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TRIBUNE LIBRE – Où (en) sont les femmes ?

 

Comme disait un grand philosophe rappeur, “On fait le Bilan calmement en s’remémorant chaque instant”. Mettons-nous donc, en cet été 2013, dans la peau d’une meuf marocaine au quotidien.

 

- Quand tu marches dans la rue, c’est comme dans un concert de Rihanna, la foule t’acclame. Tu es interpellée de manière poétique, Rimbaud n’aurait pas fait mieux, en rimes parfois, en alexandrins rarement, en onomatopées souvent. Des bruitages similaires à ce qu’on exprime en voyant un couscous arriver sur la table peuvent accompagner cette ode à la féminité, et parfois on peut se targuer de se faire même tâter la fesse droite d’une main curieuse de découvrir l’anatomie féminine devinée jusqu’alors seulement grâce à des vidéos autant clandestines que peu hallal.

 

- Quand tu roules dans ta voiture, c’est un circuit de F1, les homologues masculins, étonnés de savoir que tu sais passer la 1ère seule, et voyant que tu n’as pas de co-pilote, pensent alors que tu as besoin d’une escorte, voire d’un guide spirituel sur la route. Et que forcément ça te fait plaisir d’être suivie sur 10 km par un bonobo à essence qui te permet de tester tes reflexes de conductrice de l’extrême entre queues de thon, éclats de rires en baissant la vitre à 70 km/h, invitations galantes lancées dans un virage. Après tout, c’est de ta faute, quelle idée de prendre sa voiture seule. Seule veut dire disponible.

 

- Quand tu te rends au boulot, au marché, à l’épicerie,  gambadant dans tes stilettos, babouches, sandales, claquettes,  certains pensent que tu fais du stop. On te propose alors de chevaucher cette 103 tunée vers des aventures exaltantes, ou de monter dans cette voiture lavée en 1945, ou cette berline rutilante, autant que l’alliance au doigt du conducteur. Car c’est connu, cette technique fonctionne. Séduite par cette approche chevaleresque, on va subitement se dire que oui on va monter sur cette calèche, qu’après tout un homme qui le propose ne peut que disposer. En voiture pareil, on va se garer, abandonner le fruit de 3 ans de crédit à la conso, pour finalement se dire qu’on serait bien mieux à côté de cet illustre inconnu.  Ah, et en plus, si tu crois que pendant Ramadan tu peux escompter une trêve de l’alerte à la cuisse, tu rêves en technicolor. Maintenant, même dans le bus, c’est permis par l’excellent Zemzemi, tu peux subir une fouille au corps hallal (lire à ce propos le coup de gueule, pour une fois que c’est la gueule,  d’un homme youpi ) validée par le Haut Ministère de la Résistance à Gillette.

 

- Si tu te fais alpaguer dans la rue comme un steak saignant c’est de ta faute. Tu as mis une jupe, un short, un truc qui dévoile tes tibias, cet os érotique. Ce qui est fou c’est que le test de la djellaba prouve que même en tenue traditionnelle, à savoir le sac à patates à capuche, le résultat est le même. Car tu es une femme, tu es comestible, tu es dans la rue. Que fais tu dans la rue ? Le trottoir pardi. Peu importe la tenue. Ta place est à la cuisine à faire des crêpes à haute teneur calorique en ne mouftant pas. Si tu sors, c’est que tu t’exposes à l’½il masculin, tu provoques, tu cherches un mec, un mari, un amant. Assume, sandwich à hommes. Cela fonctionne également au resto, en boite, dans un bar, au café. Une fille, ou des filles seules, ne peuvent pas juste vouloir se retrouver entre chromosomes (entre neurones, oserions nous le dire), non elles sont en quêtes de C.B (carte bancaire ou conjoint bi-polaire).

 

- Si, pauvre de toi, tu es célibataire, d’ailleurs fouette toi avec un panier en osier pour ça, et que tu as une relation avec un congénère poilu, pour tester comme ça si éventuellement tu pourrais faire un bout de vie avec lui, et que tu oses tester aussi ses capacités à te faire voir le 7ème ciel (soyons honnêtes les marocains étant plus doués pour le scandale que pour le sexe, parlons plutôt de 2ème ciel, et en 6 minutes chrono) et qu’en plus tu fabriques un embryon local, tu es très mal barrée. Soit tu te fais virer ta famille qui déclare que impure tu sèmes la zizanie dans la vertu de la tribu, soit tu épouses le bienheureux géniteur, soit tu accouches en secret et on dira que l’enfant est ta petite soeur/ petit frère, soit tu avortes. La blague. Pour mettre un terme à l’engrossement fortuit, c’est 14-18. Tu peux opter pour le boucher du coin, ou donner la moitié de ton compte épargne à un médecin qui tremblera de sauver ton honneur (et ta vie) vu que juste vous pouvez finir à vous balancer des oranges à Okacha. Tu t’es allongée, assume.

 

- D’ailleurs pour s’allonger mieux vaut être riche. Vu que pour avoir une relation avec un homme (bien grand mot pour nos compatriotes), il faut avoir un appartement à soi et des voisins qui n’ont pas le syndrome du tberguig. Se balader dans le parc, aller au cinéma, s’embrasser à l’ombre des palmiers, on se détend on est pas à L.A. Pour se voir quand chacun habite chez ses parents, apprendre à se connaitre, se découvrir, bref s’aimer, c’est aussi tendu qu’un string de travlo brésilien. Il reste l’option balade sur la côte dans la même bagnole, s’embrasser timidement au coucher de soleil garés face à la mer, en espérant qu’aucun intrus, officiel ou non, ne vienne toquer à la vitre. Ne pas s’étonner qu’on se marie en express, pour pouvoir enfin être libres (notez ici le paradoxe) de passer plus de 2h ensemble. C’est là qu’on découvre le monstre, le dégénéré, le frustré, qui va partager notre vie, vu que bon on a pas trop pu avant. 5 enfants plus tard, quelques côtes cassées, et 35 rides en plus, on commence à se demander si finalement on n'aurait pas mieux fait de faire plus de tours en bagnoles (ou en 103)

 

- Si vous êtes marocaine, vous ne saurez jamais que vous avez un clitoris. Les hommes ayant appris l’aller-retour low cost sur youporn, salamsexe.ma, travailleuses du boulevard d’Anfa, il ne faut pas s’attendre à de l’art. C’est comme avec l’Afrique, y’a pas d’échanges commerciaux, zéro partage. C’est de la démonstration de virilité peu subtile, et ne rêvez pas à de l’amour, les guenons ont compris il y’a longtemps que ce n’était pas possible.

 

Oui ce billet généralise, oui il est violent, oui il taxe les hommes de notre contrée de porcs invétérés, mais il s’agit ici de souligner des faits, toutes strates sociales confondues dans un pays où l’amour est interdit avant le mariage, l’avortement puni, le viol sur mineur autorisé, l’inceste répandu, et la prostitution le quotidien de femmes. Mais sinon, il fait hyper beau aujourd’hui, je suis en maillot, mes amis sont adorables, j’ai rencontré des hommes dignes, honnêtes, qui aiment les femmes et pas qu’en sous-vêtements. Ils sont marocains et je les remercie d’exister. Hommes, je vous aime.

LM

La Nouvelle Tribune

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