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Nigeria: l'agence contre la corruption mise au pilori par HRW


Le président nigérian Goodluck Jonathan, le 14 juillet 2011 à Abuja AFP/Archives Pius Utomi Ekpei

L'agence contre la corruption du Nigeria - un des pays où le fléau est le plus développé - a été freinée par l'incompétence ou les soupçons de corruption interne et d'ingérence politique, selon un rapport d'Human Rights Watch (HRW) publié jeudi.

Ce rapport, qui porte sur le travail effectué par la Commission nigériane des crimes économiques et financiers (EFCC), est particulièrement sombre en ce qui concerne les poursuites pénales contre des hommes politiques influents dans l'un des pays les plus corrompus au monde.

Selon ce texte, la commission n'a poursuivi que quatre hommes politiques nigérians de premier plan depuis son installation en décembre 2002, et ils n'ont effectué que de courtes peines ou pas du tout de prison. "D'autres politiciens éminents que beaucoup pensent impliqués dans la corruption n'ont pas été poursuivis", précise le texte. "La EFCC n'a pas tenu ses promesses et plus de huit ans après ses débuts, sa réputation est entamée et ses résultats maigres", écrit HRW.

L'association basée aux Etats-Unis note aussi que la commission en travaillant au Nigeria fait face à d'énormes obstacles. "Le système politique nigérian continue fondamentalement à récompenser plutôt qu'à punir la corruption", constate HRW qui reprend à son compte les chiffres de l'ancien président de la commission Nuhu Ribadu estimant que plus de 380 milliards de dollars avaient disparu entre corruption et mauvaise gestion depuis l'indépendance en 1960 jusqu'à la fin du régime militaire en 1999.

L'enquêteur de HRW au Nigeria, Eric Guttschuss, a cité, lors d'une conférence de presse à Lagos, le cas d'un membre éminent du parti au pouvoir, Bode George.

M. George, qui était aussi président de l'Autorité des ports nigérians, était le seul des quatre cas de corruption reconnus par l'EFCC à être passé debant un tribunal et condamné à deux ans et demi de prison. Les autres ont négocié et échappé à la justice.

Lorsqu'il est sorti de prison au début de l'année, des hommes politiques ont salué son retour.

"L'exemple positif de son jugement a été minimisé par l'accueil enthousiaste que les principaux membres du parti lui ont réservé, y compris le président Olusegun Obasanjo, qui se trouve être l'initiateur de la commission", a relevé M. Guttschuss.

Le rapport de HRW reprend les accusations de corruption contre la EFCC sous l'actuelle présidence de Farida Waziri et sa réputation d'inefficacité. Aucune preuve de corruption n'a été trouvée mais l'administration du président nigérian Goodluck Jonathan a été invitée à enquêter sur le travail de Mme Waziri, estime HRW.

Réagissant au rapport, le porte-parole de l'EFCC, Femi Babafemi, a répondu qu'il était un peu limité de ne relever que quatre personnages politiques poursuivis. Des hommes d'affaires aussi bien que d'autres responsables d'entreprises publiques ont été poursuivis, dont l'ancien dirigeant de la banque Oceanic, Cecilia Ibru.

Mme Ibru, appartenant à l'une des familles les plus influentes du pays, a été condamnée en 2010 à six mois de prison et a vu ses biens confisqués à hauteur de quelque 1,2 milliard de dollars.

M. Babafemi a refusé de commenter en détail les accusations de corruption interne, avançant qu'il s'agissait de rumeurs sans preuves.