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Madame Habré : les choses qui font mal éduquent (Par Evariste K. DJETEKE et B. D.)

Madame, enfin vous comprenez la douleur d'une épouse dont le mari vient d'être arrêté... Devinez aussi celle des 30 000 femmes tchadiennes qui sont devenues veuves par la faute de votre mari et qui depuis 30 ans passent des nuits sans sommeil. Compatissez madame !
Enfin ! Vous sentez la douleur d'une mère dont la fille n'a pu présenter son bulletin à son père...Pensez aussi à ces 80 000 enfants tchadiens qui sont devenus orphelins par la grâce de Hissène Habré, le père de votre fille ;

Madame Habré, vous n'oubliez pas que des femmes comme vous, des mères comme vous n'étaient pas épargnées par les foudres de votre mari ; l'une d'elle a mis au monde dans les geôles un garçon appelé Abdoulaye. Célèbre, il fut aussi le plus petit prisonnier de l'ancien dictateur tchadien.
Madame, en vous adressant au Président du Sénégal, pensez aussi à Demba Gaye, ce sénégalais décédé en prison au Tchad sous le règne de Habré à cause des tortures et du manque de soins... Mettez vous à la place de sa mère !

Madame, sachez que la horde des tueurs de l'ancien dictateur Habré ont fait subir à plus d'un citoyen l'humiliation. L'opprobre.

Madame Habré, Comment pouvez-vous imaginer que des militaires - en fait des combattants analphabètes de Hissène Habré- puissent appeler un compatriote et lui cracher la morve dans la bouche en le contraignant d'avaler ? Ces combattants ont poussé fort loin la bestialité en obligeant par exemple une femme comme vous, à boire le sang de son fils égorgé à Doba.
Madame, vous n'ignorez pas que nombre de citoyens ont subi le supplice du fer à repasser. En clair, certains membres de la police politique de Hissène Habré, éprouvent du plaisir - plutôt du cynisme- à repasser le dos d'honnêtes citoyens avec du fer chaud. Face à telles horreurs, on perd sa capacité d'indignation le sens de l'humain.

Madame Habré, sachez que « Septembre noir » (en 1984) demeure encore un triste souvenir dans la conscience collective des tchadiens. Sous les ordres de Hissène Habré, ses officiers ont conduit une mission répressive des CODOS (opposition armée ayant déjà rallié le pouvoir) à Déli (au sud du Tchad). Muni des armes lourdes surplombant des Toyota, les combattants ont réduit en cendre la ferme où s'était rassemblés les « codos » pour attendre la prétendue cérémonie d'intégration des ralliés au sein des Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT). Plus de 200 morts ! Ça ne vous dit rien ?

Madame, vous devez comprendre, qu'à côté de Hissene Habré, Pinochet n'est qu'un enfant de c½ur. Pinochet a exterminé trois (3000) Chiliens. Rien de comparable au Tchad. Hissène Habré, lui a en exterminé environ quarante mille (40 000) tchadiens.

Madame Habré, ne vous cachez pas derrière votre auriculaire. Parlez nous aussi de cette ancienne piscine recouverte d'une chape de béton pour en faire une prison pendant le régime Habré.
Madame Habré, au delà des symboles, ce courage de poursuivre les anciens dictateurs marque, en effet, un revirement spectaculaire dans les relations internationales. C'est aussi le triomphe de la justice sans frontière.

Cette démarche dont Pinochet a été la première victime, est révélateur d'une réalité : il n'y a plus de paradis terrestres pour les dictateurs notoirement connus comme auteurs de tortures, génocides et crimes contre l'humanité. Le Sénégal n'échappe pas à la règle. Ainsi le mythe de l'immunité des chefs d'Etat est tombé.

Madame, comprenez que les droits de l'homme sont entrés dans une ère nouvelle. Et le message est désormais clair : ceux qui commettent, ordonnent ou tolèrent la torture ne peuvent plus être sûrs de jouir d'une retraite tranquille. Fort de cette nouvelle donne judiciaire, les tchadiens peuvent légitiment, aspirer aujourd'hui, au procès de Hissène Habré,

Madame Habré, l'Afrique et le monde entier souhaitent que l'ex-dictateur tchadien qui a beurré son pain, sucré son thé et pimenté son daraba (sauce gombo) avec la sueur et le sang des tchadiens pendant 8 ans puisse répondre de ses actes de crimes et tortures devant la justice des hommes avant celle de Dieu.

Sans nul doute, au regard des projecteurs de l'actualité sur les tyrans de la planète et surtout ses 40.000 victimes sur la conscience, Hissène Habré ne devrait pas se sentir à l'aise dans sa cellule... Même si c'est une cellule de luxe...

Madame Habré, la conclusion ? Qu'il me soit permis de la laisser à un ex tortionnaire et ex collaborateur de Habré : «les personnes mortes en masse dans les différentes prisons allant des fois jusqu'à 32 détenus, en une semaine, ne l'ont pas été des suites de maladies, comme l'aurait avancé le gouvernement de Habré, mais plutôt, des suites de brutalité. » Voila ce que disait Bandoum Bandjim que vous connaissez très bien.

Evariste K. DJETEKE et B. D.
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