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Troubles dans la chaîne de distribution des cartes de recharge Orange Mali : VERITES CROISEES

Les acteurs du premier segment de la distribution auraient augmenté de 30 Fcfa leur marge bénéficiaire, l'opérateur de téléphonie assure le contraire, et pointe du doigt une guerre de profit entre acteurs non formels 

Les revendeurs des cartes de recharge téléphonique d'Orange Mali (grossistes, demi-grossistes et détaillants) ont entamé une grève illimitée depuis le 10 juillet pour protester contre ce qu'ils considèrent comme une augmentation unilatérale du prix de cession des cartes et de nouvelles conditions dans la chaîne de distribution des cartes de recharge. Depuis, les cartes téléphoniques Orange Mali sont devenues rares dans les kiosques et au coin des rues. Cependant, certains grossistes n'ont pas suivi le mouvement. Cette situation a créé un certain désordre sur le marché de distribution des cartes de recharge d'Orange-Mali. Un tour chez les revendeurs du Quartier du fleuve permet de le vérifier.

Kida Macinaké est revendeur à la criée de cartes de recharge près de la station Shell de l'entrée du pont des Martyrs. Opérant dans ce créneau depuis 2007, il ne cache pas aujourd'hui son exaspération face à la situation. « Depuis le vendredi 12 juillet je n'ai pas vendu de cartes Orange. Les « masters » veulent enlever les grossistes de la chaîne de distribution des cartes de recharge Orange Mali, assure-t-il.

« Auparavant, on avait 450 Fcfa de bénéfice sur chaque carte de recharge de 5000 Fcfa. Maintenant ils veulent réduire cette marge bénéficiaire de moitié », explique notre interlocuteur. Il constate, en fait, que la réduction de 250 Fcfa de la marge bénéficiaire des grossistes affectera en cascade les demi grossistes et les détaillants.

Pendant notre entretien, un jeune détaillant questionne notre interlocuteur sur la possibilité de lui acheter une carte de recharge de 5000 Fcfa. Kida lui indique qu'il observe « une grève ».

Pour défendre leurs intérêts et améliorer leurs conditions de travail, les revendeurs se  sont regroupés au sein d'un groupement appelé Association malienne des revendeurs de cartes de recharge (AMARCR). Elle est présidée par Madani Traoré.

Contacté au téléphone, Madani Traoré dénonce la « décision unilatérale » de l'opérateur téléphonique et « le manque de consultation » préalable avant tout changement sur les prix de cession des cartes. Le premier segment de la chaîne de distribution des cartes téléphoniques d'Orange Mali se compose de 34 masters. Ce sont eux qui achètent directement le produit avec l'opérateur de téléphonie. Ils le revendent ensuite aux grossistes qui à leur tour fournissent les demi grossistes et les détaillants.

Avant la grève, l'opérateur vendait au master la carte de 1000 Fcfa à 900 Fcfa. La même carte est cédée au grossiste par le master à 930 Fcfa. Le grossiste la rétrocède au demi grossiste à 950 Fcfa. Ce dernier la revend au détaillant 960 Fcfa. C'est auprès de ce dernier que le consommateur achètera la même carte à 1000 Fcfa. Comme on le voit, du fait de la longueur de la chaîne, les marges bénéficiaires deviennent intéressantes lorsque les ventes marchent fort. Un procédé classique pour motiver les vendeurs.

Ceux du Quartier du fleuve ne trouvaient rien à y redire jusqu'à ces jours derniers. Que s'est-il passé ? Ils expliquent que maintenant, le master se procure auprès de l'opérateur la carte de 1000 Fcfa non plus à 900 Fcfa mais à 930 Fcfa. Le master pour se rattraper, répercute alors la hausse sur le reste de la chaîne de distribution.

Le président de l'AMARCR promet que ses mandants se battront jusqu'à ce que la société revienne sur sa décision. Le masters que nous avons pu joindre au téléphone assurent ne pas être concernés par le mouvement de grève.

A Orange Mali, on a une toute autre lecture du différend. Pour le chef de la division communication institutionnelle de la société de téléphonie, Salifou Telly,  les troubles actuellement constatés sur le marché de la distribution des recharges et des cartes SIM orange, semblent entretenus extérieurement à Orange Mali. Orange Mali, souligne-t-il, n’a de relations contractuelles qu’avec les Partenaires Distributeurs Grossistes (PDG) communément appelés « masters ».

Selon Telly, la rémunération offerte par Orange Mali à ces partenaires distributeurs grossistes, est toujours la même et n’a absolument pas varié depuis plus de dix ans. Ces derniers achètent donc les cartes de recharge au même tarif qu'en 2003.

D'où viennent alors les troubles ? De la relation entre les masters et les « Demi-grossistes » (DG), explique Telly en répétant qu'il n'existe aucun lien contractuel juridique entre Orange Mali et ces demi-grossistes.

Si juridiquement le raisonnement tient, commercialement Orange-Mali  ne peut se laver les mains de ce conflit. L'entreprise est parfaitement consciente du fond du problème : dans le cadre de leur développement, les « partenaires distributeurs grossistes » ont décidé de conserver une plus large part de la rémunération contractuellement accordée par Orange Mali. Théoriquement leur part est de 3 % prélevés sur les 10 % de rémunération. En réalité, ils percevaient (beaucoup ?) moins car au fil des ans une concurrence effrénée s'était instaurée entre eux. Pour faire du chiffre, ils prenaient sur leur part pour sur-commissionner les demi grossistes les plus performants, ceux qui alimentent des réseaux de revendeurs particulièrement efficaces.

Ce système de surprimes a fini par grever les comptes des partenaires distributeurs grossistes qui, à la différence des demi-grossistes et des détaillants, sont des opérateurs installés dans le formel et assujettis à des obligations légales, fiscales et parafiscales. Pris entre le marteau des bonus inventés par eux mêmes et l'enclume du fisc, ils ont décidé ces dernières semaines de revenir au mode de bénéfice initial.

Ce choix « responsable » a été salué par Orange car il s’inscrit dans une  logique de pérennisation d'un système de commercialisation qui fonctionne et dont les partenaires distributeurs grossistes sont le pivot. Orange a même  accordé une aide logistique et en formation aux PDG pour faciliter leur ancrage dans le formel, synonyme aussi de création d'emplois modernes.

Mais ce revirement ne fait pas l'affaire des demi grossistes et des détaillants dont les revenus vont effectivement souffrir.

Orange Mali n'a visiblement pas l'intention de se mêler à la bagarre. Son souhait, exprimé par Salifou Telly, est que les partenaires distributeurs grossistes développent leur réseau de distribution pour assurer la permanence des produits et services Orange sur le marché, créent des emplois modernes, s'acquittent des impôts et taxes normalement dus à l'Etat. Pour Telly, ces partenaires constitués en sociétés juridiquement et économiquement indépendantes d'Orange Mali, doivent s'organiser pour assainir leurs rapports contractuels, notamment dans ses aspects financiers, avec leurs partenaires, les demi-grossistes.

Mais d'ici là, le marché est perturbé et le mécontentement monte dans la clientèle. Orange Mali a mesuré le danger que le blocage des ventes perdure et que le différend s'envenime. L'entreprise a donc entrepris de jouer les intermédiaires et de rapprocher les parties en conflit. Elle a aussi tempéré son message en assurant  qu'il n'a jamais été question pour les masters d'éliminer les demi grossistes et autres intermédiaires. Ce qui est en partie vrai car ils constituent des relais indispensables vers le public-consommateur. Mais ce qui est tout aussi vrai est qu'un raccourcissement de la chaine de distribution des cartes de recharge permettrait d'accroitre la rétribution des rescapés et de faciliter la constitution d'entités opérant dans le formel.

S. TANGARA

L'essor

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