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Autant le dire… : Le premier clash électoral au Mali

Tiébilé Dramé, l'artisan des accords de Ouagadougou dans la crise malienne et jusqu'à avant-hier (mardi 16 juillet), l'un des 28 candidats à la présidentielle malienne a jeté l'éponge. Car, « il n'y aura pas d'élection crédible au Mali le 28 juillet.

Je retire ma candidature », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse hier, mercredi 17 juillet 2013. Tiébilé Dramé détaille ses raisons : « « Là-bas sur place (ndlr : à Kidal), dit-il, la loi électorale n'a pas été respectée. Le retour de l'administration n'est pas encore effectif. Les préfets n'ont pas encore rejoint leur poste à deux semaines du vote ». Le candidat du Parti pour la renaissance nationale va plus loin en parlant de bricolage électoral tout en se posant des interrogations : « Que vont devenir les nombreux Maliens sans carte d'électeur ? Sans oublier qu'au moins 465 villages maliens n'ont pas été recensés avant l'établissement des listes électorales ». Puis il accuse : « Paris, pousse aux élections coûte que coûte » ; « « J'ai l'impression que Laurent Fabius [le ministre français des Affaires étrangères, ndlr] est devenu le directeur des élections au Mali ». Quand des propos de ce genre viennent d'un averti des questions politiques et sociales de son pays, il faut les prendre au sérieux.

Tiébilé Dramé a vu juste ! C'est honnête et politiquement correcte, non seulement de se retirer, mais d'alerter sur ce qui est en train de se tramer au Mali. Dans la mesure où on a réussi à chasser les bandes armées, les narcotrafiquants et autres bandits de grand chemin dans le Nord malien, il n'y avait plus de raison de se précipiter pour organiser dans le désordre une élection présidentielle. Cela est d'autant plus vrai que la junte militaire que tout le monde redoutait, pour un éventuel coup d'Etat, a fini par rentrer dans les rangs ...pardon dans les casernes. Franchement, les Maliens n'ont pas l'esprit, pour l'instant, à une élection présidentielle. Ils sont de nombreux déplacés à l'intérieur du Mali ou refugiés dans les pays voisins qui n'ont pas encore rejoint leurs terres. Et quand on sait que tout ce monde-là vient du Nord du pays, on est en droit de dire que le Mali est en train d'élire un président seulement pour le Sud du Mali. Excluant ainsi le Nord, d'où sont venus les problèmes que le pays a connu et desquels il n'est pas encore définitivement sorti. Faut-il poursuivre dans une telle aventure suicidaire qui, visiblement peut ranimer les ranc½urs entre les mêmes protagonistes d'hier ?

La France, avec elle d'autres pays d'Europe et même les Etats-Unis d'Amérique, et les pays de la sous-région y compris le Tchad, ont fait un travail merveilleux au Mali à travers l'opération Serval qui a permis de nettoyer et de sécuriser le Mali, mais aussi l'ensemble des pays de l'Afrique de l'Ouest. Aussi, si on n'y prend garde, tous ces efforts consentis seront annihilés par le « bricolage » électoral auquel on est en train d'assister. Une élection, de surcroit présidentielle, est un rendez-vous entre un candidat et l'ensemble de son peuple avec lequel il signe un contrat de développement. Et non entre un candidat et une partie de son peuple. Alors qu'ici, l'élection, visiblement ne concerne pas tous les Maliens. C'est donc un président bien illégitime qui sera élu au Mali. Comment va-t-il, un président élu dans de telles circonstances, gouverner des gens qui ne le reconnaîtront pas ?

Tiébilé Dramé, même s'il n'aura pas raison, aura au moins, pour l'instant, eu le mérite d'avoir prévenu. C'est pourquoi, tout en se retirant, non pas parce qu'il ne remportera pas l'élection, il a souhaité « bonne chance » à son pays.

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

Le Faso

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