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Soultana et Médusa, rappeuses/Assalamalekoum

A l’occasion de cette édition du festival Assalamalekoum, deux représentantes du rap maghrébin : Soultana la marocaine, et Médusa la tunisienne. Entretiens croisés avec deux regards vifs, révoltés et sans concession sur leurs sociétés respectives et l’évolution de leurs musiques.

Une fille qui rappe : l’image passe-t-elle de mieux en mieux dans les sociétés maghrébines?

Soultana : Comme Médusa, j’étais une b-girl (danseuse hip-hop- ndlr), avant d’être une rappeuse en 2005 au sein d’un collectif : Tigress Flow. Durant toute cette période de maturation de mon identité artistique, ça à été difficile. Même si les choses évoluent, nous demeurons encore au Maroc dans une société très machiste.

Au-delà des difficultés de rapper en tant que femme, j’ai compris que la reconnaissance était là et que le combat était gagné, quand Tigress Flow a obtenu le 1er prix du festival Mawazine (festival musical national-NDLR).
Médusa : Définitivement cela choque de moins en moins, depuis bientôt 15 ans que le rap tunisien existe. D’abord il a fallu imposer ce genre musical qui a vite été catalogué de « sauvage » et « délinquant »; puis il a fallu faire accepter les présences féminines dans ce paysage. Quand j’ai commencé le breakdance à l’âge de 10 ans, il a fallu affronter les critiques des proches et le regard des autres. Aujourd’hui je me sens libérée de ce carcan.
Les raps tunisien et marocain existent depuis relativement peu (respectivement 10 et 14 ans). Quels regards portez-vous sur leurs évolutions respectives?
Soultana : C’est la même courbe d’évolution qu’à connu le rap marocain. Ce dernier, notamment Old School (ancienne école- NDLR), a toujours été noyé dans le tumulte de la culture musicale marocaine classique. Les premiers rappeurs exerçaient vraiment en catimini il y a encore 15 ans.
Depuis les années 2000, notre rap a commencé á émerger médiatiquement et commercialement. Étant un vrai porte-voix social, ce genre a donc naturellement accompagné, doucement mais sûrement, le mûrissement d’une jeunesse marocaine en quête de changements sociaux et politiques.
Avec le printemps arabe, comme en Tunisie, ce rap s’est encore plus radicalisé. D’où les contentieux juridiques de plus en plus récurrents entre les rappeurs et les autorités.
Médusa : Le rap tunisien, comme dans la plupart des pays où il a émergé, a commencé dans l’underground, hors d’une certaine sphère culturelle reconnue et médiatisée.
Maintenant, et surtout depuis la révolution de Jasmin, c’est devenu de plus en plus un moyen d’expression utilisé par la jeunesse, pour dénoncer des actes politiques. C’est d’ailleurs une des rares fenêtres d’expression à notre immédiate disposition.

Mamfakinch

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