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Chadli Bendjedid : un président «nommé» par la SM

Chers frères, chères s½urs citoyens. Vous savez assurément que je ne désirais pas me porter candidat à la présidence de la République au lendemain du décès du président Houari Boumediène. Je n'avais accepté d'être candidat à ces fonctions que sur insistance de mes compagnons et en ayant alors conscience que c'était là une lourde responsabilité et un grand honneur.» Ainsi commence la lettre de démission du président Chadli Bendjedid qu'il avait remise au président du Conseil constitutionnel, Abdelmalek Benhabylès, le samedi 11 janvier 1992, sous l'½il des caméras de l'ENTV et diffusée au JT de 20h. Ce passage fait écho aux conditions dans lesquelles le Président démissionnaire avait hérité de la charge suprême treize ans plus tôt. Il n'avait effectivement rien demandé. Il était presque un «candidat par défaut» à la succession de Boumediène. Flash-back. Suite à la mort subite du président Houari Boumediène, le 27 décembre 1978, deux tendances lourdes vont se dégager au sein du pouvoir pour lui désigner un successeur. L'une est favorable à l'apparatchik Mohamed-Salah Yahiaoui, le coordinateur du parti chargé par Boumediène, avant sa mort, de préparer le congrès du FLN, tandis que l'autre appuie celle du libéral Abdelaziz Bouteflika, le fringant ministre des Affaires étrangères. C'est le 4e congrès du FLN qui devait arbitrer entre les deux candidats putatifs. Les travaux s'ouvrent le 27 janvier 1979 et durent quatre jours. Le bureau du congrès est dirigé par Boualem Benhamouda. Y figurent : Kasdi Merbah, chef de la Sécurité militaire, Ali Kafi, Lahcène Soufi et Mohamed Salah Laïdi (1). La surprise du chef de la SM Les travaux du congrès sont répartis sur trois commissions. L'une d'elles est chargée de recueillir les candidatures au Comité central, au BP et à la présidence de la République. Les débats s'y déroulent à huis clos. Faute de consensus, l'armée finit par pousser l'un des siens sur le devant de la scène. Et ce sera le colonel Chadli Bendjedid. C'est la surprise du «chef», comprendre le «chef de la SM», Kasdi Merbah. Ce dernier aurait eu cette boutade : «Il y a deux candidats : Chadli ou Bendjedid.» Et ce n'était pas une galéjade. Dans son livre L'armée algérienne face à la désinformation, Nezzar écrit à ce propos : «La question, nous le sûmes plus tard, s'était réglée entre Kasdi Merbah, Abdellah Belhouchet et Mohammed Attaïlia, ces deux derniers ayant apporté la caution indispensable des chefs de région. Seuls quelques officiers étaient favorables à Chadli Bendjedid.»(2). Chadli est officiellement coopté sur la base du principe : «L'officier le plus ancien au grade le plus élevé.» Il était alors commandant de la 2e Région militaire (Oran). Dans ses Mémoires, il affirme que Boumediène, à qui il était lié par une solide amitié, l'avait, en outre, nommé peu avant sa mort coordinateur de tous les corps de sécurité. Kasdi Merbah était donc à la man½uvre dans les coulisses pour faire avaliser la candidature de l'inattendu colonel à la crinière blanche. «D'après les différents témoignages que nous avons pu recueillir, Kasdi Merbah aurait menacé les éventuels opposants à son «choix» de rendre publics des dossiers gênants les concernant», glisse Abdelkader Yefsah dans La question du pouvoir en Algérie(3). Et Nezzar de citer cette anecdote édifiante : «De tous les souvenirs qui me restent de la réunion du Comité central qui devait entériner le choix de Chadli Bendjedid comme candidat du FLN à la magistrature suprême, je garde l'image du commandant Mouâaouya, un des adjoints de Merbah, debout, les bras tendus et rythmant, comme un chef d'orchestre, le mouvement du carré compact des représentants de l'ANP : tous debout à son signal au moment où Chadli Bendjedid rentrait dans la salle. Tout le monde assis, toujours à son signal, lorsque Mohamed Salah Yahiaoui ou Bouteflika y pénétraient à leur tour...» (4) Le 7 février 1979, le candidat de la SM est élu sans surprise à un score «stratosphérique» de 99,40%. Classique.  

El Watan

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