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La police réprime une manifestation de chômeurs, Rabat, 29 mai 2013 / Reuters
La police réprime une manifestation de chômeurs, Rabat, 29 mai 2013 / Reuters

Le Maroc et les libertés confisquées

Critiquer le roi du Maroc peut vous coûter très cher. Même la nouvelle Constitution ne pourra pas vous aider.

Au Maroc, le roi est intouchable et ceux qui le critiquent l’apprennent à leurs dépens. L’organisation des droits de l'homme Human Rights Watch appelle à la libération d’Abdessamad Haydour, un étudiant de 25 ans qui purge une peine de trois ans de prison pour des «propos insultants» à l’égard du roi Mohammed VI.

En février 2012, lors d’une manifestation contre le chômage et la crise économique dans la ville de Taza, dans le centre-est du pays, l’étudiant est filmé en train de discuter avec un ami de la politique du royaume, explique l’ONG. Il critique violemment le roi, le qualifiant de «dictateur», «tueur» et de «chien».

Human Rights Watch esplique que la vidéo est ensuite diffusée sur YouTube et l’étudiant est arrêté. Le 13 février 2012, il est condamné à trois ans de prison et 10.000 dirhams d’amende (environ 900 euros), un verdict confirmé en appel.

Abdessamad Haydour n’est pas le seul Marocain détenu pour avoir exprimé une opinion défavorable du roi, souligne. En février 2012, âgé de 18 ans, Walid Bahomane écope d’un an de prison pour avoir publié des caricatures de Mohammed VI sur Facebook.

La personne du roi n’est d’ailleurs pas le seul sujet «sensible»: d’après HRW, s’attaquer aux institutions de l'Etat est également passible de poursuites. Le rappeur Al Haqed est aussi condamné à un an de prison, par le tribunal de Casablanca, pour une chanson jugée «insultante» envers la police. De même, en 2011, les publications hostiles aux fonctionnaires du journaliste Rachid Nini valent au chroniqueur un an de prison, rappelle l’organisation de défense des droits de l’homme. En somme, une violation du droit de la presse.

Constitution impuissante

La nouvelle Constitution marocaine, établie dans le sillage du printemps arabe et adoptée par référendum le 1er juillet 2011 garantit pourtant «les libertés de pensée, d'opinion et d'expression sous toutes ses formes», souligne l’ONG. En 2012, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, annonce la création d’un comité national pour la réforme des codes de la presse et de l’édition.

Pourtant, les dispositions répressives du code de la presse et du code pénal existent toujours un an après. L’article 179 du code pénal marocain et l’article 41 du code de la presse interdisent les discours jugés insultants envers la dignité du roi. Si sa personne n’est plus qualifiée de «sacrée» dans la nouvelle Constitution, elle reste «inviolable» et le texte rappelle que «le respect Lui est dû», indique HRW.

Des ministres demandent une révision constitutionnelle pour éliminer les peines de prisons liées à ces infractions. Ces lois vont d’ailleurs à l’encontre des recommandations du Comité des droits de l’homme de l’ONU:

«Le simple fait que des formes d’expression soient considérées comme insultantes pour une personnalité publique n’est pas suffisant pour justifier une condamnation pénale (…) Les États parties ne doivent pas interdire la critique à l’égard d’institutions telles que l’armée ou l’administration.»

Lu sur Human Rights Watch

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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