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Pour les intellectuels sud-africains, l'Otan recolonise l'Afrique

Un groupe d'intellectuels sud-africains s’alarme d’une recolonisation de l’Afrique, plus de 50 ans après les indépendances. Une lettre ouverte de ces «Africains inquiets» a été lue devant la presse le 24 août 2011, rapporte le quotidien sud-africain The Citizen.

Des doutes qui interviennent alors que la guerre en Libye s’accélère depuis la prise partielle de Tripoli par les insurgés le 23 août. Ceux-ci sont secondés par les avions de l’Otan, en vertu de la résolution 1973 autorisant le recours à la force contre le régime de Mouammar Kadhafi pour protéger la population.

«L’Otan a violé la loi internationale», a déclaré Chris Landsberg, directeur du département d'études politiques de l’université de Johannesburg, au nom des 200 signataires.

Parmi eux, des gens haut placés au sein du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud: Jesse Duarte, porte-parole du parti; Ronnie Kasrils, ancien ministre des Renseignements; et Thabo Mbeki, président du pays de 1999 à 2008.

Mahmood Mamdani a signé lui aussi. Spécialiste des relations internationales à la prestigieuse université de Columbia (New York), il a été désigné comme l’un des 20 intellectuels les plus influents au monde par le magazine américain Foreign Policy en 2008. Le poète sud-africain Wally Serote, engagé à l’ANC, a également signé la lettre.

«L'Angleterre, la France et les États-Unis continuent d'agir commes des États voyous [...] la tragédie c'est qu'ils ne seront pas jugés devant la Cour pénale internationale», a ajouté Chris Landsberg.

Tous mettent en garde contre une recolonisation de l’Afrique et le pillage des ressources naturelles du continent par les grandes puissances. La Libye compte en effet parmi les plus grosses réserves de pétrole en Afrique, suscitant la convoitise des compagnies occidentales.

Ces 200 intellectuels font écho à la médiation du président Jacob Zuma en Libye, désigné par l’Union africaine (UA). Celui-ci s’est toujours déclaré contre une intervention armée:

«L’Union africaine défend la paix, la démocratie et la liberté pour tous. C’est le rôle que l’UA tient encore à se donner quelque soit le pays dont on parle; la Côte d’Ivoire, le Soudan, la Libye ou n’importe quel autre pays africain sur le continent. L’UA défend ces principes. Elle prévoit de se rendre [en Libye]», déclarait le poète Wally Serote le 24 août.

De fait, Mouammar Kadhafi reste le «héros de la lutte anti-impérialiste en Afrique» pour de nombreux Africains. Il a toujours considéré la présence des grandes puissances en Afrique comme un reliquat de la période coloniale.

«La Libye appartient aux Libyens et non à l’impérialisme; pas à la France, pas à Sarkozy, pas à l’Italie», a-t-il martelé dans un message sonore diffusé jeudi 25 août.

Il faut néanmoins noter que plus en plus de pays africains considèrent désormais Kadhafi illégitime, après 42 ans à la tête de la Libye. La Tunisie, l’Égypte, le Maroc, le Nigeria et le Tchad reconnaissent déjà la légitimité du Conseil national de transition (CNT).

Lu sur The Citizen, Business Day, The New Age