d'autres instruments de placement, l'effet de la crise sur l'épargne des Marocains résident à l'étranger (MRE), le renchérissement du coût des dépôts à terme qui décourage sa collecte par certaines banques, la thésaurisation, etc.

La structure des dépôts montre que ce sont les dépôts à vue qui sont derrière cette baisse, avec une contraction de -2,2 % (-8,85 milliards de dirhams) à 391,75 milliards de dirhams. Ces dépôts non rémunérés assurent aux banques, en moyenne, 57,43 % de leurs ressources. De leur côté, les comptes à terme et bons de caisses auprès des banques ont affiché une très légère progression de 0,8 % à 147,61 milliards de dirhams.

Pour faire face à l'évolution des crédits à l'économie, les banques recourent à d'autres ressources -emprunts obligataires, certificats de dépôts- et aux injections de Bank Al-Maghrib.

 

Crédits immobiliers au ralenti

 

En ce qui concerne les crédits bancaires à l'économie, leur encours a connu un recul de -2,2 % à 712,86 milliards de dirhams. Si certains opérateurs économiques, comme ceux du BTP, avancent la frilosité des banques pour financer leur secteur, du côté des banquiers, on explique surtout cette contraction par la baisse des demandes de financement émanant des agents économiques, notamment des entreprises. On note tout de même que les crédits immobiliers continuent à progresser, même si leur rythme a beaucoup ralenti au cours de ces derniers mois. Leur encours affiche une hausse de 3,5 % (+7,71 milliards de dirhams) à 227,75 milliards de dirhams. Cette progression est surtout le fait des crédits à l'habitat, en progression de 3,8 % à 156,27 milliards de dirhams grâce au logement économique et aux crédits soutenus par l'Etat via les fonds de la Caisse Centrale de Garantie (CCG). Du côté des promoteurs, l'encours n'a connu qu'une légère hausse de 1,3 % à 69,04 milliards de dirhams. Il faut noter que du fait de la situation difficile de certains segments de l'immobilier (le luxe et le haut standing notamment), les banquiers sont devenus plus regardants en finançant les promoteurs. Ils scrutent la solidité du promoteur, la nature de l'investissement (logement social, intermédiaire, haut standing, etc.), l'implantation géographique des projets à financer, et de multiples indicateurs avant de lui accorer des crédits. Cette situation est d'ailleurs dénoncée par les opérateurs du secteur du BTP, dont certains commencent à souffrir de cette politique un peu restrictive des banques. Ces dernières avancent être un peu trop exposées sur le secteur qu'elles ont fortement financé durant ces dernières années, comme en atteste l'évolution de l'encours des crédits immobiliers. A côté des crédits immobiliers, l'encours des crédits à la consommation distribués par les banques a connu une légère hausse de 1,1 % à 40,11 milliards de dirhams. Cette faible croissance s'explique par le ralentissement de la demande de crédit de la part des clients et la sélectivité accrue des banques en matière d'octroie de crédit.

 

Hausse des créances en souffrances

 

A l'opposé, les crédits d'équipement ont vu leur encours baisser de -2 % (-2,7 milliards de dirhams) à 135,30 milliards de dirhams. A nouveau, c'est surtout l'effet de la baisse de la demande qui est avancé comme justification de la part des banquiers. Il faut reconnaître que face à une conjoncture économique nationale et internationale morose, les opérateurs économiques, face au manque de visibilité sur le court et moyen terme, ont tendance à  remettre à plus tard leurs projets d'investissement et donc leur besoin de financement. En outre, le durcissement des conditions de crédits de la part des banques qui font face à la montée des risques, le renforcement des règles prudentielles de Bank Al-Maghrib, le resserrement des liquidités qui impacte le coût de refinancement du secteur, et la fragilité de certains secteurs du tissu économique sont autant de facteurs qui contribuent à la baisse des crédits octroyés aux entreprises, impactant ainsi sur l'encours de ces crédits.

La baisse la plus importante est toutefois à mettre sur le compte de la rubrique comptes débiteurs et crédits de trésorerie, en contraction de -7,2% (-13,36 milliards de dirhams) à 172,35 milliards de dirhams. Cette forte baisse s'explique par plusieurs facteurs, dont le non renouvellement de certaines lignes de fonctionnement pour certains clients par leur banque, la baisse des montants accordés en cas de renouvellement, et justifiée par les banquiers par le recul des chiffre d'affaires sur lesquels sont indexés ces lignes, l'effet de la crise économique qui tend à allonger davantage les délais de paiement, pesant sur les capacités de remboursement des entreprises, etc.

Enfin, dans ce contexte difficile, les créances en souffrance ont augmenté de 6,9 % (+2,43 milliards de dirhams) depuis le début de l'année, pour ressortir à 37,74 milliards de dirhams, attestant de la montée des risques. Il n'en demeure pas moins que ce niveau reste encore maîtrisé, car ces créances ne représentent que 5,35 % de l'encours des crédits bancaires à l'économie.

Moussa Diop

La Nouvelle Tribune

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