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Mali 2013 : Défilé de la « victoire » à… Paris. Kidal attendra.

C'est, bien sûr, de la politique et de la géopolitique. Avec ce qu'il faut d'opportunisme et de pragmatisme pour que ça marche. Défilé du 14 juillet. « Le jour de gloire est arrivé ». Impossible d'échapper à « Serval ». Qui est tombé à pic, en cette année 2013, pour que la classe dirigeante française ait au moins un motif de satisfaction.

François Hollande l'a dit à l'issue du défilé, lors de son entretien avec les journalistes. Son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, véritable instigateur de cette opération (dès son arrivée à l'hôtel de Brienne, il avait considéré que la guerre était « souhaitable et inéluctable » - cf. LDD Mali 058/Lundi 14 janvier 2013), l'avait déjà déclaré dans un entretien, quelques heures auparavant, avec Europe n°1 et i

Hollande comme Le Drian ne sont pas naïfs : ils savent bien que, pour l'essentiel, « l'ennemi » combattu par l'armée française a trouvé refuge ailleurs et notamment dans le Sud de la Libye. Et que beaucoup de ceux qui avaient pris les armes contre le régime de Bamako se sont réinsérés dans la population. Mais à quinze jours du premier tour de la présidentielle malienne, il était important de faire comme si le Mali était un pays souverain et responsable, comme si son armée n'avait pas été l'auteur d'un coup d'Etat militaire, comme si ses officiers, ses sous-officiers et ses soldats avaient joué un rôle majeur dans la reconquête du Nord-Mali, comme si tout se déroulait tout à fait bien au cours de la campagne, comme si Kidal était une ville malienne comme une autre, comme si ce pays n'allait pas se trouver, pour un an au moins et probablement plusieurs années, sous une « tutelle » onusienne.

Faisons « comme si », puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement. Et que si « Paris vaut bien une messe », Bamako vaut bien un défilé. Dont les symboles vont marquer les esprits. Dioncounda Traoré, président de la République par intérim, exhibant son écharpe blanche à la gauche du président Hollande sur la tribune érigée place de la Concorde, Le Drian et Laurent Fabius décorés de l'ordre national du Mali (Hollande, lui, sera honoré demain, lundi 15 juillet 2013, à l'ambassade du Mali à Paris), un détachement de militaires maliens ouvrant le défilé sur les Champs-Elysées, suivi de représentants des armées africaines engagées sur le terrain et des bérets bleus qui vont assurer la relève, et puis cette flopée d'hommes de guerre français arborant sur la poitrine des paquets de médailles.

Notre fête nationale a toujours préféré rendre hommage à ses armées qu'à ses syndicats ou au peuple. Mais c'est aussi que le peuple aime ça et que, finalement, quoi qu'on en pense, l'armée reste le plus grand dénominateur commun pour les Français. Et puis, comme le disait Le Drian sur i

La « victoire », selon Le Drian, c'est d'avoir « éradiqué » les groupes terroristes au Nord-Mali, d'avoir « coupé la route du terrorisme » qui s'étend de l'Afrique de l'Ouest jusqu'à la Somalie, d'avoir permis une « prise de conscience » de la nécessité, pour les Etats africains, à renforcer leurs actions en matière de sécurité... C'était donc un 14 juillet : Mali, capitale Paris !

On n'attendait pas la France socialiste sur ce terrain africain et militaire. Ni dans une telle complaisance avec des « leaders » qui, pour beaucoup, ont été des « fossoyeurs ». Le Drian veut nous convaincre que c'est « notre propre sécurité » - celle de la France - qui était en question au Nord-Mali devenu un « sanctuaire » pour les « terroristes ». « Nous y avons trouvé 350 tonnes d'armes » a-t-il ajouté pour appuyer sa démonstration. Hollande, à la tribune du 14 juillet, entouré de Ban Ki-moon et de Traoré*, cela avait pourtant des relents d'échec. Echec de la « communauté internationale » en Afrique, échec de la France en Afrique, échec de l'Afrique. Il n'y avait pas de quoi pavoiser. Une armée professionnelle équipée d'avions, d'hélicoptères, de bateaux, de blindés, de moyens de télécommunication à la pointe de la technologie... face à des combattants, certes bien armés et connaissant le terrain, mais pour l'essentiel montés sur des pick-up, il faut quand même relativiser notre « victoire » militaire et se poser des questions sur la responsabilité des hommes politiques africains.

Lors d'un entretien sur France 24, Traoré s'est lamenté au sujet du Mali : « Ce pays revient de si loin ». Mais où était-il, lui, pendant tout ce temps ? A la présidence de l'Assemblée nationale (depuis 2007) ce qui en faisait le numéro deux du pays ! Il ne faudrait pas nous rejouer l'air sur lequel on a voulu nous faire danser au temps d'Amadou Toumani Touré (ATT). Qui demeure étonnamment muet. Traoré s'est créé un « look ». Pour le reste, le discours politique demeure indigent.

Traoré a vu des « terroristes », des « narco-trafiquants », des « djihadistes » mais à aucun moment des hommes politiques et des responsables militaires ayant failli. Et s'il n'y avait pas eu cette faillite des politiques et des militaires, il n'y aurait pas eu de « terroristes » de « narco-trafiquants » et de « djihadistes ». Il voit dans ce 14 juillet une journée qui a permis de « sceller définitivement la solidarité des peuples autour des idéaux de liberté, de dignité et de démocratie ». Parlez-en au peuple tchadien et à quelques autres. Un discours qui arrange Traoré et ceux qui entendent « compter sur nos amis ». « Nous avons réussi à repousser les terroristes. A les vaincre » se permet-il même d'affirmer, ce qui est quand même battre le tambour avec le tibia des morts... tchadiens.

Obnubilés par cette « victoire » militaire, les Maliens (et trop de journalistes français) en oublient que, pendant un an (du déclenchement de la « guerre » par le MNLA jusqu'à l'opération « Serval »), on a pu assister à la décomposition rapide d'un pays dont on ne cessait de glorifier le caractère « démocratique » et « exemplaire ».

Si le Mali s'entête à faire l'impasse sur son histoire récente pour se glorifier d'une histoire immédiate qui ne lui appartient pas (ou si peu**), les difficultés que connaît ce pays ne seront jamais résolues. Une « Commission dialogue et réconciliation » (cf. LDD Mali 075/Lundi 1er avril 2013) a été mise en place. Mais son activité, si tant est qu'elle en ait une, n'influe pas sur la vie quotidienne des Maliens. Ce n'est pas l'actuel débat politique, celui de la campagne pour la présidentielle, qui va changer la donne. Il est « convenu ». Faut-il s'en étonner ? Ceux qui briguent le job avec quelque chance de succès sont des hommes du passé, pas des hommes d'avenir. Reste que ce pays n'est pas qu'entre les mains de ses politiques. Après des années d'errements, on peut espérer un sursaut de ses élites intellectuelles et, plus globalement, d'une « société civile » qui a été longtemps portée aux nues. Enfin, on peut l'espérer même si ces derniers temps les élites ont été sourdes, aveugles et muettes ; et que la société civile a parfois brillé par son incivilité. Mais ils ont quelques mois devant eux pour se remettre dans le bain. Jusqu'au 6 décembre 2013. C'est ce jour-là que l'Afrique est convoquée à Paris pour y rendre compte des efforts entrepris en matière de sécurité. Quant à l'armée française, elle comptera encore au moins 1.000 hommes au Mali. Mali, capitale Paris.

* A la gauche de Dioncounda Traoré se trouvait Abdou Diouf, le patron de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui a été un « va-t-en guerre » et se veut être partie prenante de la présidentielle malienne, histoire de prouver, sans doute, que la Francophonie ça peut servir à quelque chose. Vaine ambition.

** Sans l'armée française et la médiation de la Cédéao menée par le Burkina Faso, où serait aujourd'hui le Mali.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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