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Patrimoine Historique et cultuel à Joal-Fadiouth : La ville à l’ombre des pangols

L'emprise des pangols sur la vie sociale et religieuse des Joaliens et Fadiouthiens est visible, à travers les nombreux sanctuaires que compte ce terroir. Les génies protecteurs ne sont pas ignorés, ils habitent encore leurs temples, respectés ou craints des populations.

A Joal comme à Fadiouth, on dénombre des dizaines de sanctuaires et lieux de culte. Chacun d'eux incarne une certaine force et possède un pouvoir particulier que les habitants ont su dompter et utiliser par le biais de rituels spécifiques, pour la protection et l'amélioration des conditions de vie de la communauté. La plupart de ces pangols peuvent être l'incarnation des ancêtres.

Le principal se trouve à «Baram», dont le sanctuaire s'élève au pied d'un baobab, seul vestige d'un vieux bosquet. Il possède le pouvoir d'intervenir los des enfantements douloureux. Un autre pangol appelé «Koor o baal» a la spécificité de faire cesser la sécheresse qui peut survenir en pleine saison pluvieuse. Ce génie habite dans une pierre de basalte supposée venir de l'île de Gorée. Mama Nguedj, lui, selon Babou Sarr, 87 ans et délégué de quartier à Ndoubab dans la commune de Joal, «se trouve dans la lagune de Joal». Le patriarche de la lignée des sérères fata fata renseigne que «c'est en prélude aux combats de lutte organisés entre les villages, après les récoltes, que des séances de divination se tenaient. On procédait au sacrifice d'un b½uf blanc, noir ou gris. Ensuite, il fallait également préparer des boulettes de mil sur lesquelles on versait du lait caillé. Après ces offrandes, les féticheurs priaient pour nous». Poursuivant son récit, le vieux sapeur pompier à la retraite depuis 1969, nostalgique des temps anciens, précise : «lorsque nous nous mettions en route, il nous était interdit de nous retourner. Chaque fois, nos lutteurs revenaient victorieux». Le vieil homme féticheur du nom de Gorgui Ngoyade avait le pouvoir de faire tomber la pluie, n'importe où et à tout moment. Ces pratiques, pour l'octogénaire, existaient jusque dans les années 1960-1961. Mais, avec l'avènement des religions musulmane et chrétienne, elles ont régressé.

Autre pangol, «Fassanda». Il habite au milieu de baobabs dans les tannes de Joal, au nord de l'île de Tine-Dine. Selon Babou Sarr, c'est le génie tutélaire des séréres de la lignée des djahano. Il a la spécificité de trancher les litiges et disputes entre individus. Par exemple, lorsque deux individus étaient en conflit, ils se rendaient dans son sanctuaire. Ils devaient porter, l'un après l'autre, la pierre qui s'y trouve. Elle devenait trop lourde pour le fautif qui s'affaissait.

Ce n'est pas tout, il existe d'autres génies protecteurs, tels que Mama-Ndagne, Kouta, O Wathie, Mboulande, Moussa Molonko, Kouta, Ngoussé Diokhé, Mboth etc.
Chacun d'eux a, à son service, un féticheur qui lui sacrifie des libations et des offrandes, en cas de besoin.

Papis Barro


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