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« Tamarrod » Dites-vous

Par Boubaker Ben Fraj

Je dois avouer d'emblée, que je n'ai pas plus d'informations particulières sur le mouvement « Tamarroud » qui vient d'être lancé chez nous, au cours de ces dernières semaines, que ce que savent la plupart des observateurs qui s'intéressent à la situation politique qui prévaut en Tunisie.
Je sais entre autres, que ce mouvement s'est choisi une appellation grave, qui signifie « rébellion » ou « désobéissance » dans la langue de Molière ; qu'il s'est constitué dans le continuum direct d'un mouvement homonyme, qui vient de jouer en Egypte, un rôle déterminent dans la chute de l'ex- président Mohamed Morsi, et avec lui le gouvernement des frères musulmans.
On sait aussi – et ce n'est pas sans importance – que ce sont des jeunes qui revendiquent ce mouvement et qui parlent en son nom. Des figures tout juste sorties de l'anonymat, qui s'expriment dans les médias pour déclarer sans ambigüité de langage, que « Tamarroud » n'est l'émanation d'aucun mouvement ou parti politiques, et affirmer haut et fort, l'indépendance totale de leur initiative, de leurs positions et de leurs décisions.
Sans se reconnaitre anarchiste, Tamarroud se déclare populaire et spontané et prône l'action civile, immédiate vigoureuse, multiforme, mais non violente. Une action qui cherche à rompre avec l'état actuel des choses , sortir de l'impasse et réconcilier le pays avec les véritables objectifs d'une révolution accomplie par le peuple, mais confisquée et détournée de ses véritables objectifs par le parti Ennahdha et ses satellites au pouvoir.
Pour Tamarroud, l'assemblée constituante et les deux gouvernements successifs qui en sont l'émanation, n'ont pas tenu leurs engagements, ni accompli leurs promesses électorales. Ils sont donc entièrement responsables de la dégradation de la situation et ne peuvent plus de ce fait, se prévaloir, ni de légitimité, ni de légalité.
Aussi, la priorité du moment est -elle pour ces jeunes, d'appeler à un sursaut populaire massif, pour dissoudre la constituante qui a trop duré et trop déçu, confier au plus vite l'élaboration d'une nouvelle constitution à un comité d'experts et remplacer le gouvernement actuel dominé par les islamistes, par un gouvernement de compétences capable de sortir le pays du marasme dans lequel il s'est installé.
En bref, un diagnostic fort sévère de la situation et un programme radical et audacieux pour changer au plus vite toute la donne.
Face à une telle mise en demeure, exprimée comme un ultimatum à tous les protagonistes politiques actuels, nul ne peut plus se boucher les oreilles ou jouer aux indifférents. Les réactions n'ont pas tardé :
Le parti Ennahdha, premier sur la liste des accusés, refuse naturellement Tamarroud et s'empresse à lancer à son encontre tous les anathèmes : des voyous, des ratés, des anarchistes, des marionnettes manipulés par les adversaires politiques. Certains hauts dirigeants de ce parti n'hésitent pas à pointer du doigt Nida Tounes et le front populaire, qui auraient mis en place ce dispositif de fronde, pour faire tomber le gouvernement provisoire et saboter la nouvelle constitution.
Les propos menaçant tenus ces derniers jours par le chef du groupe islamiste nahdhaoui ,Sahbi Atig , en disent long sur l'inquiétude que peut ressentir Ennahdha, si le mouvement Tamarroud réussissait dans un avenir proche à élargir ses appuis et à tisser de sérieuses alliances avec les forces politiques qui vont avec lui dans le même sens.
Inquiétudes justifiées de voir ce mouvement réveiller la volonté d'agir chez beaucoup de jeunes, de plus en plus désenchantés par le comportement d'une classe politique, en rupture totale avec leurs problèmes et leurs attentes, et peu soucieuse de faire aboutir jusqu'à sa fin, le processus d'une révolution qu'ils avaient depuis plus de deux ans enclenchée.
Jusqu'où ira ce mouvement ? Va-t-il réussir comme on l'entend le dire, à mobiliser des millions de Tunisiens pour sa cause ? Sur quelles forces politiques et sociales va-t-il s'appuyer ? Quelles seraient les alliances qu'il va pouvoir tisser ? Finira-t-il par s'imposer dans un futur proche, comme pièce maitresse dans un échiquier politique national complètement remodelé ?
Il est pour l'instant trop tôt pour avancer un pronostic, mais les semaines à venir nous diront, si Tamarroud est un simple feu de paille dont la flamme ne tardera pas à s'éteindre, ou s'il s'agit au contraire, d'une lame de fond insoupçonnée, qui emportera sur son passage un édifice politique provisoire et chancelant qui n'a que trop duré ?

Tunisie Focus

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