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Manifestation du 4 juillet à Bobo-Dioulasso : Six mois de prison avec sursis et des relaxes pour des jeunes

Le procès des 15 jeunes mis aux arrêts le jeudi 4 et le dimanche 7 juillet dernier suite aux manifestations d'humeur après l'accident mortel, a eu lieu le vendredi 12 juillet 2013. Au terme duquel, treize d'entre eux ont été relaxés pour infraction non constituée et deux condamnés à un emprisonnement de six mois avec sursis.

Le palais de justice de Bobo-Dioulasso était hautement sécurisé le vendredi dernier. De la porte d'entrée jusqu'à l'intérieur du Tribunal de grande instance, les forces de sécurité observaient une garde parce que le procès des quinze jeunes arrêtés sur l'avenue de l'Union européenne s'y tenait. A 8 heures la salle était presque pleine, sans doute de parents des prévenus et bien d'autres curieux. Quelques instants avant le début de l'audience, maître Prosper Farama et Batibié Banao font leur entrée. Après s'être installés à la loge des conseils, ils s'approchent des prévenus, les informent qu'ils ont été commis par le Mouvement burkinabè des droits de l'homme et des peuples (MBDHP) pour leur défense. A 9 h 10 les 15 jeunes-garçons sont appelés à la barre. Leur identité sont déclinées par la présidente du Tribunal avant de les situer sur le pourquoi de leur présence devant les juges. « Vous êtes prévenus pour avoir participé à une manifestation illicite sur la voie publique les jeudi 4 et dimanche 7 juillet 2013 à Bobo-Dioulasso. Ces faits sont prévus et punis par la loi », a-t-elle annoncé. Agés entre 19 et 35 ans, seuls deux des quinze prévenus ont reconnu les faits.

Des raisons divergentes et « insolites »

Chaque prévenu a expliqué comment il a été arrêté. Benoit Coulibaly déclare qu'il était allé à la recherche de son beau-frère. « J'ai eu un appel de ma grande-s½ur qui m'informait d'un accident au secteur 24. Je devais donc aller chercher mon beau-frère qui était dans un des cars stationnés sur la voie. Je suis domicilié au secteur 21 et j'ai dû marcher jusqu'au lieu de l'accident. C'est dans mes va-et-vient à la recherche de mon beau que je fus arrêté aux environs de 15 heures », explique-t-il aux juges. Benoit a donc été arrêté avant le début des arrestations à 17h30. A en croire son conseil, il a été interpellé pour avoir dit aux gendarmes qu'il est un citoyen. Quant à Alassane Sawadogo, garagiste de profession, il dit être épinglé pendant qu'il était dans son garage. Yacouba Ouédraogo informe les juges qu'il était allé chercher une commission. Aboubacar, quant à lui revenait d'un voyage. Compaoré Silvain déclare qu'il était dans les toilettes quand il a été arrêté. Des raisons aussi diverses qu'insolites ont été données par les 13 prévenus qui n'ont pas reconnu les faits à eux reprochés. Soré Abdoul-Aziz et Sangaré Sian qui ont reconnu leur acte avouent non plus ne pas savoir exactement pourquoi ils manifestaient ce jour-là.

Aucun élément confirmatif des charges

Après les débats contradictoires qui ont duré 6 heures d'horloge, souvent entrecoupés par des suspensions d'audience, le substitut du procureur dans son réquisitoire a d'abord relevé les droits et devoirs qui régissent un Etat. Citant Emmanuel Kant, il soutient que : « Il n'y a de droit que par la loi ». Aussi, poursuit-il : « l'article 5 de la loi 22-1997, stipule que pour manifester sur la voie publique, il faut signifier le nom d'au moins trois principaux organisateurs et l'itinéraire de la marche. Alors que la manifestation des jeunes n'a respecté aucune de ces dispositions, le ministère public va requérir la condamnation de 6 mois de prison avec sursis contre Soré Abdoul Aziz et Sangaré Sian. De même, pour Sondo Aboubacar et Yacouba Ouédraogo, le parquet dit pressentir qu'ils ont eu des comportements peu recommandables au cours de la manifestation. En ce qui concerne les 11 autres, rien dans le dossier n'a confirmé leur culpabilité. D'où leur relaxe pure et simple au bénéfice du doute.

Les mouvements spontanés ne sont régis par aucune loi au Burkina Faso

« Ce ne sont pas ces jeunes qui devaient comparaître à la barre. Les vrais coupables continuent de circuler librement », lâche Me Banao. En outre, poursuit-il : « L'on ne parle de droit, de lois... que dans un contexte normal ou les gouvernants accomplissent leur part d'obligations et vice-versa. La question de l'avenue de l'Union européenne a plusieurs fois été posée. Et rien n'y fit ». Dans le même sens que son confrère, Me Banao a plaidé pour la nullité de la procédure. « Il faut tout simplement relaxer ces jeunes pour infraction non constituée », a-t-il dit. Le rapport de la police sur la base duquel le parquet a retenu le dossier a été sévèrement critiqué par Me Farama. Il s'agit pour lui d'un simple rapport que l'officier a produit pour sa hiérarchie, pas pour le procès. Et d'ajouter que, la recherche de la paix se tient au respect strict de la loi. Car dit-il : « Le problème n'est pas entre les forces de l'ordre. C'est juste une mauvaise gestion de la cité ». Le Tribunal dans sa délibération a rejeté la procédure de nullité avant d'infliger la peine de six mois de prison avec sursis à Soré et Sangaré et la relaxe pour infraction non constituée pour les 13 autres. Un verdict relativement satisfaisant selon la défense.

Bassératou KINDO

L'Express du Faso

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