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Sukaru kor L’angoisse des femmes mariées

Mois béni par essence, le Ramadan reste une hantise pour les femmes mariées. En cause, le sukaru kor.

Le marché Hlm étouffe, cet après-midi, sous la chaleur de l'hivernage qui s'installe et l'affluence de sa foule qui se trimballe. Aminata Hann, 37 ans, teint crème, fait le tour des boutiques, le visage défait. Elle est confuse. Mais moins le thermomètre qui explose, c'est le fait qu'elle n'arrive pas encore à boucler ses emplettes qui l'angoisse. Elle est venue acheter des «tissus haut de gamme» pour sa belle mère, sa ndieuké (belle s½ur) et son beau père. «J'ai peur de décevoir ma belle famille, justifie-t-elle, sans ciller. Je ne veux pas devenir la risée devant mes coépouses par alliance. Chaque année, j'essaie tant bien que mal d'épargner un peu d'argent pour le sukaru kor, qui ne porte plus son nom».

«Dans les pratiques originelles, rappelle le sociologue Djiby Diakhaté, le sukaru kor était un acte qui participait à cimenter les relations entre une femme mariée et sa belle famille. Ce système de don permet à la femme de rechercher l'estime et une certaine position de choix qui peut consolider sa présence au sein de la belle famille». Un simple paquet de sucre, du lait, du café et des dattes, et l'affaire était dans la poche. Mais, depuis quelque temps, les choses ont changé.
Nombreuses sont les femmes qui, aujourd'hui, vivent le martyre, à l'approche du Ramadan. Elles sont obligées ou de se saigner pour faire plaisir à leur belle famille ou de faire dans la sobriété et risquer leurs quolibets. «Aujourd'hui, le sukaru kor est devenu une obligation morale. Il hante le sommeil de bon nombre d'épouses, concède Djiby Diakhaté. Il semble qu'il est même devenu une pratique dont le non-respect peut participer à la déstabilisation et à la fragilisation de la femme. Ce qui peut pousser une femme à avoir des pratiques peu orthodoxes pour faire plaisir à sa belle famille».

Et pour cause. Le simple paquet de ravitaillement a fait place à des cadeaux somptuaires. L'ostentatoire a pris le pas sur le symbolique : fortes sommes d'argent, gagnila, chaussures..., le tout rehaussé d'un «panier ndogou» chargés en quantité et en qualité, sont devenus la mode.
Mais malgré cette tendance forte, la résistance s'organise. Certaines femmes refusent de céder aux exigences d'une règle devenue dogme. Maïmouna, 29 ans, teint dépigmenté, respecte la nouvelle tendance, mais essaie toujours de «d'être raisonnable». «Je ne lésine pas sur les moyens pour jouir du respect de ma belle famille. Je suis obligée de respecter ces choses, sans verser dans l'excès cependant. Tout doit se faire avec mesure». Marième Faye ne dit pas le contraire. Pour cette trentenaire élancée et au teint d'ébène, pas question «de céder aux folies». Elle dit : «J'opte pour le sucre comme cela se faisait avant. Je ne peux pas aller au-delà de mes moyens. Je fais avec les moyens du bord».

Aïssatou DOUCOURE NDIAYE

Rewmi

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