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Egypte : retour à la case départ ou seconde chance ?

L'Egypte offre une illustration du lien étroit qui existe entre les choix politiques et les marges de man½uvre économiques réellement disponibles.

Un bref retour sur le contexte. En avril 2013, la Banque centrale d'Egypte ne disposait plus que de 13,5 milliards USD de réserves en devises, Or compris. Tout juste l'équivalent de deux mois d'importations, un seuil critique pour le premier importateur mondial de céréales.

Le gouvernement ne pouvait par ailleurs pas compter sur une aide financière du F.M.I., l'agence internationale exigeant des réformes fiscales douloureuses – mais nécessaires – à la veille des premières élections législatives libres du pays, ainsi qu'un consensus politique large autour de ces réformes. Le gouvernement Morsi, accusé d'autoritarisme et de népotisme, s'est fortement isolé et il n'a pas pu, ou voulu, mettre en ½uvre ces recommandations dont il aurait dû alors assumer seul le coût politique.

A la veille de l'été 2013, la situation était donc critique : coupures de courant, risque de pénurie de blé, pénuries de pétrole, taux de change qui dévisse et qui pousse les prix à la hausse et un dialogue de sourd entre le pouvoir et l'opposition (légitimité contre réalité)... Dans ce contexte, le déblocage d'aides venus de Turquie, de Libye et du Qatar en Avril et en Mai ont permis de donner une nouvelle marge de man½uvre au gouvernement Morsi.

La stabilité de la livre égyptienne pouvait à nouveau être assurée à court terme – au moins 3 mois – et des achats de blé ont pu avoir lieu. Alors que les élections législatives étaient prévues pour octobre 2013, le gouvernement disposait ainsi de quelques mois pour trouver une forme de consensus politique avec l'opposition – principalement les nationalistes très présents dans l'administration et les libéraux.

Un apaisement crédible aurait alors permis, dès l'automne prochain, de relancer les négociations suspendues avec le FMI ; ce prêt, même modeste, est jugé crucial pour rétablir la confiance des investisseurs. Mais, dans les faits, les frères musulmans n'ont pas su profité de cette période pour chercher un véritable consensus ; ce n'est que trois jours après le début des manifestations du 30 juin que le Président Morsi proposa un gouvernement d'union. Trop peu et surtout trop tard.

Acte II : le nouveau pouvoir intérimaire se voit offrir une nouvelle marge de man½uvre financière. L'importante aide promise par l'Arabie Saoudite, le Koweït et les E.A.U au lendemain de la chute du président Morsi atteste d'une rivalité géopolitique complexe. Mais les 12 milliards USD proposés autorisent surtout de nouvelles marges de man½uvre économiques et politiques, tel que la possibilité d'approvisionner le pays en blé et en pétrole, de maintenir une relative stabilité du change encore quelques mois et de faciliter une transition politique d'une durée aujourd'hui prévue de six mois.

Mais il ne faut pas s'y tromper, le gouvernement du nouveau président intérimaire se trouvera confronté aux mêmes défis politiques et sociaux que ceux du gouvernement Morsi, peut-être même plus durs avec l'opposition des Frères musulmans. Or, sans apaisement politique, l'instabilité politique et sociale empêchera encore le redécollage du tourisme, limitera les investissements étrangers et, au final, épuisera tout aussi certainement et rapidement les dernières aides bilatérales.

L'Egypte dispose donc, en quelque sorte, d'une seconde chance politique, crédible financièrement, pour trouver un apaisement politique au cours des prochains mois. Le nouveau gouvernement se devra d'être plus inclusif vis à vis des différentes forces politiques et d'éviter les répressions partisanes de la part de l'armée, de la police ou de la justice (les nationalistes). Si cette volonté faisait défaut, les mêmes erreurs conduiraient probablement aux mêmes conséquences, et il ne serait pas surprenant que jeunes libéraux et islamistes se retrouvent pour critiquer un nouveau régime autoritaire.

La révolte de 2011, tout comme celle du 30 juin, réclamaient avant tout un Etat de droit, inclusif. Les Frères musulmans l'ont promis lors de leur campagne électorale victorieuse, mais ils ont ensuite déçus, même dans leurs rangs. Le nouveau gouvernement se doit d'avoir une meilleure lecture des obligations associées à sa « légitimité », à moins voir l'Histoire se répéter. Il en a les moyens financiers à court terme.

Par Riadh

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