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Le sceau de l’Algérie a-t-il le droit de quitter le territoire?

Le président Algérien n’a pas manqué le coche. Il a adressé (Ou l’a-t-on fait pour lui?) ses v½ux de bonheur et ses félicitations à François Hollande, ainsi qu’à tout le peuple français à l’occasion du 14 juillet, fête nationale française, depuis l’établissement de santé des armées « les invalides » à Paris.

Hospitalisé depuis près de 3 mois en France, son absence jette le flou sur la gestion des affaires de l’Etat. Le 5 juillet dernier, à l’occasion de la fête nationale Algérienne, Bouteflika avait promulgué un décret présidentiel portant mesure de grâce au profit de certaines catégories de détenus. Ils sont nombreux en Algérie à s’interroger, même à s’offusquer, de cette gestion à distance. Le sceau de l’Algérie a-t-il le droit de quitter le territoire national?

« Le sceau de l'Algérie ne doit pas sortir du territoire national. C'est une question de souveraineté nationale », tranche une constitutionnaliste interrogée par le journaliste du quotidien algérien El Watan, Said Rabia. Dans un autre billet publié sur le site électronique TSA, Mohamed Benchicou, journaliste et écrivain Algérien, reprend et commente.  A lire.

Le coup d’Etat a déjà eu lieu

En recevant le message de félicitations signé Abdelaziz Bouteflika, à l’occasion du 14 juillet, François Hollande s’en est-il amusé ou vexé ? Un homme convalescent qui a la force et la lucidité de rédiger un si long texte protocolaire est donc sorti d’affaire, et cela devrait réjouir le président français qu’on a entendu souhaiter un rapide retour d’Abdelaziz Bouteflika dans son pays.

 

Mohamed Benchicou, journaliste et écrivain Algérien.

Mais non ! Bouteflika ne rentre toujours pas chez lui. Il prolonge un interminable séjour à l’établissement de santé des Armées des Invalides à Paris où, dit-on, il suit des séances de « rééducation » après son hospitalisation à l’hôpital du Val-de-Grâce. Est-ce la vérité ? On ne sait pas. On ne sait plus. Personne ne sait d’ailleurs, sauf un cénacle très fermé, d'où émerge la tête du frère cadet du Président,  Saïd Bouteflika, 56 ans, qui fait office d'intendant de la République.

Mais personne ne croit à la fable du malade assez rétabli pour adresser un message de félicitations à l’occasion du 14 juillet, mais pas suffisamment guéri pour regagner sa maison. Du reste, les récentes images tournées à l'occasion de la visite du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et du chef d’état-major de l’armée, le général-major Ahmed Gaïd Salah, au président de la République, le 12 juin dernier, sont éloquentes. Les Algériens avaient découvert sur leur télévision un homme totalement amoindri, visiblement aphasique et peut-être même partiellement hémiplégique.

Comment croire qu’une personne si handicapée puisse diriger les affaires de l’Etat ? Et le ferait-il qu’il serait hors-la-loi. C’est une dame encore inconnue du grand public qui vient de nous l’apprendre : le pouvoir algérien, déjà illégitime, est désormais illégal. Depuis près de trois mois, il dirige les affaires du pays en totale violation de ses propres lois. La constitutionaliste Fatiha Benabou révèle, en effet, que les actes de gouvernement ne peuvent être décidés à partir d'un territoire étranger.

« Le sceau de l'Algérie ne doit pas sortir du territoire national. C'est une question de souveraineté nationale », nous dit-elle, disqualifiant, du coup, toutes les dernières décisions prises par le président Bouteflika à partir de Paris.

 

Nous sommes donc bien face à une usurpation de prérogatives présidentielles par un groupe non identifié qui décide à la place d’un président malade. Cette coterie, qui fait signer le Président ou qui signe à sa place, cherche à gagner du temps, remplir le vide, jusqu'à la guérison d'Abdelaziz ou, tout au moins, une amélioration qui permettrait de donner l'illusion qu'il est toujours à la tête du pays. C’est capital pour contourner l'article 88 de la Constitution algérienne qui prévoit le cas d’empêchement du président de la République « pour cause de maladie grave et durable ».

Cette conjuration, dont on ignore tout, semble décidée à affronter la loi biologique. Elle veut vaincre ce vieux cauchemar de potentats : la mort ! La mort si aveugle, si humiliante, « la mort uniformisatrice, la mort niveleuse. Mors aequat omnia ! La mort qui rend tout égal... ». Elle crie comme le Caligula d’Albert Camus. « Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde ». Elle revendique la fortune, la gloire et les années immortelles... C’est autour de cette « gloire éternelle », c’est-à-dire de cette illusion fatidique de l’immortalité du Grand Parrain, que se sont formées les coteries prédatrices autour du « Président Dieu vivant ». Immortalité a commencé, alors, à rimer avec impunité.

Nous assistons à un transfert de souveraineté à des groupes mafieux qui profitaient déjà du pouvoir irresponsable de Bouteflika mais qui, depuis la maladie de ce dernier, se sont emparés des dernières manettes qui leur manquaient. Les affidés du cercle présidentiel qui hurlent au « coup d’état médical » savent bien que le vrai coup d’État a déjà eu lieu et que, faute d’un sursaut salutaire, nous sommes repartis pour 50 autres années d’hégémonisme. Avec le pétrole en moins.

Mohamed Benchicou

Fella Bouredji

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