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Lettre ouverte au président de ma République (Par Cheikh Ahmed Tidiane FAYE)

Monsieur le Président je suis persuadé que ces mots, mes maux, vont vous parvenir. Alors tout naturellement je vous dis que mes intentions sont très loin d'une quelconque velléité d'offense. Je suis juste un citoyen sénégalais investi du devoir et du droit d'opiner et je suis quelqu'un d'intraitable quand il s'agit de défendre les principes et les valeurs qui donnent du sens à mon existence.
Que mon épouse me permette de creuser un petit trou dans l'antre sacré de notre vie privée ; c'est pour annoncer à son Excellence que j'ai dû interrompre ma lune de miel pour avoir le privilège de raconter à mes enfants que je fis partie du million de Sénégalais à avoir pris part à l'anticipation de la retraite versaillaise de Wade et au plébiscite du théoricien du «Yonnu yokkuté».
Excellence, je ne suis pas cette téméraire fourmi qui s'introduit dans la trompe de l'éléphant juste pour l'incommoder, mais plutôt un administré avec des intentions candides. Monsieur le Président, vous n'aviez nullement besoin de vous acoquiner aux pratiques de votre prédécesseur.
Vous avez gelé les acquis des syndicats d'enseignants, prétextant qu'ils réclament une augmentation de salaire et grâce à la horde de communicants dont vous vous êtes fait entourer, le Peuple, particulièrement les parents d'élèves, s'est penché de votre côté. Ces communicants, Abdou Latif Coulibaly, Abou Abel Thiam, Souleymane Jules Diop, qui jadis étaient considérés comme les icônes et les héros de la lutte anti-Wade sont aujourd'hui devenus des inappréciables politiciens subjugués par les privilèges que leur offre leur poste. Je ne vous en félicite guère Excellence, mais je vous mets en garde parce que le Peuple n'est pas dupe. C'est juste que vous jouissiez toujours de son état de grâce. «La patrie avant le parti» est un noble concept que vous, Président, avez rendu oiseux en parachutant vos militants à des postes de directions générales ou de Pca sans même vous soucier de leurs compétences. Le Peuple comprend mais ne veut nullement s'adonner à une critique «seckiste» qui le rendrait ridicule. Le népotisme qui a été l'élément déclencheur du déclin de Wade, est revenu de plus belle en se camouflant de «Servir le Sénégal» et de «Soli­da­rité nationale». On a tout compris, Excel­len­ce. Le nom de notre chère Première dame se mêle à tout à ce qui est bling bling mondain (Lamb, khawaré, kassake.) Là où le bas Peuple noie son indigence, vous, vous y exposez votre nom (Fayçal) à des fins électoralistes.

La solidarité, Excellence, est à mon avis comparable aux grains de mil que l'enfant met sous un piège avec l'espoir d'y attirer les oiseaux. Mais nous ne sommes pas des oiseaux, mais des êtres humains dotés de capacités d'analyse et de discernement et par conséquent, on peut se nourrir sous le piège sans que ce dernier n'arrive à nous attraper. Demandez à Abdou Diouf combien de tonnes de riz il avait distribué ou demandez à Wade combien de milliards de nos pauvres francs il avait mis sous le piège.

Excellence, dès votre accession au pouvoir, vous avez fait comprendre aux Sénégalais que les caisses de l'Etat étaient vides, que Wade et les siens étaient partis avec toutes nos économies.
Mais Monsieur le Président, vous avez cependant octroyé des salaires pharamineux à vos directeurs généraux, et à «vos» députés. On a compris Excellence, que c'est pour qu'ils puissent s'occuper davantage de leurs bases politiques respectives car selon vous, «celui qui perd sa base perdra son poste de Dg».

Ce qu'on n'a pas compris, c'est pourquoi vous avez gonflé votre budget et celui de votre Premier ministre Abdoul Mbaye, héritier du juge Kéba Mbaye, garant de l'éthique et de la morale...
Ah Excellence ! Venons-en au bout de fait qui a renversé mon encrier sur l'écran ou le papier que vous êtes en train de lire. Monsieur le Président, vous avez désacralisé l'enceinte du Palais de ma chère République en la transformant en un quartier général pour y accueillir vos militantes. Je sais, vous savez, les Sénégalais savent que parmi toutes les femmes qui étaient présentes à ce folklore, aucune n'est concernée par cette oiseuse loi et que toutes y étaient juste pour avoir le privilège d'entrer au Palais et de voir le président de leur chère République et bien évidement, de bénéficier des 2 mille francs que leur ont donnés les responsables chargés de l'organisation de cet embrouillamini.

Excellence, ne croyez pas que je suis le seul à avoir tout compris, mais je suis un des Sénégalais qui sont persuadés que vous êtes un jeune Président né après les indépendances, qui écoute son Peuple et qui sait faire marche arrière quand on le convainc qu'il n'a pas pris la bonne direction.
Veuillez recevoir mes considérations, Excellence.

Ah ! J'allais oublier, Monsieur le Président de ma très chère République, le mouvement Patriotique, citoyen et désintéressé, «Yen a marre», a des arriérés de paiement pour la location de son siège. Je vous prie de leur venir en aide en leur octroyant une partie de votre salaire.

Cheikh Ahmed Tidiane FAYE
Professeur d'espagnol au Lycée de Diourbel
Pauvre contribuable, observateur, penseur, citoyen lambda entre autres ...

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