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Quand Shabi Atig crache dans tous les sens !

Cette semaine est un peu trop employée à essuyer le crachat de Sahbi Atig, le chef du groupe parlementaire du mouvement islamiste « Ennahdha », puisque ce dernier a craché son fait à une partie de la population pour défendre, à salive de feu, ce qu'il pense être la légitimité de l’islamiste Mohamed Morsi, le président bel et bien « déchu » d'Egypte.

Que l'élu tunisien se fasse l'avocat du diable, c'est sans doute son droit et c'est son affaire et celle de ses partenaires. Mais que, dans sa cérémonie publique de cracheur de feu, il en vienne à monter les Tunisiens les uns contre les autres, cela peut relever de l'irresponsabilité. En tout cas, cela engage pleinement sa responsabilité, surtout qu'il a parlé au nom d'un parti au pouvoir, son parti, par trop déstabilisé par le déroulement des choses dans le pays frère, qui ne veut plus être seulement « le pays des frères », ce qui est aussi de son droit. Car à moins d'une flagrante intention d'ingérence dans les affaires d'un pays souverain, on comprend mal une mobilisation aussi acharnée d'un tiers qui prend le risque de compromettre la diplomatie de son pays et ses relations historique avec un pays frère.

Mais indépendamment des questions liées aux relations étrangères, par trop bafouillées depuis un certain temps déjà, ce qui est à déplorer, c'est l'effet néfaste des propos de l'élu d'Ennahdha sur les relations intérieures entre les composantes politiques de notre pays. Certes Sahbi Atig a marqué un pas en arrière en nous sortant une explication tirée par les cheveux de propos on ne peut plus clairs, regrettés même par la première vice-présidente de l'ANC, une nahdhaouie, et par le président de l'assemblée, un troïkiste. Il aurait sans doute mieux valu une excuse franche qui aurait clos le dossier.

Toutefois, comme à l'accoutumée, nos concitoyens d'Ennahdha (comme certains de leurs partenaires) ne savent pas reconnaître l'erreur. C'est donc la fuite en avant et c'est l'insulte qui vient raviver les bouts de flammes tombés de la bouche de leur cracheur de feu. Personnellement, j'avoue vraiment ne pas comprendre pourquoi un parti au pouvoir qui peut arrondir les angles, avec une certaine souplesse ne lui coûtant pas autre chose qu'un peu d'humilité et de sincère modestie, s'obstine à répondre à la critique par l'insulte et la menace !

Certes la réponse de l'opposition, presque générale (sauf deux ou trois formations qui n'ont pas encore tranché la question de leur relation au parti islamiste et qui ne veulent pas insulter l'avenir, dans la perspective d'une part du gâteau, « La Kaâka présidentielle ! »), a été une réponse franchement soulignée et sévèrement exprimée ; mais en bonne logique des effets et des causes, n'est-elle pas une réponse à la mesure de la violence des propos de l'orateur de l'avenue Bourguiba, ce 13 juin 2013 ?

Il est évident que, surexcité par le rôle dont il a eu la charge, celui d'allumer la foule ( pourtant largement réfractaire ce jour-là par rapport aux prévisions des organisateurs et aux moyens financiers et logistiques mis à contribution ), Sahbi Atig a senti le besoin de forcer la dose, insensible aux dégâts que cela pouvait occasionner. Ainsi, à moins que la conjoncture interne, comme le pensent certains Tunisiens, ne soit encore une fois dans le besoin d'une nouvelle crise à même de détourner l'attention publique de certains stratagèmes ourdis par nos gouvernants, il était de bonne logique, pour le pouvoir en place, de calmer le jeu, de dépasser les querelles byzantines et de se concentrer sur ce qui est plus utile pour le redressement du pays, à tous points de vue.

En effet, il y a aujourd'hui tout un remue-ménage autour de la notion de légitimité. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que celle-ci ne saurait être exclusivement électorale, sans quoi aucun président déchu dans la tempête du « printemps arabe » n'aurait dû être déchu. La légitimité est tout simplement le fruit d'une concordance manifeste entre la gestion de l'Etat par les gouvernants et les attentes de la majeure partie de la population. Que les gens du pouvoir et ceux de l'opposition arrêtent de couper le cheveu en quatre autour des concepts et qu'ils s'accordent sur du concret, quelques décisions d'urgence qui nous sortent du cul-de-sac dans lequel nous commençons à étouffer !

Pourtant, certains pensent que les uns et les autres attendent de lasser le peuple afin qu'il se désintéresse de nouveau de la politique, même si son destin en dépend ? Après, les plus forts se partageraient encore une fois le gâteau, les plus faibles n'en ramassant que des miettes, autrement, ils continueraient à gueuler dans le désert derrière un train insensible à leurs aboiements, parce qu'il aurait alors la garantie et le confort de la passivité populaire !

Cependant, qui sait quand, exactement, le fauve populaire décide de bondir sous l'effet de la faim ou dédain ? Car, si un tel sursaut était toujours précisément prévisible, aucune dictature ne chuterait ! Le mieux n'est-ce pas donc de toujours l'éviter en s'appliquant à gérer au mieux la démocratie du développement et la bonne intelligence des rapports sociaux ?

A bon entendeur salut.
Par Mansour Mhenni le 16 juillet 2013

Tunisie Focus

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